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Billet de blog 17 oct. 2020

Allumé rabique et liberté d'expression obturée

Tout musulman un tant soit peu éclairé vous dira que ce genre d'attentats inouïs continuera à hanter la cohabitation pacifique entre les gens. Il y a d'un côté une éducation islamique totalement exempte d'apprentissage de l'esprit critique, et de l'autre des clans qui instrumentalisent la liberté d'expression au service de leurs agendas.

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Un allumé rabique et primitif qui ne représente ni le prophète ni l’islam

En réaction aux cours qu’un enseignant français a donné dans SA classe dans SON pays, ton esprit primitif sorti de la jungle de l’aube des temps t’a incité à lui couper la tête. Le décapiter d’une manière qui a choqué toute l’humanité. À quelle race d’énergumènes appartiens-tu ? Quelle rage et quelle haine se sont-elles installées dans ton cœur ? Quel Dieu adores-tu ? Quel prophète défends-tu ? Quelle religion propages-tu ?

Essayons de raisonner bien que les gens comme toi raisonnent peu ou mal...

Tu as donc considéré que l’enseignant qui a donné un cours dans son pays sur les caricatures du prophète Mohammed a offusqué ta religion au point de mériter cette sentence de mort que tu as auto-proclamé et qui appartient au mode opératoire de ce que tes maîtres à penser taxent de Jihad sauvage (jihad al-taouahoch) , n’est-ce pas?

En fait, il est inutile de raisonner avec toi car tu es un pauvre bougre dénué d’esprit critique auquel on a toujours inculqué à apprendre par cœur, à réciter sans discuter, dusses-tu finir en enfer. Depuis ton enfance on t’a appris à ne jamais répondre, ne jamais contredire le pouvoir. Rois, émirs ou présidents. De la même manière, on t’a appris à ne jamais discuter les fatwas des oulémas et des religieux enturbannés. Il est donc inutile de te raisonner.

Je m’adresse plutôt à tes maîtres à penser, aux leaders de ton idéologie tordue et aux dictateurs de la pensée ordonnant les boucheries à l’arme blanche et autres scies électriques, pour leur dire :

Durant sa vie exemplaire, notre prophète, sûrement pas le vôtre, a subi les pires humiliations et les maltraitements les plus dégradants sans jamais rendre la monnaie d’échange. Jamais. Pas une seule fois.

Persécuté par les Mecquois, il a été reçu à coups de pierres par les membres de sa famille maternelle lorsqu’il est allé chercher refuge auprès d’eux à Tayef. Ses oncles maternels ont incité les enfants à l’accueillir à coups de pierre jusqu’à l’ensanglanter. Les larmes aux yeux, il a levé les mains vers le Ciel disant à son Créateur qu’il ne prêtait aucune attention à cette humiliation du moment que Dieu n’avait pas de ressenti contre lui. Il est donc aller chercher en lui-même une quelconque déviation qui lui aurait valu ce châtiment. Snobant le châtiment humain, ce qu’il craignait c’était le châtiment divin !

Omayya bin Khalaf lui a craché au visage sans que le prophète ne réagisse.

L’oncle paternel du prophète n’a pas cessé de l’humilier en le dénonçant comme menteur là où il allait. Il le frappait à coups de pierres jusqu’à ensanglanter régulièrement son dos, sans qu’il ne réagisse ou lui manque de respect.

Ses ennemis attendaient qu’il se prosterne lorsqu’il était en prière et déposaient sur son dos les entrailles d’ovins. Il se contentait de leur dire qu’il était leur voisin et que les coutumes recommandaient le bon voisinage.

Voici donc un prophète qui souffre tous genres de maltraitances physiques et morales, sans réagir alors qu’un lointain prétendant adepte décapite un enseignant pour avoir donné un cours sur la liberté d’expression illustrant le concept par le cas des caricatures du prophète.

