Comment faire des Communes sans faire la guerre?

"​L'issue de la Commune aurait sans doute été différente si Blanqui n'avait pas été emprisonné". La question révolutionnaire est plus que jamais internationale aujourd'hui. Report de substance d'un échange de mails entre amis autour de l'Auguste figure.

Comment faire des Communes sans faire la guerre?

en sachant qu'une commune locale (et même en étendant "local" à "national" voire "fédéral") n'est ou ne serait au mieux qu'une bulle d'air plus ou moins non pollué qui a ou aurait la chance de persister un certains laps de temps dans une tornade de gaz toxique?

Ce bref chapeau en forme de point d'interrogation insoluble dans la métaphore est le résumé des conclusions du déroulé qui suit :

 

La question révolutionnaire est plus que jamais internationale aujourd'hui.

En rebond d'après cet entretien avec Doug Green autour d’Auguste Blanqui, d'où je relève :

  • "[il] affirmait que prendre position dans la lutte des classes implique de déterminer quelle position incarne les intérêts universels de l’humanité. Il positionnait cette dernière dans le prolétariat et fini par affirmer que les travailleur.euse.s partageaient des intérêts communs à travers le monde :   « Les travailleurs de tous les pays sont frères, et ils ont un seul ennemi : l’oppresseur qui les force à se tuer sur un même champ de bataille. Chacun, ouvriers et paysans de France, d’Allemagne ou de Grande-Bretagne, d’Europe, d’Asie ou d’Amérique - chacun, nous avons tous les mêmes tâches laborieuses, les mêmes formes de souffrance, les mêmes intérêts. Qu’avons-nous en commun avec cette race de paresseux couverts d’or qui ne se satisfont non seulement pas de vivre de notre sueur mais qui veulent aussi boire notre sang ? »"
  • "A la veille de la Commune, Thiers refusa de l’échanger, même contre de nombreux otages. Etait-il si dangereux? La réponse est oui. Thiers avait conscience que si Blanqui avait été présent à la Commune, l’issue aurait été radicalement différente. La Commune de Paris fut l’un des plus grands épisodes révolutionnaires de l’histoire, en imposant la première dictature du prolétariat au monde, mais elle fut entravée par un certain nombre de faiblesses qui provoquèrent sa défaite."

"​Si Blanqui avait été présent à la Commune, l’issue aurait été radicalement différente, [et] un certain nombre de faiblesses provoquèrent sa défaite".  [ibid]

Admettant que la Commune n'ait pas échoué, quelle aurait été la forme concrète de sa victoire?

Quand on "est de la Gauche la Vraie" en Fr, celle qui discute de refuser de négocier avec le capitalisme globalisé dans un mobile connecté sous forfait prélevé automatique par mensualisation CB, fait ses courses au moyen de cette chose pratique dans les réseaux de grande distribution de biens de consommation moins chers produits ailleurs sous de meilleures conditions d'économie globale, et persiste à rechercher un emploi pour vivre et à vouloir en négocier les conditions comme des droits, on a en général la fâcheuse manie de décontextualiser complètement l'histoire de la Commune.

Comme si durant les quelques semaines précédant la "sanglante", l'Histoire et le monde entier s'étaient résumés à ce temps et à ce lieu isolé de l'univers comme une île déserte, pour regarder son projet communiste comme une sorte de totalité utopique réalisée en elle-même.

Cette décontextualisation et bouclage sur soi-même en un récit autonome d'un moment épique, héroïque et en l'occurrence martyr, dans des rapports de forces guerriers, constitue précisément le fonctionnement et la fonction mythologique. Pourquoi pas, mais quand même :

Rappel du contexte :

Fin du siège​ de Paris​ :

  • Après la signature et le cessez-le-feu qui interviennent le 26 janvier 1871 à 20 h 40, [...] l'Assemblée nationale s'installe à Versailles pour éviter la pression de la Garde mobile parisienne en état de quasi-insurrection. Enfin, la journée du 18 mars entraîne l'instauration de la Commune de Paris et le second siège mené par les armées régulières contre les insurgés.

Une victoire de la commune dans le contexte où elle s'est développée, aurait représenté un énorme chamboulement des rapports de forces militaires en Europe, c'est une tautologie.

J'aimerais bien rencontrer le Nostradamus capable de nous raconter avec précision ce qui se serait passé ne serait-ce que dans le cours de l'année qui a suivi. Je ne vois ou n'imagine d'abord que ce qui me semble une évidence de départ, puis une fourche alternative, après quoi je jette mes dés qui ne servent plus à rien :

° D'abord les armées prussiennes déboutées localement et provisoirement, seraient plus que probablement revenues à la charge, alliées à celles des autres États européens, mettant de côté leurs autres dissensus pour recomposer la vieille coalition des Etats monarchiques levée contre la Révolution Française. Ces états avaient déjà comme un seul homme refusé leur soutien ne serait-ce qu'au républicain Thiers (cf Wiki). Vous les imaginez négocier l'abandon de leur pouvoir pour le bien de l'Humanité vraie révélée, avec la poignée de gueux qui en auraient diffusé la Lumière depuis le corps dé-céphalé de la Fr? D'autant que cette poignée de gueux se trouvait dans une situation militaire peut être gagnante de cette manche mais matériellement au bout du rouleau et peu formée, qui n'aurait pas été meilleure après une victoire. De là :

  • soit cette coalition écrasait la Commune comme un cafard, et la France n'existait alors probablement plus du tout comme nation ni même comme territoire.
  • soit la Commune ayant fait tâche d'huile sur le territoire Fr sur le modèle de la Révolution, un nouvel épisode "Sans culottes" enflammait la France.
  • soit, et en surcroît de cette dernière hypothèse, dans des perspectives blanquistes et dans la toile idéologique et contre-idéologique toujours résonnant à travers l'Europe de l'impérialisme conquérant napoléonien, c'est toute la classe ouvrière dans les autres Etats européens et d'autres mouvements révolutionnaires en leurs seins (pas forcément convergents entre eux, d'ailleurs, voire déjà antagonistes), qui s'enflammaient dans la foulée.

