Pourquoi les banques gagnent à tous les coups (jusqu'à présent)

Nos grandes banques sont épatantes. Malgré la révolution numérique en cours dans le secteur bancaire et son lot de nouvelles offres à très bas prix (N26, C-Zam, Orange Bank, etc..), les acteurs traditionnels ont dans le même temps réussi l'exploit d'imposer les frais de tenue de compte à une majorité de clients. Mais quel est donc leur secret ?

 Pas besoin d'être un expert en économie pour comprendre que lorsqu'un nouveau produit arrive à un prix défiant toute concurrence, augmenter les tarifs est rarement une bonne idée pour conserver ses parts de marché. 

Pourtant, c'est ce qui est en train de se passer sous nos yeux en dépit d'une concurrence qui n'aura jamais été aussi féroce qu'aujourd'hui.

Pêle-mêle, nous pouvons citer : les start-up aux dents longues (N26, Revolut, Lydia, etc...), les géants français qui rêvent de leur propre banque (Carrefour, Orange, etc...) ou encore l'entrée probable des GAFA (Google, Facebook, Amazon, Apple). 

Malgré cette nouvelle concurrence, les banques françaises ont réussi dans le même temps à généraliser les frais de tenue de compte pour presque tout le monde. Un bel exploit économique ! 

 Devant cette réalité, voici quelques éléments de réponse qui expliquent la toute-puissance des banques  : 

Une clientèle plus captive qu'ailleurs : plus qu'une bataille sur les services et les tarifs, l'industrie bancaire repose avant tout sur la confiance. Or, confier ses économies à un tiers est une sacrée marque de confiance, que nous réalisons le plus souvent à notre insu, dès la naissance... Les statistiques le montrent bien : 74% des jeunes choisissent ainsi la banque de leurs parents.
Bref, dans un domaine aussi sensible que l'argent, la peur du changement est une réalité bien ancrée. 

Le précédent des banques en ligne : avec une part de marché estimée à 5% au bout d'une décennie d'existence, la révolution attendue des banques en ligne n'a finalement pas eu lieu. Or, les nouveaux entrants viennent plus ou moins avec les mêmes armes (tarifs très bas, souplesse d'utilisation et meilleure qualité de service). L'histoire ne serait donc qu'un éternel recommencement ?  

Des banques qui avancent leurs pions : mieux vaut prévenir que guérir pourrait être l'adage des banques traditionnelles. Ainsi, les banques financent elles-mêmes des incubateurs de start-up (comme Le Village par le Crédit Agricole ou We Are Innovation par BNP Paribas) dans le but d'anticiper leurs trouvailles. Et si d'aventure une start-up réussit à s'attirer les faveurs du grand public, le récent rachat par BNP Paribas de Compte Nickel et ses 700 000 clients montre bien que le secteur bancaire traditionnel ne compte pas laisser agir sans rien faire, au grand dam d'une partie de la clientèle de Compte Nickel, d'abord heureuse de s'émanciper des réseaux traditionnels... D'ailleurs, on notera à ce sujet que toutes les banques en ligne appartiennent déjà aux grands noms du secteur. 

Dans ces conditions, et malgré leurs atouts, difficile pour les nouveaux entrants de se battre frontalement avec les banques traditionnelles, à moins de posséder un budget quasi illimité, ce qui restreint les véritables menaces à quelques noms bien connus : Orange bank tout d'abord, puis les GAFA qui lorgnent depuis longtemps sur ce marché. 

Par conséquent, les nouveaux entrants sont amenés à cibler des marchés délaissés par les établissements traditionnels, à l'exemple de la néobanque N26 qui vise principalement les geeks, Yelloan qui propose du crédit à la consommation à des populations délaissées (étudiants, CDD, intérimaires) ou encore Morning qui donne accès à une offre bancaire en anglais pour les étrangers de passage en France. 

Bref, des initiatives certainement intéressantes mais qui ne suffiront pas à redistribuer les cartes... pour le grand bénéfice des banques traditionnelles qui se permettent donc d'instaurer des frais de tenue de compte, comme si de rien n'était. 

 En fait, c'est sur le taux de mobilité bancaire que repose la toute puissance des banques française. D'après UFC-QueChoisir, seulement 3% des clients en moyenne changent d'établissement chaque année, ce qui est trois fois inférieur à la moyenne européenne. 

Il ne fait donc aucun doute qu'en augmentant ce taux, les vertus de la concurrence retrouveraient des couleurs...

La balle est donc dans le camp du consommateur !  

 

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