Du mensonge en démocratie

D'une possible résignation face au mensonge utilitariste ?

Du mensonge en démocratie 

Il ne s'agit pas d'opposer le mensonge à la vérité.

La vérité, même scientifique, existe rarement contrairement aux vérités multiples et changeantes ou à la véracité.

Pour Arendt, le "diseur professionnel de vérité" doit éveiller un soupçon. A l'opposé, le "menteur dit ce qui n'est pas….il veut changer le monde".
Les assertions infondées et autres balivernes des réformateurs en herbe se développent dans des proportions telles que certains ont inventé le 'fact-checking', entreprise souvent salutaire.

Dans le sphère politique dans son acception la plus large d'organisation de la cité, de l'État, d'un vivre ensemble structuré et organisé, certains de ceux qui prétendent infléchir les décisions, de ceux qui briguent le pouvoir, de ceux qui militent au nom d'un intérêt collectif, des femmes et hommes politiques semblent de plus en plus à l'aise avec le mensonge.

A leur décharge, il peut très souvent s'agir d'incompétence sur un sujet particulier. Cette incapacité à la véracité peut également refléter une paresse intellectuelle. Il serait en effet regrettable qu'un chiffre ou un fait vienne ternir un si beau raisonnement ou la punch-line de la semaine.

A titre d'illustration, il en fut ainsi d'un dirigeant politique qui, pour justifier des mesures drastiques, avança un chiffre totalement erroné de "malades en réanimation à mi-novembre quoique l'on fasse".
Dans un registre similaire, des structures militantes ou des ONG pratiquent parfois une surenchère argumentative face aux assauts d'adversaires, supposés de mauvaise foi. La fin justifierait-elle les moyens ?

La tolérance ou le refus du mensonge n'est pas ici une posture de morale kantienne. Certains affabulent pour arranger leurs petites affaires, voire même 'pour la bonne cause'.

Il ne s'agit pas de juger du bien, du mal voire du caractère pathologique de certains menteurs.

Dans une démocratie (représentative), les citoyens délèguent leur pouvoir à des élus ou des organisations.

-  Peut-on dès lors déléguer à des individus ou des structures qui, en retour, NOUS mentent sciemment ?

-  Alors qu'un choix existe, peut-on tolérer la perversion d'un tel processus de domination ?

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