Perdre la vie à l'apprendre

Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État :

Article 1 : “La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes”

Une bonne fois pour toutes, la liberté de culte ne consiste pas à placer ses fantasmes d’ami imaginaire au-dessus des lois de la République, pas plus qu’elle n’autorise à livrer en pâture sur les réseaux sociaux contaminés par des religieux extrémistes de tout poil un professeur qui remplissait sa mission première et ses fonctions c’est à dire ouvrir l’esprit des enfants qui lui ont été confiés.

La liberté de culte ne permet pas aux parents d’élèves de s’immiscer violemment dans les programmes scolaires et de les contester non moins violemment au regard de leurs croyances, préférences idolâtres, idéologies religieuses et fanatismes divers.

La liberté de culte n’est pas d’obliger sous peine de mort donnée à « penser » comme soi, à croire comme soi, à réagir comme soi, à prier comme soi. La liberté de culte ne doit pas sous-tendre le projet de changer les lois de son pays afin qu’il corresponde à ses fantasmes religieux.

La liberté de culte, ni dans l’esprit ni dans la lettre de la loi de 1905, n’envisage ni n’accepte que l’on puisse devenir, à cause de ses croyances, un assassin, un meurtrier, un psychopathe ou un tueur.

Par contre la liberté de culte permet aux islamistes fanatiques de s’expatrier dans des pays qui conviennent mieux à leurs idées mortifères. L’Iran, le Soudan, le Pakistan, l’Arabie Saoudite et pas mal d’autres nations sont à même d’accueillir les pro charia, les admirateurs de lapidations de femmes adultères, les absolutistes coraniques, les assassins piquousés aux fatwas et autres prêcheurs amateurs de djihad et de califat.

Cela fait des années que sous prétextes démagogiques, entre autres le fameux « pas de vagues », notre pays, comme d’autres avant lui, je pense à l’Angleterre, à l’Allemagne, au Canada, donne des gages aux plus extrémistes des religieux. Le résultat ? Il est Churchillien : « Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre. » Car c’est bien une guerre que nous avons. Une guerre contre nos lois, contre notre pays, contre la laïcité qui est une des fondements de notre république, contre celles et ceux qui n’entrent pas dans la représentation binaire de ces tarés destinés à finir dans les poubelles de l’histoire : croyants vs mécréants.

Cette guerre nous a déjà coûté un prix exorbitant : les tueries de Merah, les attentats de Charlie Hebdo, de l’Hypercacher, du Bataclan et des restos parisiens, les meurtres de policiers, le massacre de passants sur la Promenade des Anglais et dernièrement, de journalistes coupables de travailler dans l’ancien immeuble de Charlie et d’un professeur qui a osé parler de la liberté d’expression à ses élèves en prenant pour exemple les caricatures de Mahomet.
Ce monde est tellement en vrac que Mélenchon demande que l’on expulse les Tchétchènes, comme s’il n’y avait qu’eux qui vouent notre République aux gémonies. Que certains nous serinent sur tous les tons que le problème ce sont des dessins, des cours d’histoire/géo, la longueur des cheveux ou des jupes. Que d’autres applaudissent à la décapitation d’un enseignant, accusent Charlie de l’avoir bien cherché. Pas un de ces connards pour faire remarquer que le problème est plutôt la radicalisation, le fanatisme religieux, les imams inféodés à des politiques de prosélytisme effréné et le culte non pas librement exercé dans la sphère intime et individuelle mais imposé à la collectivité par la terreur, le meurtre et l’entrisme au cœur de nos institutions par l’entremise d’associations, de lobbies et de provocateurs se glissant dans les failles de nos lois et les renoncements de nos lâchetés successives.

Par racisme de base, par opportunités électorales, par démagogie primaire, par manque de courage politique, nous avons abandonné les quartiers à ces marchands de mort enturbannés. Les pires d’entre nous ont laissé entendre (et continuent d’œuvrer dans ce sens) que musulmans et terroristes, c’était la même chose. Pendant des décennies nous avons insulté et méprisé les parents et les grands parents des jeunes de troisième génération. Nous avons supprimé la police de proximité. Nous avons envoyé les plus jeunes et donc les plus inexpérimentés des enseignants dans les ZEP. Nous avons laissé les caïds faire la loi dans les cités.

Ça a été pain bénit (si j’ose dire) pour les prosélytes barbus, les recruteurs du djihad, les bonimenteurs coraniques, les façonneurs de tueurs. Il y a deux jours, les réseaux sociaux ont fait le reste et Samuel Paty y a laissé la vie. Ne demeurent plus que la colère et non pas l’effroi, la rage et pas les énièmes bougies.

A la rentrée, au lieu des regrets et des contritions, tous les collèges devraient faire un cours sur la liberté d’expression, sur le prix de la vie humaine, sur la force du savoir et de l’enseignement pour finir sur les droits et devoirs des citoyens d’une république laïque. Sans compromis.

(A Samuel)

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