elchileno
Fondateur du site Nextbanq
Abonné·e de Mediapart

2 Billets

0 Édition

Billet de blog 6 sept. 2017

Pourquoi les banques gagnent à tous les coups (jusqu'à présent)

Nos grandes banques sont épatantes. Malgré la révolution numérique en cours dans le secteur bancaire et son lot de nouvelles offres à très bas prix (N26, C-Zam, Orange Bank, etc..), les acteurs traditionnels ont dans le même temps réussi l'exploit d'imposer les frais de tenue de compte à une majorité de clients. Mais quel est donc leur secret ?

elchileno
Fondateur du site Nextbanq
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 Pas besoin d'être un expert en économie pour comprendre que lorsqu'un nouveau produit arrive à un prix défiant toute concurrence, augmenter les tarifs est rarement une bonne idée pour conserver ses parts de marché. 

Pourtant, c'est ce qui est en train de se passer sous nos yeux en dépit d'une concurrence qui n'aura jamais été aussi féroce qu'aujourd'hui.

Pêle-mêle, nous pouvons citer : les start-up aux dents longues (N26, Revolut, Lydia, etc...), les géants français qui rêvent de leur propre banque (Carrefour, Orange, etc...) ou encore l'entrée probable des GAFA (Google, Facebook, Amazon, Apple). 

Malgré cette nouvelle concurrence, les banques françaises ont réussi dans le même temps à généraliser les frais de tenue de compte pour presque tout le monde. Un bel exploit économique ! 

 Devant cette réalité, voici quelques éléments de réponse qui expliquent la toute-puissance des banques  : 

Une clientèle plus captive qu'ailleurs : plus qu'une bataille sur les services et les tarifs, l'industrie bancaire repose avant tout sur la confiance. Or, confier ses économies à un tiers est une sacrée marque de confiance, que nous réalisons le plus souvent à notre insu, dès la naissance... Les statistiques le montrent bien : 74% des jeunes choisissent ainsi la banque de leurs parents.
Bref, dans un domaine aussi sensible que l'argent, la peur du changement est une réalité bien ancrée. 

Le précédent des banques en ligne : avec une part de marché estimée à 5% au bout d'une décennie d'existence, la révolution attendue des banques en ligne n'a finalement pas eu lieu. Or, les nouveaux entrants viennent plus ou moins avec les mêmes armes (tarifs très bas, souplesse d'utilisation et meilleure qualité de service). L'histoire ne serait donc qu'un éternel recommencement ?  

Des banques qui avancent leurs pions : mieux vaut prévenir que guérir pourrait être l'adage des banques traditionnelles. Ainsi, les banques financent elles-mêmes des incubateurs de start-up (comme Le Village par le Crédit Agricole ou We Are Innovation par BNP Paribas) dans le but d'anticiper leurs trouvailles. Et si d'aventure une start-up réussit à s'attirer les faveurs du grand public, le récent rachat par BNP Paribas de Compte Nickel et ses 700 000 clients montre bien que le secteur bancaire traditionnel ne compte pas laisser agir sans rien faire, au grand dam d'une partie de la clientèle de Compte Nickel, d'abord heureuse de s'émanciper des réseaux traditionnels... D'ailleurs, on notera à ce sujet que toutes les banques en ligne appartiennent déjà aux grands noms du secteur. 

Dans ces conditions, et malgré leurs atouts, difficile pour les nouveaux entrants de se battre frontalement avec les banques traditionnelles, à moins de posséder un budget quasi illimité, ce qui restreint les véritables menaces à quelques noms bien connus : Orange bank tout d'abord, puis les GAFA qui lorgnent depuis longtemps sur ce marché. 

Par conséquent, les nouveaux entrants sont amenés à cibler des marchés délaissés par les établissements traditionnels, à l'exemple de la néobanque N26 qui vise principalement les geeks, Yelloan qui propose du crédit à la consommation à des populations délaissées (étudiants, CDD, intérimaires) ou encore Morning qui donne accès à une offre bancaire en anglais pour les étrangers de passage en France. 

