Soutien à Éric Coquerel, agressé par la bêtise royaliste

Soutien à Éric Coquerel, victime d'un énergumène et d'un air du temps plus complaisant avec l'extrême droite.

Je voudrais dire tout mon soutien à Éric Coquerel, agressé vendredi dernier par un énergumène se revendiquant de l’extrême droite royaliste. Cette agression a été redoublée par la déclaration écœurante d’un porte-parole de Front national qui a fortement suggéré que c’était peu de choses comparée à la « violence » de la France insoumise en général et d’Éric Coquerel en particulier (1). Chez ces exaltés, qui auraient été considérés comme des ultra-réactionnaires déjà en 1789, soutenir l’action de sans-papiers manifestant dans la basilique Saint Denis est en effet un sacrilège justifiant toutes les punitions.

Que bien des chrétiens, au nom de leur foi, prennent la défense des sans-papiers, que la pseudo-profanation de la basilique Saint Denis soit en réalité une banale occupation d’un bâtiment public ouvert au public, donc appartenant à tous, que ces bâtiments historiques aient également servi de lieu de rassemblement politique pendant la Révolution française ou la Commune, faits soigneusement effacés par les locataires d’aujourd’hui, que l’Église, même du temps de la monarchie absolue, ait parfois trouvé quelque peu païen ce culte des morts illustres, que la Révolution jacobine a heureusement fait place nette de toute cette superstition nécrophile tout en translatant dans les musées les chefs-d’œuvre artistiques qu’elle avait pu susciter, relèvent naturellement d’une pensée complexe inassimilable par les bas du front.

On aura garde de ne pas prendre au sérieux leur arrogance nouvelle. Partout en Europe, l’extrême droite relève la tête. Dans tout le continent, avec un certain talent pour la manipulation, elle cherche à réhabiliter ses maîtres à penser les plus compromis et à retourner les mots qui l’ont fait condamner pour sa haine de la démocratie et ses complicités criminelles avec les occupants nazis. En France, elle voudrait que la collaboration soit désormais l’acte de cœur et de raison consistant à  vouloir accueillir dignement celles et ceux que la misère pousse chez nous : c’est ainsi qu’Éric Coquerel, pour son courage à exprimer cette simple vérité humaine, est devenu la cible de leur vindicte imbécile.

La lutte contre ces forces obscures nécessite à la fois une répression intelligente et une opposition idéologique totale. Si on espère sincèrement que la première condition sera remplie, malgré les obsessions anti-zadistes et anti-gauchistes du nouveau Raymond Marcellin qui sévit actuellement à l’Intérieur, on sait la seconde plus difficilement respectée. Pour faire simple, voire simpliste, les valeurs d’ordre, de resserrement autour de la Nation et de la religion de cette extrême droite ne sont pas étrangères au macronisme, qui a besoin d’une sacrée dose d’opium pour faire avaler au peuple sa féroce politique de libéralisation-destruction de la société.

Pour ce prêt-à-penser de droite, l’antisémitisme est devenu le seul attribut négatif de l’extrême droite, détachable du reste de ses idées, qui fait partie du pot commun sous une forme certes un peu exagérée : mais n’est-ce pas le propre de tous les « extrêmes » de gauche comme de droite qui « se rejoignent », y compris dans la haine des Juifs comme voudrait nous le faire croire une tribune récente ? Les crimes antisémites de l’extrême droite ne sont-ils pas d’ailleurs ceux de tous les Français, comme l’a affirmé Emmanuel Macron lors de la dernière commémoration de la rafle du Vol d’Hiv, alors que Jacques Chirac avait désigné le Mal en reconnaissant la responsabilité de Vichy et de l’État (2) ?

Dans cet ordre d’idées, on se devrait désormais de remettre dans la circulation intellectuelle les élucubrations des vieilles gloires réactionnaires d’avant 1945 car on se doit d'accepter et donc de tout assumer dans le legs des générations passées. Charles Maurras, le gourou antisémite et antirépublicain de la secte auquel appartient l’agresseur d’Éric Coquerel, a ainsi failli faire partie des personnalités commémorées officiellement cette année par la République, avec la bénédiction d’historiens que l’on a connus bien plus avisés. Les « œuvres » de cet auteur méprisable ont été en outre récemment republiées, dans une présentation plutôt complaisante (3).

Et si, au lieu de l’accepter, on rejetait et on mettait à la poubelle de l’histoire, une fois pour toutes, cet héritage puant, comme l’ont fait les Français après l’Épuration ?

 

  1. « L'entartage d'Eric Coquerel a été revendiqué par le groupuscule monarchiste et proche des milieux catholiques traditionalistes Action Française, qui l'a présenté comme une réponse à la participation du député insoumis à l'occupation de la basilique Saint Denis. Une justification que Julien Sanchez a en partie repris ce samedi, estimant qu'il n'y avait pas "de fumée sans feu." "On peut toujours regretter ce type d'action sur un élu ou sur toute personne. Pour autant, monsieur Coquerel est habitué de la provocation puisqu'il a organisé avec ses amis l'occupation de la basilique de Saint Denis, ce qui est tout à fait inadmissible. On s'est attaqué à un lieu de culte dans la République et on a franchi certaines limites", a-t-il jugé. » https://www.huffingtonpost.fr/2018/04/21/eric-coquerel-entarte-le-porte-parole-du-fn-estime-que-lentartage-du-depute-insoumis-repond-a-une-provocation_a_23416754/
  2. Cf. l’excellente remarque de F Rouquet et F Virgili « Les Françaises, les Français et l’Épuration » histoire Folio page 604 : « Aujourd’hui, le président de la République étend la responsabilité de Vichy et de l’État français - responsabilité reconnue en juillet 1995, au cours de la même occasion par le discours de Jacques Chirac - à la société tout entière. En utilisant la notion englobante de « France », construction imaginaire impropre à l’analyse du poids respectif des acteurs du processus de déportation, il joue du symbole et dilue de fait les responsabilités. Les discours politiques et leurs fins n’ont pas valeur d’historiographie. Comme d'autres avant lui, mais avec le poids conféré par sa charge, le président de la République instrumentalise l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et balaie au passage l’importance de l’épuration dans la libération du pays et la refondation de la République. »
  3. Cf. la critique très opportune du Monde littéraire daté du 20 avril 2018.

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