La faute du vrai-faux abbé Macron

Cherchons laïque, femme ou homme, pour remplacer un président incapable de maîtriser ses pulsions bigotes

Trop c’est trop.

Nous avions déjà entendu cet arrogant personnage nous expliquer en début d’année, dans un discours au couvent des Bernardins aussi rempli de sophismes qu’une vieille pleine de ces arrêtes qui vous restent dans la gorge, que lui Emmanuel Macron se faisait fort de réparer le lien qui s’était « abîmé » entre l’État et l’Église, lien que nos ancêtres, lassés des oppressions diverses et des abus contre la paix civile de cette dernière, ont pourtant coupé par la loi de 1905, communément appelée loi de Séparation, et toujours en vigueur.

Et voici que, mardi dernier, au Vatican par-dessus le marché, le décidément cul-bénit déclare sans honte que « nous avons anthropologiquement, ontologiquement, métaphysiquement besoin de la religion » (1). Une telle assertion est évidemment absurde, car elle est démentie tous les jours par la présence de millions d’athées ou d’agnostiques, par surcroît majoritaires en France, dont la quiétude apporte la preuve que l’on peut assumer son existence sans curés, pasteurs, rabbins ou imams. Elle est outrageante aussi pour tous ces citoyennes et citoyens, car, comme le devinait déjà courageusement Pierre Bayle au XVIIe siècle, une société n’a pas à être religieuse pour être morale.

Mais, peut-être est-ce Emmanuel Macron lui-même qui a en fait besoin de la religion pour vivre sa condition humaine. On laissera à ses futurs biographes le soin de déterminer l’origine de cette soif ecclésiale : influence de l’éducation reçue, notamment à la Providence à Amiens, mais d’autres y sont allés et en sont sortis physiquement et intellectuellement ; peur du vide social créé par la destruction de l’État providence poursuivie méthodiquement, vide que la religion viendrait combler ; stratégie cynique d’utilisation du culte comme marqueur identitaire, à l’instar des réactionnaires états-uniens — Emmanuel Macron croit d’ailleurs à la légende antirévolutionnaire des « racines chrétiennes » de la France.

Mais, peu nous importe au fond. Le point crucial est qu’Emmanuel Macron s’exprime en qualité de président de la République dont le rôle au sein des institutions et les pouvoirs sont précisés par une constitution. Celle-ci ne l’habilite pas à choisir une religion pour ses sujets comme Henri VIII voire même à les obliger à en adopter au moins une de leur choix. Mieux, n’en déplaise aux bigots de toute obédience, la Loi fondamentale déclare en son article 2 que la République est « laïque » c’est-à-dire qu’elle renonce à toute référence religieuse pour se définir et pour fonctionner.

En osant prétendre le contraire, Emmanuel Macron viole donc ouvertement la Constitution. Dès lors, en bonne logique démocratique, de deux choses l’une. Ou bien, Emmanuel Macron joue cartes sur table et propose au corps électoral d’en adopter une nouvelle explicitement théocratique. Ou bien, il se démet, de lui-même ou de par la volonté du peuple. Malheureusement, le droit positif ne permet pas à celui-ci d’agir directement. Seuls le Conseil constitutionnel, en cas d’empêchement médical ou psychiatrique, ou bien le Parlement, constitué en Haute Cour, en cas de manquements du Président à ses devoirs manifestement incompatibles avec l’exercice de son mandat, le peuvent.

Sauf sursaut de conscience des députés de la majorité, l’utilisation de cette disposition pour sanctionner les dérapages macroniens est cependant bien improbable. On se consolera en se disant que Emmanuel Macron, comme Nicolas Sarkozy ou François Hollande contribuent par leurs errements à désacraliser la fonction présidentielle et que le retour à un régime parlementaire ou à tout le moins l’introduction du référendum révocatoire va bien finir par s’imposer comme une évidence après leurs quinquennats désastreux.

En attendant, on ne respectera pas un président qui ne respecte pas ses concitoyens. Donc, fait attention Manu, on t’a à l’œil.

 

(1) http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/06/26/01016-20180626ARTFIG00343-entre-le-pape-et-macron-le-courant-passe8230.php

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