El Omrani
Conseiller et expert culturel
Abonné·e de Mediapart

4 Billets

0 Édition

Billet de blog 10 sept. 2020

Pas de Mac Donald en Tunisie; je garde mon casse-croûte et mon lablabi, merci!

En Juin 2011, quelques mois après la révolution tunisienne, j’ai publié sur le site participatif tunisien Nawaat un article avertissant que les multinationales de la malbouffe allaient se ruer sur le pays, et qu’il fallait se mobiliser contre cette peste.

El Omrani
Conseiller et expert culturel
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Aujourd’hui, 9 ans plus tard, je note avec amertume que KFC et autres multinationales représentées par la mafia rentière tunisienne essaiment comme des mouches en Tunisie. Je re-publie l’article parce qu’il ne faut pas baisser les bras pour défendre la santé publique, plus particulièrement celle de nos enfants et ados...


Ce n’est pas parce que quatre requins affamés veulent s’enrichir que nous devons sacrifier la santé de nos enfants, et enterrer notre patrimoine culturel, tout en envoyant au chômage les milliers de petits restos.

Préambule 1: un casse-croûte tunisien est un repas complet. Il prend la forme d’un petit pain ou la moitié d’une baguette ouverte à moitié et dont l’intérieur est d’abord oint d’huile d’olive puis recouvert d’une fine couche d’harissa, et dans lequel on dépose successivement de la salade méchouia, cad une grillade de piments, tomates, oignons et ail, un peu de salade tunisienne constituée aussi de tomates fraîches, piments verts, oignons et concombres coupés avec de la menthe fraîche en tout petits dés, quelques cubes de pommes de terre cuites à l’eau, des câpres, un huitième d’oeuf cuit, un bout de citron confit, et le tout abondamment recouvert de thon tunisien avec un filet huile d’olive.
Précision importante: le thon tunisien est une variété de thon rouge extrêmement savoureuse et différente du thon blanc courant dans le monde entier.

Préambule 2 : un lablabi est un plat populaire tunisien qui constitue un repas. Il est consommé surtout en hiver, aussi bien le matin qu’au déjeuner, au dîner ou encore tard dans la soirée. Dans un grand bol de terre-cuite (de couleur jaune généralement avec des décorations vertes) on coupe le pain de la veille en petits morceaux; ensuite on les baigne avec une soupe de pois-chiches. Les pois-chiches sont cuits dans de l’eau et du sel durant de longues heures jusqu’à ce qu’ils deviennent tendres. Donc, les morceaux de pain de la veille sont mouillés avec le liquide, on y dépose ensuite une grosse louche de pois-chiches, on assaisonne avec du cumin (efficace contre l’aérophagie cad la formation de gaz dans l’estomac), une bonne cuillère d’harissa et de l’huile d’olive. On y ajoute selon les goûts une tranche de citron pressé, des câpres, un oeuf mi-cuit. Avant de manger, on prendra soin de bien mélanger le tout, et on accompagne ce plat généralement de variantes et d’un Boga cidre (limonade tunisienne).

Pourquoi parlons-nous de casse-croûte et de lablabi ?

La semaine dernière, une information de la plus haute importance est passée presque inaperçue. Leaders. Com; un site particulièrement spécialisé dans les courbettes et le cirage de bottes à la mode ancienne, notamment quand ce sont celles des dirigeants, a publié en date du 9/6/2011 un article qui semble très ordinaire: “Ce que les opérateurs tuniso-américains ont demandé à Caïd Essebsi.” Ces gentils loubards n’ont rien demandé au peuple tunisien, ils s’adressent au Maitre. Mais que lui ont-ils donc demandé? Lisons:

  « Créer un corps de volontaires tunisiens pouvant servir       dans le pays et à l’étranger, lever l’interdiction sur la franchise des marques internationales, débloquer la situation dans nombre d’entreprises à partenaires étrangers tels que Tunisie Telecom ou l’aéroport de Monastir et relancer les méga-projets immobiliers quitte à indemniser les promoteurs des pays du Golfe et remettre les terrains aux enchères. »

Il ne faut pas être un génie pour voir comment les opérateurs tuniso-américains (sic) font avaler la couleuvre à Caïd Essebsi. Un groupe de volontaires, pour calmer les ardeurs révolutionnaires, puis le Big Bang: “lever l’interdiction sur la franchise des marques internationales” , c’est-à-dire en tunisien: ouvrir la Tunisie à tous les Mac Donald’s, Les Kentucky Fried Chicken, et toute cette bouffe infecte typique du régime alimentaire américain, vendue à coup de pub et de communication. Vous pouvez imaginer combien de businessmen tunisiens n’arrivent plus à dormir depuis, caressant le rêve de ces fast-foods envahissant toute la Tunisie. Oh, soyons tranquilles, ils n’oublieront pas cette fois les régions internes, défavorisées, enclavées etc.

Il y a quelques années, le site de Leaders.com avait publié un article encensant un gros opérateur français spécialisé en quincaillerie qui s’installait chez nous. J’ai envoyé au site quelques lignes expliquant qu’il n’y avait pas de quoi se réjouir. L’opérateur créera quelques postes de travail, mais il en abolira beaucoup plus, parce que toutes les petites quincailleries de quartier et boutiques similaires devront fermer. Tout comme les épiciers et les supérettes ont tous fermé là où les géants français de la distribution se sont installés. Et que tout compte fait, c’est un marché de dupes de notre point de vue. Comme vous vous en doutez, mon commentaire n’a jamais été publié; depuis, je n’ai plus communiqué avec ce site, vitrine du capital sauvage et se vendant en jouant sur le gonflage des ego des personnes qu’ils appellent leaders. Évidemment, avant le 14 janvier, les Trabelsi, Matri, Chiboub, et autres Jilani en constituaient la littérature. Bref.

