Ce fut avec émoi et stupéfaction, que j’ai appris à la lecture de la décision du conseil national des Barreaux du 7 septembre 2023, que je n’avais nullement compris le concept de la hiérarchie des normes et de l’Etat de droit ; puisque je découvre qu’en réalité, il existait une norme bien supérieure ; tant à notre Chère Constitution qu’à la célèbre CEDH – pour ne citer qu’elles : Le Code de la Légion d’honneur.
La Cour de cassation a validé.
Le Conseil d’Etat lui a succédé.
Et c’est dire ! Je croyais faussement que les libertés religieuse, politique et philosophique étaient des libertés fondamentales sacrées et consacrées par nos textes les plus précieux, acquises et protégées par le rang supérieur qui leur était attribué.
Que nenni ! le droit de porter des décorations militaires, l’emportera sans limites dès lors qu’il est reconnu par ce Code si méconnu, tandis que nos libertés si Chères, elles, se voient amputer sans répit.
Interdiction d’assortir notre robe – restant pourtant intacte - d’un quelconque accessoire reflétant ses idées.
Aussi, il me semble des plus urgents d’enjoindre immédiatement, à nos Confrères et Consoeurs de Paris, d’arborer à nouveau l’hermine ! Laquelle avait été délaissée au pire, pour motif religieux ; au mieux, en mémoire à feue Marie-Antoinette, hommage aux royalistes, faisant ainsi voeux pieux à la Monarchie.
Eh bien oui, si je suis le raisonnement, si raisonnement il y a, cet acte est bel et bien politique, à tout le moins philosophique ? Et non l’héritage oublié d’une vieille « fashion-week ».
A moins que là encore, je ne fasse état d’ignorance, en méconnaissant un principe de notre fameux Code, lequel prévoirait cette « allégeance ».
J’aurais probablement dû remercier tous ces grands sachants de m’avoir éclairée sur ces sujets, mais j’ai finalement préféré méditer cette nouvelle lubie et la laisser résonner dans mon esprit, lequel côtoyait avec humilité les notions de droits et libertés.
En vérité, en vérité, aucune innovation au cas d’espèce, une enième prise d’otage de nos mots, les arrachant à leurs définitions, les laissant errer sans leurs sens, au point parfois de les perdre définitivement. Et la raison ne ment pas.
C’est ainsi que l’on se vante d’être les pionniers en matières de droits des Hommes, or jusqu’à il y a quelques décennies encore, nous ne savions pas ce qu’était un « Homme » : puisque Noirs, Indigènes, Gueux ou pis encore - Femmes – étaient exclus de la définition (Nous peinons encore à accorder au féminin la plupart de nos fonctions).
D’un revers de manche, droits et libertés fondamentaux sont encore et encore balayés, pour assouvir des pulsions liberticides cycliques.
Cette fabuleuse gymnastique artistique qui consiste à tournoyer autour d’une volonté, bien précise, bien établie, mais sans la prononcer telle qu’elle se nomme en réalité.
Prendre en otage nos clients, prétextant que c’est là protéger leur liberté, mais quelle liberté ?
Nos clients pourraient se trouver heurtés par nos convictions, ostentatoires on non.
Eh bien mentons-leur sur ce que nous sommes, trompons-les ouvertement, et ainsi ils ne sauraient consentir réellement à une quelconque convention.
Détrompez-vous, nos clients nous choisissent précisément pour ce que nous représentons, et chacun est libre ainsi, de choisir celui ou celle qui saura porter sa cause.
Ce fantasme selon lequel la différence crée le différend, n’effleure pas l’esprit sain de nos clients.
Comment pourrions-nous d’ailleurs défendre la leur de cause, si nous ne sommes même pas capables d’assumer la nôtre ?
Monsieur Olivier SUR, Bâtonnier de Paris, avait lors d’une allocution, déclaré que notre robe est « notre armure », celle qui nous protège et nous transcende.
Aujourd’hui cette armure aurait perdu sa vocation, celle de protéger ce qu’il y a derrière, notre foi et nos convictions ?
Sommes-nous désormais, de simples coquilles vides de toutes pensées, uniquement là pour répéter ce que nos clients nous aurons asséné ?
Ou sommes-nous toujours dignes et libres de penser, de croire et de défendre ?
Pour ma part la réponse est sans équivoque, je ne trahirai pas ma Robe, mon serment est sa rançon.
Donc balayez nos droits et libertés si vous le souhaitez, mais jamais avec les manches de ma Robe. Celle qui m’arme dans le prétoire, me demanderait de rendre des comptes.
Alors humblement je continuerais, si Dieu le veut, à défendre mes clients, peu m’importe leurs propres croyances ou opinions, richesse ou pauvreté, couleur, sexe, et aspirations ; dès lors que je crois en leur cause et qu’ils me font l’honneur de m’accorder leur confiance.
Je n’attends rien de cet acte, l’Histoire m’a appris qu’ils sont vains au moment présent, mais il m’est intrinsèquement impossible de me taire, en regardant l’injustice se faire.
Fidèle à l’héritage des Premiers, de ceux qui m’ont inspirée, restés debout ou assis, Résistants à tout prix, protégeant la Liberté, défendant, l’Egalité sans trahir la Fraternité.