Logé gratuitement à Paris avec un salaire de 18K€, par contre à la rue avec 900€

Selon France Inter, 1.700 m2 de logement à Paris seraient loués gratuitement à des salariés de l’Assemblée Nationale, malgré des salaires atteignants parfois 18 000€. De l'autre côté, un quart des sans-abris ont un emploi et ne bénéficient pas du même luxe. Combien de temps encore les plus démunis de ce pays resteront-ils stoïques face à tant de mépris à l’égard de leur quotidien ?

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Voilà donc où nous en sommes en France, 229 années après la proclamation de l’abolition des privilèges et des droits féodaux par les députés de l’Assemblée Constituante : des millions de personnes doivent payer un loyer (quand ils en ont un à payer) ; d’autres, nobiliaires par leur statut, sont apparemment exemptées de la tâche.

En effet, France Inter a dévoilé ce matin que certains salariés de l’Assemblée Nationale - dans leur majeure partie non élus -, sont logés, gratuitement, à nos frais, dans des appartements plus que confortables en plein Paris. Grâce à France Inter donc, nous apprenons, par exemple, que le secrétaire général de l'Assemblée nationale, malgré son modeste salaire de 18.000 € net mensuel, bénéficie gracieusement d’un logement de 182 m2 au Palais Bourbon, avec majordome, logé également, bien entendu, dans un appartement de 49 m2.

Un peu moins chanceux, le chef du département génie climatique et celui du département électrique, rémunérés tous deux à 7.750€ par mois, bénéficient, eux, modestement, d’un appartement de 167 m2 et 107 m2. M. Éric Fallourd, directeur de cabinet de M. François De Rugy - Président de l’Assemblée Nationale avec qui M. Fallourd travaille justement sur un projet de refondation des règles de cette institution pour nous “redonner confiance en les députés” -, dormirait, quant à lui, gratuitement toujours, dans un appartement de 149 m2 en étant payé 10.000 € par mois. Nous pouvons légitimement imaginer le conflit psychique qui se pose à lui, quand la journée on est chargé de moraliser la vie politique, et que le soir venu, la vie politique vous permet de loger, de manière immorale, dans un bel appartement parisien sans débourser un euro de sa confortable paye.

Car l’immoralité est sans doute l’un des mots les plus justes qui soient pour parler de cette situation qui, désormais, choque à peine l’opinion public. Car comme le dit France Inter : “Interrogé, l'entourage du président de l'Assemblée précise que ces avantages sont un héritage des précédentes mandatures, qu'il n'y a pas de sujet tabou, et qu'il pourrait bouger sur ce dossier.”

Qu’ils pourraient bouger ! Apprécions quand même l’emploi ici du conditionnel, induisant tacitement que si mouvement il y a, celui-ci est soumis à la condition d’un rapport de force duquel sortiront gagnants ceux que cette situation indigne au plus haut point. Comme toujours, le mépris de classe s’exprime par les mots, le langage venant, là, insister sur l’échec de ceux qu’on insulte par ces actes à se structurer en contre-pouvoir pour enfin mettre fin à cette offense.

Car d’offense, il y en a ici une très belle. Dans un pays où le revenu médian mensuel se situe à 1.694€ - à entendre par là que 50% de la population a moins de cette somme pour vivre chaque mois -, gagner 10.000€ de salaire et ne pas payer son logement ne peut porter autre nom qu’une offense. Quand 20% de la population française touche moins que 963€ par mois, 10% moins que 593€ et que l’on évalue à presque 4 millions le nombre de personnes sans logement ou mal-logées, avoir un salaire de 18.000€ et un un appartement de 182 m2 à Paris avec majordome, ne peut s’appeler autrement qu’une insulte.

 

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Car si pour 40% de la population, 1.694€ c’est déjà une belle somme, imaginez ce que représente 18.000€ de salaire - et on ne parle même pas ici de revenu. 10.000€ net mensuel, c’est simple, cela vous classe dans le haut du tableau des 10% de français les plus riches, quand on sait que l’on fait déjà partie de cette catégorie lorsque l’on touche 3.397€. Être exempté de payer son loyer dans un tel contexte, c’est cracher sur ceux qui, comme dans le 3e arrondissement de Marseille, ont un niveau de vie moyen de 625€ nets par mois.

Ne pas trouver indigne sa position et dire que l’on va “peut être bouger sur le dossier”, montre à quelle point ces personnes sont déconnectées de la réalité de la majeure partie de la population. Car en effet, devoir se loger étant l’un des besoins les plus fondamentaux, il est pour beaucoup le point de départ de la chaîne des dominations et exploitations qui s’en suivent : devoir accepter un travail dégradant, un statut précaire, une paye de misère, s’endetter, vivre dans des endroits ségrégués et/ou insalubres, au risque sinon de dormir dans la rue.

Triste donc qu’en 2018 nous en soyons encore à vivre dans le Paris décrit par Georges Orwell dans les années 1930 dans Dans la dèche à Paris et à Londres. Un Paris où “le pauvre” galère, se débrouille, comme il peut, au jour le jour, quand celui qui vit dans l'opulence, sans même lui jeter un regard, profite de toutes les arcanes du système pour s’enrichir. Quand un quart des sans-abris ont un emploi et que trois sur cinq perçoivent un salaire inférieur à 900 euros par mois, vivre à Paris, où le prix médian du mètre carré à la location se situe aux alentours de 30€, être hébergé gratuitement, quand on est payé 18.000€ par mois est d’une violence sans nom.

 

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“Les cloisons avaient l'épaisseur du bois d'allumette et, pour masquer les fissures, on avait plaqué des épaisseurs successives d'un papier peint rose qui se décollait par pans entiers et servait de refuge à une quantité fabuleuse de punaises.”

 

“On pourrait encore épiloguer longuement sur ce sujet, mais tout y est à l’avenant : voilà ce qu’est la vie avec six francs par jour. Une vie que connaissent à Paris des milliers de personnes – artistes et étudiants luttant pied à pied pour leur survie, prostituées ayant passé l’âge de la prime jeunesse, chômeurs et sans-travail de toutes catégories. C’est, pour ainsi dire, l’antichambre de la misère.”

 

Extraits de Georges Orwell, Dans la dèche à Paris et à Londres





http://www.lefigaro.fr/social/2014/03/13/09010-20140313ARTFIG00167-derriere-le-salaire-moyen-de-fortes-disparites.php

 

https://www.franceinter.fr/politique/assemblee-nationale-1-700m2-pour-loger-les-fonctionnaires-sans-loyer

 

http://www.vsd.fr/les-indiscrets/privileges-lassemblee-nationale-offre-1700-metres-carres-de-loyers-a-ses-fonctionnaires-24274

 

https://twitter.com/eric_fallourd/status/933224837236998147

 

https://www.salairemoyen.com/zone.php?zone=RMET

 

https://www.francebleu.fr/infos/societe/le-nombre-de-sdf-augmente-de-50-en-10-ans-denonce-la-fondation-abbe-pierre-1485854307

 

https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281440

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