Tunisiennes et Tunisiens, nous avons un régime alimentaire méditerranéen (un peu gras j’en conviens) mais qui est l’un des meilleurs du monde. Nos enfants mangent du couscous, des pâtes, des légumes, des fruits, du poisson… Si la bouffe infecte américaine débarque chez nous, nous aurons l’obésité, le cholestérol, les problèmes cardio-vasculaires; avec tout le résultat au niveau de la production intellectuelle…

Le premier problème de santé aux États-Unis est l’obésité. Ils sont gonflés et malades, ceux qui s’en sortent doivent faire 20 km par jour de footing.

Notre cuisine, casse-croûte tunisien, lablabi, osbane, brik, mermez etc compris, notre cuisine nationale fait partie intégrante de notre culture et de notre patrimoine. Revendiquons-les, parlons de l’exception culturelle tunisienne, et refusons la levée d’interdiction sur les franchises des marques internationales.

Ce n’est pas parce que quatre requins affamés veulent s’enrichir que nous devons sacrifier la santé de nos enfants, et enterrer notre patrimoine culturel, tout en envoyant au chômage les milliers de petits restos et autres humbles gargotes qui vivent et font vivre leurs familles de ces petites spécialités tunisiennes qu’ils nous préparent quotidiennement.

De grâce, prenons position pour notre patrimoine et pour notre économie. Et surtout, ne faisons aucune confiance aux grands groupes alimentaires; ils n’ont aucun scrupule, et mentent pour vendre leur bouffe infecte, y compris les OGM. En voici une petite preuve publiée en Mars 2010 par Le Monde Diplomatique sous le titre “L’Inde résiste à la séduction de l’agro-alimentaire américain, rédigé par MiraKamdar.” :

« Dans le passé, le groupe américain Monsanto a falsifié les données présentées pour obtenir l’autorisation de produire en Inde. En fut-il de même pour l’aubergine génétiquement modifiée, mise au point dans sa filiale indienne ? Impossible à dire. Mais, à New Delhi, le gouvernement vient de suspendre la commercialisation de ce premier légume OGM au monde. »

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Pouvoir d'achat
« Et Macron, il pense aux familles nombreuses quand tout augmente ? »
En avril 2022, selon l’Insee, les prix des produits de grande consommation vendus dans la grande distribution ont augmenté de 1,3 %. Une hausse des prix que subissent de plein fouet les plus modestes. À Roubaix, ville populaire du nord de la France, la débrouille règne.
par Faïza Zerouala
Journal — France
Violences conjugales : Jérôme Peyrat finalement contraint de retirer sa candidature
L’ancien conseiller d’Emmanuel Macron, condamné pour violences conjugales, renonce à la campagne des législatives. La défense catastrophique du patron de LREM, Stanislas Guerini, a accéléré les choses. 
par Ellen Salvi
Journal — Politique
Le député PS de Charente Jérôme Lambert logé chez un bailleur social car « les loyers sont trop chers à Paris »
Le député Jérôme Lambert, tout juste désinvesti par la Nupes et désormais candidat dissident pour les élections législatives en Charente, vit dans un logement parisien de 95 m2 pour 971 euros par mois. « Être logé à ce prix-là à Paris, j’estime que c’est déjà cher », justifie l’élu qui n’y voit rien de « choquant ».  
par David Perrotin
Journal
Affaire Jérôme Peyrat : « Le problème, c’est qu’ils s’en foutent »
Condamné pour violences conjugales en 2020, Jérôme Peyrat a fini par retirer sa candidature aux élections législatives pour la majorité présidentielle à deux jours de la date limite. Il était pourtant toujours soutenu par les responsables de La République en marche, qui minimisent les faits.
par À l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Quand le Festival de Cannes essaie de taper fort
La Russie vient de larguer 12 missiles sur ma ville natale de Krementchouk, dans la région de Poltava en Ukraine. Chez moi, à Paris, je me prépare à aller à mon 10e Festival de Cannes. Je me pose beaucoup de questions en ce mois de mai. Je me dis que le plus grand festival du monde tape fort mais complètement à côté.
par La nouvelle voix
Billet de blog
Entretien avec Ava Cahen, déléguée générale de la Semaine de la Critique
La 61e édition de la Semaine de la Critique se déroule au sein du festival de Cannes du 18 au 26 mai 2022. La sélection qui met en avant les premiers et seconds longs métrages, est portée pour la première fois cette année par sa nouvelle déléguée générale Ava Cahen qui défend l'amour du cinéma dans sa diversité, sa réjouissante monstruosité, ses émotions et son humanité.
par Cédric Lépine
Billet de blog
Une fille toute nue
[Rediffusion] Une fois de plus la « culture » serait en danger. Combien de fois dans ma vie j’aurais entendu cette litanie… Et ma foi, entre ceux qui la voient essentielle et ceux qui ne pas, il y a au moins une évidence : ils semblent parler de la même chose… des salles fermées. Les salles où la culture se ferait bien voir...
par Phuse
Billet de blog
images écrans / images fenêtres
Je ne sais pas par où prendre mon film.
par Naruna Kaplan de Macedo