On a gagné, on a perdu... Maintenant on fait quoi ?

19,6% c’est beaucoup. Bien plus en vérité que les 21,4% de l’extrême droite de Mme. Le Pen, bien mieux que les 23,8% de l’extrême centre de M. Macron. Désormais, comme l’a dit François Ruffin, « nous sommes la gauche ! », pas la gauche de la gauche, pas l’extrême gauche, pas la gauche radical : la gauche tout court. Qu’enfin le PS s’effondre, responsable des échecs qui sont les siens.

melenchon-election-2017-vote-utile

La démocratie c’est dur, surtout quand on y croit. Peut-être un changement par les urnes était-il possible, mais encore une fois, les institutions ont eu le dernier mot. À 20h, deux figures de son ignominie nous sont apparues à l’écran : la droite souriante de En Marche, et sa nécessaire contrepartie, l’extrême droite du Front National.

Dans sa disposition médiocratique actuelle, la démocratie sauce Ve République s'épuise, et il était temps. Mais combien de fois encore, la diatribe anabolisante du capitalisme comme rempart à la barbarie fonctionnera-t-elle ? Puisqu’une fois le mythe Macron effondré, quelles autres alternatives nous restera-t-il en définitive ? Laissons aux astucieux médiocrates le soin de répondre car ils n'ont apparemment toujours pas compris que la désertion de la question sociale dans leur vision économiciste du monde,  trouvera sa résurgence soit dans le nationalisme le plus obscur, soit dans le socialisme le plus juste. À nous, qui avons le coeur à gauche, de faire pencher la balance d'un côté plutôt que de l'autre.

Continuons à convaincre, sans mépris et avec bienveillance, que le problème de fond n'est ni le noir, ni l’arabe, ni la dette, ni le chômeur, ni le « coût du travail », ni le fonctionnaire, ni les quartiers populaires ; mais qu’au contraire il est le système qui pousse à l'exil, ruine les pays par cupidité, attise la guerre pour ses intérêts, détruit notre écosystème, brise les solidarités, tolère 9 millions de pauvres, 14 000 morts du chômage et 2 200 dans les rues dans la 6e puissance économique du monde. Ce système a un nom et des visages, il se nomme capitalisme ; sa mise à mort aussi a un nom et des figures, elle s'appelle belle et bien socialisme.

Continuons à convaincre donc, qu’en l’état, il n’existe qu’une seule réelle fracture dans la société. Celle du peuple, peu importe ses divisions internes, avec les élites, cette consanguine minorité qui se substitue à sa souveraineté. Elle aussi a des visages, et beaucoup d’entre eux, dans notre champ de vision, se retrouvent à côté de M. Macron - ceux qui s’attendent à la « rupture » (avec qui ? quoi ?) risquent d’être surpris. Les éditorialistes qui jurent dès 20h et 1 seconde l’échec du Front National peuvent l’être aussi d’ailleurs. Parce que de rupture, depuis des années, par leur vilénie et leur corruption, ils n’en laissent qu’une exister dans l’esprit de beaucoup. Sauf que maintenant, une autre alternative s’est construite, de gauche cette fois, qui à l’avenir pourra s’opposer de front à Marine Le Pen et à Emmanuel Macron.

Avec la France Insoumise à seulement 600 000 voix du Front National, mais presque à 5 millions de plus du Parti Socialiste, cette élection aura au moins signé, pour le plus longtemps possible espérons, l'échec de la gauche de droite ou de la droite de gauche. Étrangement, ceux qui pendant des mois appelaient à se ranger derrière le PS pour faire « gagner la gauche » - tout en accusant Jean-Luc Mélenchon d'être seul, populiste, de faire le jeu de l'extrême droite, etc. - se font bien silencieux. Que le débonnaire Benoît Hamon et les ruines de son parti tombent aux oubliettes et n'en ressortent plus, ils n'ont pas été à la hauteur de l'histoire, leur soutien ayant pu, le cas échéant, peut-être vraiment faire gagner ce qui s'impose dès lors comme la gauche en France. Peut-être qu'aux yeux de l'humanité, si bien sûr M. Mélenchon avait suivi sa feuille de route, une révolution citoyenne dans un pays au rayonnement culturel comme le nôtre aurait fait bouger les lignes. Mais non, apparemment, 6,3% valait mieux qu'espérer le changement... décidemment, jusqu'au bout de ce quinquennat le PS nous aura montré son inconsistance entre la dispersion de sa base électorale, le virage libéralo-sécuritaire de ses cadres et le flou politique de son candidat. 

À présent que faire, pour nous fièrement de gauche ? Simple question rhétorique, n’amenant aucune autre réponse logique que d’agir en son âme conscience le 7 mai, et ce quelque soit sa décision : se rendre à l’isoloir, ne pas s’y rendre, voter blanc, voter « utile ». Voilà où nous en sommes, ni bon ni mauvais choix, uniquement l’appel, le mieux que l’on peut, à sa propre raison. Pour ma part, dans tous les cas, refus de m’aligner sur les injonctions médiatiques de voter pour le prétendu moins pire - injonctions répétées à l’unisson par ceux qui s’en font les porte-voix. Refus tout aussi ferme de voter pour le Front National dans l’espoir de voir naître un mouvement social - comme on l’entend parfois avec des accents accélérationnistes. À défaut de pouvoir faire ce qui est le bien, refusons au moins de faire le mal. Le choix du moins pire reste toujours le choix du pire. Qu’ils dégagent tous, et vite !

Si presque 24% des votants revendiquent aujourd’hui d’être ni de droite ni de gauche, qu’ils respectent notre volonté de ne vouloir ni de l’extrême droite ni du capitalisme, ne nous forcez plus à choisir. Que ces deux cauchemars, de ce que nous souhaitons faire devenir l’Ancien Monde, meurent tous deux de leur incapacité à résoudre la question sociale et écologique. Chacun de ces fléaux devra être combattu, avec la même intensité, par les urnes et par la rue, à nous de prendre le relai.

Comme ultime réponse aux militants du vote utile, nous laisserons en guise de réponses les mots du philosophe Jacques Rancière : « Si Marine Le Pen devait l’emporter, ça ne serait pas gai, bien sûr. Mais il faut en tirer les bonnes conclusions. La solution est de lutter contre le système qui produit Marine Le Pen, non de croire qu’on va sauver la démocratie en votant pour le premier corrompu venu. J’ai toujours en tête ce slogan de 2002 : « votez escroc pas facho ». Choisir l’escroc pour éviter le facho c’est mériter l’un et l’autre et se préparer à avoir les deux ».

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.