L'Intraitable sauvera-t-il l'Humanité?

Il nous l'avait promise. Ne pointe-t-elle pas hardiment devant les caméras? Comment soupçonner que l'érection annoncée de l'ex-candidat Macron contre le racisme au sein de la police, puisse ne pas se montrer d'une puissante droiture, lorsqu'elle semble avoir enfin lieu comme on l’entend chanter depuis les cabinets? Douterions-nous que JUSTICE sera, avec toute l'intransigeance promise, vomie?

Emmanuel Macron "Je serai intraitable" :

https://youtu.be/m79hGnpxyVc?t=94

Ramata Dieng, Nantes, 2012 © Yves Monteil

      Quelques policiers jugés coupables de n'avoir pas su se taire au téléphone vont être sans doute incessamment contraints, au terme d'une longue enquête et d'un procès en appel, à une retraite anticipée assortie d' une amende exemplaire, voire adoubée d'un discours de remontrance paternelle de notre Résident de l'arrêt public et qu'une cagnote en ligne rembourserait au décuple. Je ne me laisserai pas davantage aller aux amusements faciles d'une science-fiction qui préjugerait de qui ou quoi bénéficierait de ces fonds pour quoi faire, j'espère que c'est la DGSI qui s'en chargerait.

Je postule que nous avons tous en mémoire immédiate la vidéo témoignant des 8 minutes d'agonie de Georges Floyd rendant son dernier souffle dans sa dernière urine sous le genou professionel d'un policier protégé par ses collègues menaçant les témoins civils présents (il me paraît obscène et insultant à la mémoire des victimes de ressasser de telles images de leurs morts, dont il faut par contre parler beaucoup).

Replaçant la sphère dans notre axe nous avons bien sûr en premier plan proche à loucher d'actualité, la "fuite" de ces échanges téléphoniques entre policiers français, développant un ad-libidum jamais comblé de propos irraisonnables.

Nous entendons fort bien ces représentations de la force d'un ordre censé s'organiser pour le bien de tous sous la maxime républicaine déclarant l'égalité de droits élémentaires des humain.e.s, s'entre-exciter en toute quiétude intellectuelle raisonnante avec le calme sérieux des gens raisonnables discutant sans passion ni désaccord, "à la haine, à la violence [et] à la discrimination raciale [par le] fait de pousser par son attitude des tiers à maltraiter certaines personnes, en raison de leur couleur de peau", et de leurs sexes et habitus sexuels, comparant les mérites de leurs collections d'armes et dressant les scénari imaginaires de leur usage organisé en vue d'extermination de masse.

C'est à dire projetant que soit systématiquement fait par ceux qui possèdent des armes et sous les directives des forces de la police d'Etat, ce que montre la vidéo du meurtre de Georges Floyd.

© sumtam_

Nous vient inévitablement, vu d'ici, le palimpseste de notre imaginaire de celui d'Adama Traoré qui ne fut pas si bien filmé. Il ne nous est pas moins spontané de savoir que les substances des échanges entre ces policiers français sont plus que probablement de même patron idéologique que les échanges de ces policiers Etats-Uniens quels qu'en soient les niveaux de langage et d'intellectualisation et les outils, puisque ces derniers en produisent le passage à l'acte même dont fantasment nos oiseaux noirs non moins outillés et formés à [empêcher, ce devrait être,] précisément ça.

© shmnubia

Maitenant imaginons le remplacement par trucage vidéo profond des uniformes policiers états-uniens en train de tuer Georges Floyd par des costumes civils qu'on s'efforcera de définir "neutres" sans effacer leurs armements visibles.

Il n'est pas discutable que cette vidéo constituera dans tous les cas la preuve d'un flagrant délit d' assassinat par torture.
Il n'est pas discutable que ce long assassinat est exécuté publiquement.
Il n'est pas discutable que l'ostentation de cette exécution publique est protégée de toute forme éventuelle de tentative d'intervention des témoins, consignés en posture de spectateurs par des complices explicitement menaçants équipés et formés à pouvoir mettre la menace à exécution jusqu'au degré dont ils sont en train d'afficher démonstration.

Il n'est pas discutable que ce que nous mettons en jeu au fondement de perspective du cadrage de notre cause finale à partir de nos premiers affects horrifiés et scandalisés d'une émotion submergeante, c'est la condamnation du meurtre commis dans toute l'atrocité de son flagrant-délit, en lui-même, au substrat premier.
Nous aurons les mêmes affects et tirerons le même constat en inversant aussi les couleurs de peau, tout comme si nous les égalisons. Mais nous n'avancerons pas les mêmes analyses politiques ni ne seront posés les mêmes cadres juridiques ni enclenchés les mêmes procés judiciaires ni les mêmes modèles dramaturgiques en patrons de bâtis de récits d'information comme de désinformation.