Bref, des initiatives certainement intéressantes mais qui ne suffiront pas à redistribuer les cartes... pour le grand bénéfice des banques traditionnelles qui se permettent donc d'instaurer des frais de tenue de compte, comme si de rien n'était. 

 En fait, c'est sur le taux de mobilité bancaire que repose la toute puissance des banques française. D'après UFC-QueChoisir, seulement 3% des clients en moyenne changent d'établissement chaque année, ce qui est trois fois inférieur à la moyenne européenne. 

Il ne fait donc aucun doute qu'en augmentant ce taux, les vertus de la concurrence retrouveraient des couleurs...

La balle est donc dans le camp du consommateur !  

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Fraude fiscale : la procédure opaque qui permet aux grandes entreprises de négocier
McDonald’s, Kering, Google, Amazon, L’Oréal… Le règlement d’ensemble est une procédure opaque, sans base légale, qui permet aux grandes entreprises de négocier avec le fisc leurs redressements. Un rapport exigé par le Parlement et que publie Mediapart permet de constater que l’an dernier, le rabais accordé en 2021 a dépassé le milliard d’euros.
par Pierre Januel
Journal
Cac 40 : les profiteurs de crises
Jamais les groupes du CAC 40 n’ont gagné autant d’argent. Au premier semestre, leurs résultats s’élèvent à 81,3 milliards d’euros, en hausse de 34 % sur un an. Les grands groupes, et pas seulement ceux du luxe, ont appris le bénéfice de la rareté et des positions dominantes pour imposer des hausses de prix spectaculaires. Le capitalisme de rente a de beaux jours devant lui.
par Martine Orange
Journal — Livres
Le dernier secret des manuscrits retrouvés de Louis-Ferdinand Céline
Il y a un an, le critique de théâtre Jean-Pierre Thibaudat confirmait dans un billet de blog de Mediapart avoir été le destinataire de textes disparus de l’écrivain antisémite Louis-Ferdinand Céline. Aujourd’hui, toujours dans le Club de Mediapart, il revient sur cette histoire et le secret qui l’entourait encore. « Le temps est venu de dévoiler les choses pour permettre un apaisement général », estime-t-il, révélant que les documents lui avaient été remis par la famille du résistant Yvon Morandat, qui les avait conservés.
par Sabrina Kassa
Journal
Le député Sacha Houlié relance le débat sur le droit de vote des étrangers
Le député Renaissance (ex-LREM) a déposé, début août, une proposition de loi visant à accorder le droit de vote aux étrangers aux élections municipales. Un très « long serpent de mer », puisque le débat, ouvert en France il y a quarante ans, n’a jamais abouti.
par Nejma Brahim

La sélection du Club

Billet d’édition
Canicula, étoile chien
Si la canicule n’a aucun rapport avec les canidés, ce mot vient du latin Canicula, petite chienne. Canicula, autre nom que les astronomes donnaient à Sirius, étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Pour les Grecs, le temps le plus chaud de l’année commençait au lever de Sirius, l’étoile chien qui, au solstice d’été, poursuit la course du soleil .
par vent d'autan
Billet de blog
Le bon sens écologique brisé par le mur du çon - Lettre ouverte à Élisabeth Borne
On a jamais touché le fond de l'aberration incommensurable de la société dans laquelle nous vivons. Au contraire, nous allons de surprises en surprises. Est-ce possible ? Mais oui, mais oui, c'est possible. Espérons que notre indignation, sans cesse repoussée au-delà de ses limites, puisse toucher la « radicalité écologique » de madame Borne.
par Moïra
Billet de blog
L’eau dans une France bientôt subaride
La France subaride ? Nos ancêtres auraient évoqué l’Algérie. Aujourd’hui, le Sud de la France vit avec une aridité et des températures qui sont celles du Sahara. Heureusement, quelques jours par an. Mais demain ? Le gouvernement en fait-il assez ? (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Décret GPS, hypocrisie et renoncements d'une mesurette pour le climat
Au cœur d'un été marqué par une sécheresse, des chaleurs et des incendies historiques, le gouvernement publie un décret feignant de contraindre les entreprises du numérique dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais ce n'est là qu'une vaste hypocrisie cachant mal les renoncements à prendre des mesures contraignantes.
par Helloat Sylvain