Squats bordelais ou la "justice" à coup de masse...

Ce soir j'ai vu un groupe d'hommes tenter de fracasser une porte à coup de masse et de pied de biche pour faire ce qu'ils estiment être "justice" eux même. Ce n'était pas la première fois que cela se passait dans cette rue. Mercredi soir une scène similaire avait déjà eu lieu. Ce soir, la police est venue mais la sureté publique est restée brisée en mille morceaux, dans le caniveau...

Ce soir j'ai vu un groupe de sept ou huit hommes tenter de fracasser une porte à coup de masse et de pied de biche pour faire ce qu'ils estiment être "justice" eux même.

Je les ai entendu hurler, interpeller, insulter, menacer et ordonner aux occupants de l'immeuble voisin du mien de descendre. J'ai entendu une femme crier, des bruits de verre cassé, des projectiles rebondir sur la façade avant d'exploser au sol. J'ai vu ces hommes défoncer cette lourde porte en métal au point qu'elle en soit déformée, la tôle trouée et les points prêts à céder.

Ce n'était pas la première fois que cela se passait dans cette rue. Mercredi soir une scène similaire avait déjà eu lieu. La porte avait essuyé des coups, une vitre du premier étage avait volé en éclat. Mercredi j'ai eu peur pour ma voiture garée en bas. Ce soir, j'ai eu peur pour le crâne d'un des voisins. 

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Quand la police est venue, un des agresseurs s'est présenté en victime du fait qu'il ai été blessé au bras. La bande de lanceurs de projectiles a argué son "bon droit" du fait "d'avoir des papiers", de "payer des impôts" et l'absence présumée de titre de séjour des gens qui étaient là.

La masse a été saisie. LBD et lampes torches ont été braqués en direction des fenêtres.
Devant les forces de l'ordre en présence, un des "auto-justiciers" a tenté verbalement de faire pression sur une jeune femme venue témoigner de ce qu'elle avait vu, arguant qu'il viendrait "tout casser" chez ses parents.

 © Photo: Eloïse Bajou © Photo: Eloïse Bajou

Mais après plusieurs minutes chacun est finalement reparti de son côté, un des membres de "la bande" non sans menacer de revenir et de dire aux personnes venues soutenir les occupants de cette "réquisition citoyennequ'il "retiendrait leurs visages".

Ce que ces hommes appellent "justice" c'est expulser eux même, en bande et à coup de masse, des occupants sans domicile fixe d'un immeuble qu'ils souhaitent acheter. Ce que ces hommes appellent "justice" c'est menacer des témoins.

A Bordeaux, plus de 200 personnes, la plupart bénéficiaires du statut de réfugiés, ont été expulsés des squats sans solution de logement ces dernières semaines.
A Bordeaux, les prix de l'immobilier ont augmenté de 44% en dix ans.

Quant à la mission de sureté des personnes dévolue aux forces de l'ordre, elle est en mille morceaux dans le caniveau...

La "justice" à coup de masse © Eloïse Bajou

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