Rétablissons l'original, et constatons maintenant que les mots "meurtre" et "assassinat" n'apparaissent pas dans les titres de la presse majeure, à peine dans les corps de texte ou commentaires mais le plus souvent entre les guillemets des propos rapportés.

Devant l'évidence honteusement criarde des couleurs de la preuve on formule des euphémismes en "présomptions", "hypothèses" [1]

Bien sûr "une enquête est ouverte", pour déterminer en quel % le fait que la peau de Georges Floyd comporte le taux de mélanine qu'elle comporte fait partie des motivations et des justifications de légitimité de l'acte criminel pour ses auteurs, dans le cocktail intersectionnel local des relations entre composants, représentants, représentations qu'ont les uns des autes, des groupe sociaux qu'on voudra bien étiquetter comme tels ou autres que ce soit à tort et à travers ou à raison.

 «On est victime deux fois: une fois par la police, une fois par la justice»

On pourra ensuite continuer à jouer avec nos outils imaginaires de deep-faking pour particulariser les costumes, du 3 pièces cravaté de haute couture discrètement chainé d'or au gousset par Breitling au perfecto/santiags déchaînés par Harley-Davidson [un juif!], en passant par le jogging/casquette/basquets marqué au fer des logos de marques industrielles, les tenues "goth" ou "punk", la djelabah barbue, la dégaine sport Benetton arc-en-ciel 100% coton équitable, le gilet jaune, les uniformes religieux et les tee-shirts hyppies teints aux pigments indiens naturels, accompagnés de l'imagination équivalente de récits journalistiques de diverses tengeances mais surtout des suites et formes de procédures judiciaires associées. Meta-sujet de jeu pour oulipiens.

Le "problème" est bien évidement que cette exécution sommaire de Georges Floyd en virée de pogrom routinier comme il semble, est ostensiblement produite, non pas comme à l'insu d'une sorte de stupidité infra-insectoïde des auteurs (qui ne serait pas moins incriminante de leur hierarchie recruteuse et formatrice), mais au contraire ou du moins quoi qu'il en soit selon des intentions explicitement démonstratives dont la profusion exponentielle de mèmes sur les réseaux sociaux, dans les presses en ligne et papier, et jusqu'aux urnes (à moitié vides), alimentent la montée en puissance dans toutes les institutions des plus extrêmes droites ouvertement néo-fascistes et racistes appelant à travers le globe à tue-tête à la ségrétation, au mépris, à l'insulte, au contrôle, à la répression, à l'enferment, à la guerre civile, au meurtre...

Le "problème" est bien évidemment que c'est en tant que représentation officielle du maintien de l'ordre public, supposés délégués des citoyens et bel et bien payés par leurs impôts, que ces assassins nous imposent leur atroce spectacle avec l'arrogance terminale de ceux qui, armés, peuvent tuer sans émotion des cibles désarmées, voire en jouir ou rester aussi indifféremment zen qu'au découpage professionnel du roti par le boucher.

Mais que nous racontent-ils, en ce spectacle d'un homme expirant son dernier souffle dans sa dernière urine sous la pression d'un genou professionellement blindé? Rien. Ils tuent froidement et salement, c'est tout. Et c'est ainsi que s'avère la performativité du concept de "race", intégré comme mesure de valeur comparée des êtres humains graduant la considération accordée à leur utilité, et leur mérite proportionnel à vivre. La réalité de ce que que ce mot désigne, qu'il ne décrit pas mais constitue, ce ne sont pas des taux de mélanine ou des structures osseuses ni des particularismes ethniques ou coutumiers ou je ne sais quelles projections de fantasmes et réalités exotiques, c'est la vérité concrète de la rigidité cadavérique continue de générations de Georges Floyds dont se perpétue la répétition au-delà de l'abrogation (ou de la mutation) des rituels de pendaisons et de b(o)uchers du Klux-Klux-Klan pour ce qui concerne le modèle états-unien.

https://books.openedition.org/uop/473?lang=fr


https://www.20minutes.fr/monde/2601435-20190911-etats-unis-brule-croix-faire-peur-noirs-comme-ku-klux-klan-onze-ans-prison

Il est bien connu que les répétitions sont nécessaires à préparer des représentations correctes.

