Les menaces de viol, c’est pas si grave

J’ai reçu des menaces sur mon téléphone. « J’ai violé ta mère, et maintenant je vais te violer. » Mais quand j’ai voulu porter plainte à Paris, le policier a refusé. « Il y a un nouveau jeu, entre ados », m’a-t-on expliqué.

« Salle [sic] petite pute ». « Que je te viole ». « Salope ». Dimanche 23 septembre, je bois un verre avec des amis, quelque part dans Paris. Les messages arrivent sur mon téléphone. En rafale. Je ne connais pas le numéro. Ils sont de plus en plus menaçants. « Je bouyave toi et toute ta famille. » Ils sont suivis d’un appel, le numéro est masqué. Je ne reconnais pas la voix, c’est un homme. Il me menace à nouveau. Il parle de me violer, et de violer ma mère. « Tu n’es plus qu’une sale petite pute, j’ai violé ta mère, et maintenant je vais te violer, toi. »

Je veux savoir s’il sait à qui il parle, s’il me connaît, s’il sait qui je suis, s’il peut me retrouver. Je veux savoir s’il s’agit d’une très mauvaise blague ou s’il faut prendre ces propos au sérieux. « Je suis qui ? Je m’appelle comment ? » Il ne répond pas. Je menace de porter plainte. « Je m’en fous, je t’ai dit que j’ai volé le téléphone. Je ne vais pas arrêter de vous harceler. » Je raccroche.

Rien à faire, je ne me sens pas bien. J’ai peur en rentrant chez moi.

Je veux porter plainte. Lundi, j’écris sur le site de pré-plainte en ligne. Mais cela ne fonctionne pas. Voici la réponse via email : « Après lecture de vos déclarations, la pré-plainte en ligne n’est pas possible. Une enquête étant nécessaire pour la recherche de l’auteur, vous devez vous présenter directement au commissariat. Nous recevons en ligne seulement les plaintes, sans suite à donner. »

Je pars au commissariat du 12e arrondissement. Il est 18H passés. On me conseille de revenir le lendemain matin, tôt. Là, il y a trop de monde. De fait, le lendemain, à 9H, ça va plus vite. Mais l’échange tourne vite court.

« Le policier : Vous avez reçu encore des appels ou des messages ?

Moi : - Pas depuis un jour et demi.

- Donc, il s’est arrêté.

- Pour l’instant, oui.  

- Donc, il ne s’agit pas de harcèlement téléphonique.

- Ah, bon…

- Le harcèlement téléphonique… Vous savez… C’est des appels, des messages, sans arrêt, pendant toute la journée, toute une semaine… Donc ce n’est pas votre cas. Donc… la plainte pour harcèlement téléphonique n’est pas possible.

- Je vois, d’accord… Donc, je veux porter plainte pour menaces, car il a répète avec insistance qu’il allait me violer.

- Non plus, nous ne pouvons rien faire, nous enregistrons seulement les menaces de mort.

- Donc, un viol n’est pas assez grave ?

- Vous savez… Parfois il ne faut pas le prendre au sérieux. Il y a un nouvel jeu, entre les ados, ils s’amusent à envoyer des messages avec des insultes, à faire des appels sur des numéros au hasard…

- C’est un jeu donc ? Je ne trouve pas que ça soit amusant, ça ne me fait pas rire que quelqu’un me menace de viol… Je ne vois pas où et comment cette affaire peut être marrant.

- C’est comme ça, même si vous portez plainte… nous ne ferons rien.

- Rien ? Il y a un numéro de téléphone, vous pouvez faire quelque chose.

- Mais il vous a dit qu’il avait volé le téléphone.

- Oui, mais on ne sait pas si c’est vrai, ou pas… Donc vous pourriez, au moins, vérifier.

- Sincèrement, nous allons rien faire avec votre plainte… Mais vous pouvez faire une main courante.

- Une main courante ? Et avec ça vous allez faire quoi ?

- Rien. Mais nous serons au courant… et si ça se répète, vous pourrez peut-être porter plainte.

- Donc il faut que ça se répète pour faire quelque chose ?

- Bon, c’est mieux si ça ne se répète pas… Mes conseils : bloquez le numéro et ne répondez plus aux appels avec un numéro masqué.

- Ok… Je dois répondre aux numéros masqués à cause de mon travail donc…

- Bon, vous verrez bien dans ce cas là… Si c’est lui encore, vous raccrochez.

- Merci, je vois…

- De tout façon, il s’est arrêté.

- Oui, et encore, il s’est arrêté pour le moment… Je ne comprends pas vraiment pourquoi vous ne pouvez rien faire… Rien, rien du tout… Un possible viol n’est pas grave donc, j’ai compris. Si c’est un jeu en plus… Un jeu sous la menace d’un viol et d’un harcèlement qu’il promis de pas arrêter. C’est bien marrant tout ça…

- SILENCE. Bon, allez on va faire une main courante. »

.....

Je suis rentrée chez moi, encore plus déprimée. Qu'est-ce qu'il faut faire dans ce cas-là ?

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