Ces gardiens auto-proclamés d’un soi-disant puritanisme en islam sont le fruit d’un système éducatif duquel l’esprit critique est totalement absent. Un système dans lequel la philosophie est hérésie et les arts de la luxure. L’individu n’existe pas et peut être à tout moment sacrifié au bon vouloir d’un dictateur sanglant ou d’un pseudo ouléma enturbanné qui a consacré toute son existence à apprendre par cœur le contenu d’ouvrages rédigés par d’autres humains, et auxquels une tradition ignare a donné le statut de sacré. C’est dans ces textes de différents oulémas que vont piocher les bougres d’ISIS pour justifier les crimes les plus horribles qu’un être humain puisse commettre. Des textes d’un autre temps.

Non, ce n’est pas l’islam, c’est bel et bien du terrorisme pur et dur.

« Je ne suis pas Charlie » non plus

Pour la précision j’étais Charlie jusqu’en Juillet 2009, après « Je suis devenu Siné » quand le journal satirique a décidé de licencier abusivement Maurice Sinet (connu comme Siné) après 20 ans de bons et loyaux services. Eh oui, ce n’est pas de la science-fiction, c’est de l’histoire récente ! Qui donc a osé se débarrasser d’une manière si ignoble d’un vieux compagnon de route et un fidèle ami de Charlie Hebdo ? C’est bien son directeur de la rédaction et directeur de la publication jusqu’en 2009, Philippe Val, le célèbre journaliste, chanteur et comédien français qui a accusé Siné d’« incitation à la haine raciale » (sic) lui intimant l’ordre de présenter des excuses au fils de Sarkozy que le caricaturiste a dépeint dans a chronique comme arriviste prêt à se convertir du catholicisme au judaïsme, la religion de sa riche fiancée Jessica Sebaoun-Darty afin de grimper derechef l’ascenseur social : « Jean Sarkozy vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée juive et héritière des fondateurs Darty. […] Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! » (Charlie Hebdo n° 837). Fidèle à lui-même, Siné a répondu qu’il ne ferait jamais d’excuses au fils de l’ancien président, et qu’il se couperait plutôt les couilles. Le licenciement a suivi, et la Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme (LICRA) porta l’affaire devant la cour. En décembre 2012, la cour d’appel de Paris a bel et bien statué que le licenciement était abusif condamnant la société éditrice de Charlie Hebdo à verser €90,000 à son ancien journaliste.

Pour les lecteurs peu au courant de la scène médiatique française, on dirait qui est ce Philippe Val qui a accusé son camarade de lutte, son compagnon de route et son ancien collègue d’« incitation à la haine raciale » ? Eh bien c’est ce même monsieur qui a republié sur Charlie Hebdo les caricatures de Jyllands-Posten qui ont provoqué un tollé général parmi les musulmans, avant d’être instrumentalisées par tous genres de fanatiques, terroristes et autres fondamentalistes islamistes pour recruter leurs dangereux paumés. Eh oui, Philippe val, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo a bien accusé l’octogénaire feu Siné d’incitation à la haine raciale pour avoir moqué le fils de Sarkozy, mais n’a eu aucun scrupule à publier les caricatures une première et une deuxième fois, avec les résultats haineux que l’on connait.

Oui, la liberté d’expression est sacro-sainte non seulement parce qu’elle est à la base de la république laïque en France, mais surtout parce qu’au delà de la France, elle constitue la fondation de la dignité humaine et du libre arbitre. Nul n’a droit de l’hypothéquer. Le problème c’est quand la liberté d’expression va à sens unique, qu’elle est instrumentalisée au service d’un clan, d’une classe politique, d’une religion ou d’un groupe qui s’octroie ce droit et ce privilège et en prive les autres. Ce n’est plus de la liberté d’expression, elle prend une autre appellation : « propagande ».

Je ne suis pas Charlie, « Je suis Siné » parce qu’il était fidèle à lui-même, représentant de cette France merveilleuse qui a donné à l’humanité la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Non, ce n’est pas de la liberté d’expression, c’est bel et bien de la propagande.

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