Les Etats-Unis ont sur la France, dont ils sont le modèle ou le patron, comme en tout point de ce qu'est le système de croissance productiviste "concurrentiel" (guerrier) ouvert, les veinards, une avance considérable en ce domaine aussi d'une optimisation de la libre répression arbitraire racialisée, le show tutellaire est trés au point et quasi permanent tandis que nos corbeaux potassent leurs brochures de l'Extermination Pour Les Nuls et se cajolent les outils en attendant d'en jouir vraiment comme des grands.

https://twitter.com/sumtam_/status/1267626369296617477

« Nous ne combattons pas le racisme par le racisme. Nous combattons le racisme par la solidarité. Nous ne combattons pas le capitalisme exploiteur par le capitalisme noir. Nous combattons le capitalisme par le socialisme. Et nous ne combattons pas l’impérialisme avec plus d’impérialisme. Nous combattons l’impérialisme avec l’internationalisme prolétarien. [...] Nous croyons que notre combat est une lutte des classes et non pas une lutte raciale »12

Ici en Fr où le commerce et la propriété des armes ne sont heureusement pas libres (je suis intimement persuadé que ce serait énormément pire qu'aux States), se discutent les dramaturgies, s'exercent les gestes avec des armes dites non létales, nos policiers sont des professionnels exemplaires sérieusement engagés dans la tenue de leurs répétitions, et bien que nous n'ayons pas étés invités à ce beau filage avec Adama Traoré [Dieu ait son âme, gardons ses Noms] nous continuons quand même à en recevoir des échos parmi des poignées d'yeux explosés, de viande sanguinolente et d'osselets de mains déchiquetées jetés à nos faces, en palimpseste à la contemplation d' entrepôts industriels réfrigérés comblés des cercueils de victimes d'une désinformation irresponsable et chaotique aux intersections d'une pénurie de masques et de conflits concurrentiels de diverses gradations entre les échelles institutionnelles de la science, de la médecine, de la pharmacie, des notoriétés concurrentielles aux subventionnements de labos, des administrations et pouvoirs politiques délégués à la bonne santé publique et des cavaleries d'assermentés d'Hippocrates et leurs aides envoyés à l'abattoir enchaînés à la Rossinante de leur engagement ontologique, sous la double-contrainte qui semblait encore hier impensable en Europe d'être mis en demeure de choisir qui soigner et qui laisser mourir entre des "jeunes" et des "vieux" dont un âge de limite différentielle n'est déterminé qu'au cas par cas.

Quand au retrait opéré par l'IGPN de "la case injure raciste" dans son rapport 2019, ça me ferait rire tant c'est énorme si ce n'était aussi sinistre. Je préfère apprécier qu'une forme d'humour noir au troisième degré puisse avoir présidé au choix de publication de cette info par le Parisien dans sa rubrique "faits divers", il ne faut pas négliger les petites consolations quand notre grand besoin en est impossible à rassasier.

Il est donc officiellement explicite par omission peut on dire en tout droit comme ce trait qui barre la case de l'oncle Tom, qu'une loi phare de l'Humanisme lumineux condamnant "l'incitation à la haine, à la violence [et] à la discrimination raciale [par le] fait de pousser par son attitude des tiers à maltraiter certaines personnes, en raison de leur couleur de peau", contraignant donc tout citoyen à en taire l'expression et le mettant en devoir d'en disqualifier l'idée, projette sur la fonction policière l' ombre de ses armes sous laquelle elle ne s'applique pas davantage que la possibilité de licenciement.

L'IGPN va-t-elle revoir sa copie après le dicours de son Castagneur, et qu'en sera-t-il de ses pratiques envers celles de ses suspects? Nous le saurons en suivant les épisodes des effets de ces lamentables louvoiements vent debout au bord du dessalage dans la cataclysmique pétomanie de la communication.

[1] cf commentaire

Fin

 Quelqu'un a dit quoi? "effondrement"? "Disruption"? ... mais qu'on les fasse taire ou faites moi rire, par pitié!, on a des lendemains à chanter sous la pluie acide radioactive et suffoquant d'une atmosphère létale en cocotte-minute les pieds dans l'eau qui monte empoisonnée aux pesticides sous l'oeil des cyclônes et la grande gomme des tsunamis! Allez allez au boulot maintenant, faut que ça crôasse nous chantent des corbeaux dont le besoin de consommation n'est pas plus rassasiable. Que soit consummée de mieux en plus joyeusement de la ressource humaine excédentaire aux bûchers de dyonisiaques nuits de la St-Glinglin!
Bref "l'humanité est un cancer", dit-on, en métaphore du simple processus d'épuisement et d'empoisonnement de l'hôte par le parasite qui en meurt avec lui. De Vénus c'est très intéressant à observer, je vous jure, ces étranges animalcules ridiculement minuscules et expontiellement grouillants en train de se noyer dans leurs si étonnante variété de formes de déjections proportionnellement exponentielles au carré dont ils achèvent de couvrir la surface de la Terre en libérant hors contrôle comme un titanesque Golem terminal sur le front duquel serait tracée une rune " $ " ineffaçable l'énergie fossile qui ne l'était pas sans quelque cause de Lois de la physique des systèmes en se prenant pour des Dieux, mais on n'est vraiment pas bien, là.

Gérard Manset - Animal on est mal (1968) © delairways

Je me demande si Dieu, 22 siècles après que selon la légende il eut abandonné son fils dont deux de façon certaine après la catastrophe de Tchernobyl, reconnaîtra encore les chiens.

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