Éléonore Bassop (avatar)

Éléonore Bassop

Abonné·e de Mediapart

51 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 février 2025

Éléonore Bassop (avatar)

Éléonore Bassop

Abonné·e de Mediapart

Destitutions en série en Corée du Sud

Revenons sur la situation qui a prévalu en Corée du Sud en décembre dernier afin de mieux comprendre les événements et d'analyser les mécanismes démocratiques en place.

Éléonore Bassop (avatar)

Éléonore Bassop

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Souvent présentée comme un modèle démocratique en Asie, la Corée du Sud traverse une crise majeure après la tentative avortée du président Yoon Suk-yeol d’instaurer la loi martiale en décembre dernier. Son inculpation pour insurrection et la destitution de son président par intérim, Han Duck-soo, témoignent de la capacité des institutions sud-coréennes à faire respecter l’ordre constitutionnel face aux dérives du pouvoir, malgré un climat politique tendu.

Illustration 1
Yoon Suk-yeol, Président de la Corée du Sud © France 24

Le Massacre de Gwangju (1980) : Une Histoire qui Raisonnera Longtemps

L’ombre de la loi martiale plane encore sur l’histoire sud-coréenne. En mai 1980, après le coup d’État militaire de Chun Doo-hwan, la ville de Gwangju s’est soulevée contre la dictature. La répression brutale menée par l’armée a fait plus de 2 000 victimes. Ce massacre, devenu un symbole de la lutte pour la démocratie, explique aujourd’hui l’extrême vigilance du pays face à toute tentative d’autoritarisme.

Un Président Destitué, une Transition Assurée

Élu en 2022, Yoon Suk-yeol a tenté d’imposer la loi martiale avant de reculer sous la pression du Parlement et de la rue. Inculpé pour insurrection le 26 janvier 2025, il est en détention dans l’attente du verdict de la Cour constitutionnelle, qui pourrait le destituer définitivement.

Son intérim, assuré par Han Duck-soo, a été de courte durée : le 27 décembre 2024, le Parlement l’a évincé pour avoir bloqué la nomination de juges à la Cour constitutionnelle. La transition a néanmoins été assurée avec la nomination du ministre des Finances, Choi Sang-mok, garantissant la continuité du pouvoir.

Illustration 2
Les députés du PPP (au pouvoir) protestent contre la motion de destitution du président sud-coréen par intérim Han Duck-soo, à l’assemblée nationale, à Séoul le 27 décembre 2024. © AHN YOUNG-JOON/AP

Une Démocratie Solide et Structurée

Contrairement aux perceptions d’instabilité, la Corée du Sud repose sur des institutions démocratiques robustes qui assurent une gouvernance stable et respectent l’alternance. Depuis 1987, année qui marque le tournant démocratique de la Corée du Sud, le pays a connu sept présidents élus, un chiffre comparable aux grandes démocraties comme la France (six présidents élus sur la même période).

Parmi les piliers de cette stabilité :

  • Une justice indépendante, qui garantit la responsabilité des dirigeants.
  • Un Parlement actif, jouant un rôle central dans le contrôle du pouvoir.
  • Une mobilisation citoyenne forte, qui a déjà conduit à la destitution de la première Présidente du pays, Park Geun-hye, en 2017.

Si la Cour constitutionnelle confirme la destitution de Yoon Suk-yeol, une élection présidentielle anticipée sera organisée sous 60 jours, preuve du bon fonctionnement des mécanismes institutionnels.

Illustration 3
Des manifestants rassemblés devant le Parlement après l'annonce de la destitution du président sud-coréen Yoon Suk Yeol, le 14 décembre 2024 à Séoul © Ahn Young-joon/AP/Sipa

La Démocratie Sud-Coréenne : Un Modèle à Suivre ?

Face aux crises démocratiques mondiales, la Corée du Sud incarne une gouvernance capable de répondre aux dérives du pouvoir tout en respectant les principes démocratiques. Son système, fondé sur des institutions solides et une forte implication citoyenne, pourrait-il inspirer d’autres nations en proie à la montée du populisme et à la défiance envers leurs élites ?

Toutefois, le modèle de cette jeune démocratie est-il transposable ailleurs, ou ses exigences de transparence et d’équilibre risqueraient-elles d’accentuer les tensions politiques ? La Corée du Sud démontre qu’une démocratie peut être résiliente sans renoncer à ses fondements. Reste à savoir si d’autres démocraties sauront s’en inspirer.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.