Comprendre le racisme de classe avec Christophe Castaner

10 jours après son propos sur le manque de volonté des personnes sans-abris, M. Castaner renouvelle son racisme de classe envers les jeunes de banlieue qui, apparemment, auraient du mal à s'exprimer sans insultes. Tentons de comprendre le racisme de classe avec Christophe Castaner.

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Décidément, M. Castaner nous gâte en ce début d'année. Le chef de file d'En Marche et Secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement, vient de nous délecter, à nouveau, d'une sortie dont on pensait jusqu'ici que seul le Président de la start-up nation France avait le secret.

Casta le maladroit

Une personne maladroite est une personne qui manque d'adresse, et quand on manque d'adresse, souvent, c'est surtout que l'on manque de finesse. Il faut donc dire que pour le maladroit, exprimer sa pensée de manière enrobée, non brute, en anticipant le fait de ne blesser personne est un exercice qui nécessite un effort inconsidéré. Le maladroit, en fin de compte, c'est celui qui saute le temps de la réflexion pour être, de suite, dans celui de l'action. 

M. Castaner, semble être un de ces hommes. Il est de ceux qui ont du mal à voir que parler des chômeurs comme profitant de leurs allocations pour partir 2 ans en vacances - les veinards -, ou poser la question des personnes sans-abris sous le prisme de la seule volonté, parfois, ça blesse un peu les gens. Mais, loin de se remettre en question sur sa manière d'exprimer sa pensée - car visiblement moins complexe que celle du Président -, M. Castaner continue, encore et encore, à accumuler les mots qui font violence.

Après la polémique sur les anciens tweets de M. Rayan Nazzar - jeune énarque fraîchement nommé porte-parole de LREM à qui il a été reproché d'avoir insulté, il y a quelques années, différentes personnalités politiques sur Twitter -, voilà que M. Castaner, volant à son secours, fait à nouveau état de sa maladresse. En effet, si vous ne le saviez pas encore, l'insulte, désormais, est due à un peu trop de temps passé en banlieue. Car comme nous le dit M. Castaner : "c'était un propos d'étudiant pour lequel il s'est excusé. Ce qui m'agace, c'est qu'il a un parcours génial, rare en politique, du talent, et là son vocabulaire de jeune de Montreuil le rattrape".

Rattrapé donc par sa jeunesse dans le 93. Non par sa bêtise ou son immaturité, mais par sa situation géographique de banlieusard.

Du racisme de classe habituel de LREM 

On le sait, la République En Marche est un mouvement qui, dans son ADN, porte haut et fort les valeurs d'une France ouverte, non raciste, libérale qui croît en l'entreprise. C'est le parti du management, de la pensée Linkedin, celui ouvert à la diversité qui "réussie", mais, aussi, celui d'une France qui a oublié que ceux qui à leurs yeux ne réussissent pas échouent justement car le cadre est prédéfini, en amont, pour les exclure.

La racisme de classe, que Pierre Bourdieu appelle aussi racisme de l'intelligence, est tout simplement un réflexe de la classe dominante, lui permettant de justifier sa position de dominant. Il est pour celui dominé, aussi, un moyen pédagogique, discrétisé, diffus, lui faisant accepté sa domination - car si ceux qui dominent, organisent et structurent le font, c'est bien qu'ils sont fondés à leur faire, eux, les autres, n'avaient qu'à mieux travailler à l'école. Il est le mot - maux ? - de sa domination.

Il faut ajouter à cela également que le racisme de classe repose sur une base bien pratique. En effet, les attributs auxquels ils s'attaquent, sont vus comme attachés à l'individu, à son parcours, et non à sa socialisation. Comme l'a si bien dit Bourdieu : "ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné."

Voilà ici pourquoi les bêtises de M. Nazzar sont dus à son "vocabulaire de jeune de Montreuil" qui le "rattrape". L'intelligence ne peut être que le fruit des lieux où sont les intelligents, c'est à dire, dans la tête de M. Castaner, pas en banlieue. Car la banlieue, elle, est symboliquement lieu de la bêtise, puisque c'est là que vivent ceux qui "n'ont pas voulu réussir". L'expérience de pensée inverse, d'ailleurs, nous montre bien le fond de l'affaire, car il est difficile de s'imaginer M. Castaner mettre sur le compte de l'origine géographique des insultes qui seraient formulées par une personne originaire d'un centre urbain, bien comme il faut. Aux banlieusards, aux campagnards, aux chtis, aux ultra-marins, aux immigrés, aux enfants d'immigrés le vulgaire, la bêtise et l'échec ; aux gens des beaux endroits le raffinement, l'intelligence et la réussite.

Nous pourrons remercier M. Castaner pour au moins une chose. Sa maladresse permet de dévoiler aux yeux de ceux qui ne l'avaient pas encore vu la manière de pensée qui domine au sein de La République En Marche : un racisme de classe aveugle laissant de côté tout un pan de la population française.

De la part d'un jeune de banlieue qui n'aime pas être insulté, même poliment. Et qui, pourtant, répond à l'insulte poliment.

 

 

Pierre Bourdieu sur le racisme de l'intelligence : http://bit.ly/2CSvrI0

 

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