Un autre 7 janvier

Tu étais où toi, ce jour là, juste avant midi? Tu faisais quoi? En dehors du fait de savoir qui étaient ces gens là pour toi, c'était quoi ton rapport à la presse et à la liberté d'expression avant? Et là, cinq ans après, tu te dis que c'est pareil voire encore pire...

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Tu étais où toi, ce jour là, juste avant midi? Tu faisais quoi? En dehors du fait de savoir qui étaient ces gens là pour toi, c'était quoi ton rapport à la presse et à la liberté d'expression avant?

Perso, je crois que c'est la première fois qu'un évènement historique me fait chialer.
Comme une gosse. Pendant trois jours. Rien qu'en y repensant les larmes remontent.

Je détestais ce que Charlie était devenu. Ce que l'histoire, l'évolution de la société, les Philippe Val et autres coups du sort avaient fait de lui.
N'empêche que j'ai grandi avec lui dans mes chiottes.

Petite je rêvait que Cavanna soit mon grand-père. Ado, je me posais mes premières questions de femme en m'interrogeant sur le regard de Wolinski sur celles-ci. Et puis Bob... dont il serait bien trop long de résumer l'héritage maintenant.
Sans ce pu*** de canard, je n'aurai jamais été la même. Et malheureusement sans eux non plus.

Ces deux crrrrrrrétins, comme dirait ma mère, qui se sont senti légitimes d'aller dézinguer à coup de Kalachnikov, Charb et sa bande, dangereux lutteurs armés de stylos, en pleine conférence de rédaction.
Des (trous de) balles contre des plumes. La mort contre des idées.
La noirceur humaine, sortie d'un nulle part, beaucoup trop proche et venue butter des membres de ma famille symbolique.
Bref, plus qu'une claque, un véritable pain dans la gueule

On peut mourir à cause de ses idées ou parce qu'on veut informer en France en 2015. Mais pas juste des reporters de guerre, qui passent leur temps sous les bombes à l'autre bout de la terre. Non, toi, moi, ton père, ton frère qui habite juste là derrière, le plumitif du coin le cul posé derrière son bureau...

Et là, cinq ans après, après des "manifestations républicaines" des nuits entières, des milliers de bougies, de beaux mots, de fleurs et de grands enfants qui pleurent, après quatre ans de discours, de promesses et autres déclarations poudrées... Tu te dis que c'est pareil voire encore pire.

Tu te dis que celui qui veut ta mort parce que tu ne penses pas comme lui ne cherche même plus à se cacher. Il porte un beau costard et essaye de te bouter hors de son palais. Il a un casque et te pointe un LBD sur la tronche alors que tu ne fais que travailler. Il menace de te tuer ou de te violer sur les réseaux sociaux ou il a l'accoutrement de sa clique et te crache dessus dans les manifs. Tout cela juste parce que tu as le malheur de parler en images ou en mots...

Parce qu'en plus ce con là, il a toujours pas compris que la majorité de temps tu penses comme lui, que t'as les même problèmes que lui mais que toi t'as juste besoin de voir, de fixer, de détailler, de décrypter pour être sur. T'as juste envie savoir et de partager avec d'autres aussi.
Parce qu'informer, parce que vivre, c'est ça. Lui il continue de ne regarder et de ne voir que par les étiquettes.

Voilà, on en est là. Cinq ans, tellement de morts et de blessés qu'on ne les compte plus, tout les samedis, et tout ça pour rien. L'ennemi intérieur continue de nous ronger. En France tu continues de mourir à cause de tes idées.

Qui sait peut-être que samedi prochain un autre GJ, un élu pas si vérolé, un lycéen va y passer... Peut-être qu'un jour à force de faire ce boulot comme des esclaves et de s'en prendre plein la tronche, les journalistes disparaitrons...

Sauf que cette fois, on ne pourra plus se dire qu'on ne savait pas.

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