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Billet de blog 13 août 2018

«Dublinés» : rumeurs et complexités

A Calais, de nombreux exilés sont des «Dublinés», certains disent porter ce statut comme un "fardeau". Eclairage.

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La zone industrielle des Dunes à Calais, où se situait la "jungle" de 2015-2016 © Dessin/Elisa Perrigueur

Arman et Baseer* ont payé au total 10 500 euros chacun pour un aller Iran-Calais. D’abord 2 000 euros pour une longue marche dans les steppes formant la frontière Iran-Turquie, puis 8 500 euros pour une traversée en yacht de Izmir jusqu'à une bourgade isolée dont ils ignorent le nom, sur la côte ouest italienne, le reste s'est du trajet Italie-France s'est terminé à coups de centaines d'euros, pour des déplacements en train jusqu'à la ville du nord.

Leur déplacement onéreux et illégal organisé par différents réseaux kurdes de passeurs est considéré comme “V.I.P”. Car les deux exilés afghans ont emprunté une nouvelle voie de luxe :  celle qui évite les hotspots européens. Le but était d’arriver jusqu’en France sans poser ses empreintes, précise Arman, nous voulons les poser en Angleterre, comme ça il n’y aura aucun risque de renvoi dans un autre pays. Aujourd'hui, lorsqu'on est migrant il faut éviter les hotspots”. Et cela a un prix, les passeurs l'ont compris.   

Depuis 2015 et la mise en place de ces centres d'enregistrement d’enregistrement en Grèce et en Italie, où sont identifiés, enregistrés et où sont prises les empreintes digitales des migrants, c’est devenu une obsession. Ne surtout pas devenir un “Dubliné”.

Les “Dublinés” - référence au règlement Dublin III, sur les demandeurs d’asile dans l’UE - sont les migrants qui ont déposé leurs empreintes dans leur pays d’entrée en Europe en charge de leur demande d’asile. Ils peuvent être théoriquement renvoyés dans ce pays “parrain”, en cas d’interception par les autorités. A Calais, nombreux vous diront qu’ils sont “dublinés” en Grèce ou Italie.

Ils sont ainsi enregistrés dans la base de données dite Eurodac. Avant les hotspots de 2015, la procédure était déjà de mise, mais partiellement appliquée par tous les Etats. Aussi, les “hotspots”, centres surveillés sont devenus des passages difficiles à contourner pour les réfugiés arrivant par les mers Egée ou Méditerranée.  Barbelés, policiers, hauts murs, celui de Moria, à Lesbos, l'un des plus importants, s'apparente à une prison aux yeux des quelque 7 000 exilés qui y attendent en ce mois d'août 2018, bloqués en attendant le traitement de leur demande d'asile. 

Il faut alors absolument éviter les hotspots disent certains migrants, contourner les îles de Lesbos, kos, leros, Samos, Leros en Grèce, où sont basés ces centres où les ports de Pozzallo, Porto Empedocle,Trapani en Sicile ou encore l’île de Lampedusa.

Fantasmes sur "l'Eldorado"

D’autres exilés utilisent dangereusement (et vainement) la technique dite du “magic”, comme l'appellent les Afghans notamment selon des ONG, qui consiste à se brûler le bout des doigts pour dissimuler leurs empreintes.

 "En France, on nous renverra dans les pays d'entrée si on se fait prendre par les autorités. Au Royaume-Uni, on sera tranquilles, ils ne renvoient personne", peut-on entendre dans les "jungles". Face à Calais, l'Angleterre nourrit beaucoup de fantasmes chez les exilés, des données colportées par des passeurs qui cherchent à vanter "l'Eldorado", ou des illusions auxquelles les migrants veulent encore croire pour garder espoir.

 L'idée que "Dublin" ne serait pas appliqué au Royaume-Uni fait partie de ces rumeurs qui circulent sur le littoral. "C’est exactement le même règlement en vigueur en France et en Grande-Bretagne, contredit Magali Lambert de l'association La Cimade. Un migrant est placé en “procédure dublin” s'il a ses empreintes dans un autre pays (s'il a été contrôlé). A partir du moment où une personne est placée en "procédure Dublin", le pays a six mois pour la renvoyer vers l'Etat responsable de sa demande d’asile (avec son accord)". Le pays peut également décider d'examiner une nouvelle demande d'asile. 

Dans le cadre de la "procédure Dublin", si un exilé n'a pas été transféré dans les six mois à compter du jour où l'Etat responsable a donné son aval, l'Etat de transit deviendra responsable de sa demande d’asile. 

Pour aller plus loin : https://www.gisti.org/spip.php?article5153 

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