​° A partir de là continuer des pronostics sur le passé d'un futur qui n'aura pas eu lieu serait risible​. Qu'auraient fait les États-Unis, sortant alors eux-même tout juste de leur guerre de sécession? Que se serait-il passé en Russie? Qu'en aurait-il été de la colonisation dont la seconde grande phase mondiale est en plein essor au moment de la Commune? .... on propose l'idée à Syd Meier, pour Civ6? Ça s'appellerait "Révolution", ce serait super.

"Il suffit d'une bande armée pour créer un Etat", et de quelques unes pour le détruire.

Par contre on continue de documenter et de vérifier tous les jours, preuves juridiques à l'appui, à la fois dans les archives de l'Histoire et dans les investigations de l'actualité, que c'est la prédation par la guerre et le non-droit, c'est à dire la pure et simple raison du plus malin mieux armé pilotée par le cerveau-réflexe boulimique du poisson-rouge, qui sont à la base de l'économie et de tous les comportements associés d'une quantité croissante de membres de l'humanité qui s'y trouvent littéralement contraints par adaptation écosystémique ("struggle for life" sous dérégulations anciennes ou nouvelles des statuts de la ressources humaine au sein d'une prolifération technocratique exponentiellement parasitaire).

 Cette systémique économique ne pourrait changer que par le gel net et le changement immédiat d'activité et de poursuite d'objectifs en cours, de toutes les instances exécutives de pouvoir à toutes échelles de l'organisation industrielle, économique, technologique, et militaire, en même temps : un changement "de proche en proche" en domino ou autre cycle vertueux au bout d'une chaîne temporelle téléologique, relève d'une illusion fondée sur le vieux machinisme conceptuel cartésien, puisqu'il suffit de très très peu de mouvement de l'un de ses éléments hors de l'axe prévu, et plus encore de mise en mouvements de processus conflictuels non prévus (comme cette quatorzième milice centre-africaine surgie de nulle part pour rompre l'accord de cessez-le feu des 13 en lice jusqu'à la veille), pour maintenir vive et ré-enclencher toute l'entropie meurtrière rentable.

Je crois que je commence à mieux définir mon anarchisme : je ne crois pas davantage qu'en un Dieu au pouvoir rationnel humain de façonner ses sociétés à l'image de ses vœux, quels qu'ils soient. C'est à dire que j'en suis venu, au fil et pour l'instant à ce bout d'une cinquantaine d'années de formation et de réflexion sur ces matières, ou disons sur et dans mon statut citoyen, à la conclusion que l'investissement de discours promulguant les vertus de ce pouvoir relève d'une croyance, non moins reliante d'êtres humains entre eux à un point illusoire qui fait perspective commune que ne le font les "religions".

Même si l'on possédait toutes les données d'interactions de rapports de forces en cours à un moment T, prétendre en prévoir le déroulement de conséquences et que puisse exister un Pouvoir au moyen duquel s'exécuterait la réalisation mécanique d'un programme de ces chaînes de conséquences en vue d'un but global défini, serait une pitrerie intellectuelle dérisoire. Que produiront des calculs décisionnaires sous ordinateurs quantiques (si l'infrastructure industrielle leur permettant de fonctionner existe encore dans un petit moment)? Que recherchent et que prétendent leurs programmeurs? Je reconnais que pour un imaginaire démiurgique au comble de l'ambition de devenir divin, tenter le pari de cultiver la réalité totale des actions humaines et machiniques comme un rucher ou un champ de blé est certainement exaltant. Faut-ils les traiter en psychiatrie ouverte, ou les enfermer en asiles, ceux-là? En tout cas c'est de la pure folie qu'ils soient au pouvoir.

Mais quoi qu'il en soit la "révolution" ce n'est ni un outil ni un programme, c'est un processus de disruption-recomposition sur le mode "catastrophe naturelle" au sein du système semi-ouvert de type météorologique qu'est l'Histoire. A l'échelle humaine des histoires de vies vécues, c'est au mieux une métaphore pour un changement d’épistémè profond sans rupture violente en une ou deux générations (est-ce que ça s'est déjà vérifié quelque part, ça?), sinon ce n'est qu'une forme de guerre comme une autre.

Les seuls bénéficiaires de la guerre sont les guerriers.

Et l'on en revient à ces communes provisoires qu'on été les zads et la "jungle de Calais", dispersées en Fr à grand bruit médiatique avec un seul mort et beaucoup de mineurs dispersés dans la nature comme des lapins, et d'autre part à la persistance des Chiapas qui ont bien dû faire la guerre avec beaucoup plus de morts pour être souverains sur leur petit bout de planète.

Je ne comprends d'ailleurs toujours pas les raisons géopolitiques qui font qu'on laisse exister cette bulle hors sol sur son sol.... mais

ce n'est pas fini et on dirait bien que c'est au contraire le début d'une offensive, (publié la semaine dernière)

Et puis la planète est un peu plus grande que la commune de la capitale de ce vieil hexagone colonial.cleardot.gif

De tout ce déroulé, les conclusions dont j'ai fait le chapeau de ce billet. Et davantage, à la base même, inutile de tenter de ré-inventer la roue, ma position porte deux noms en convergence :

Je suis résolument objecteur de conscience et non-aligné.

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