Entre la Libye et l’Italie, sauvetages à la chaîne de migrants en détresse

Plus de 11 000 migrants partis des côtes libyennes entre le 25 et le 28 juin 2017 sur des dizaines d’embarcations ont été secourus en Méditerranée. En première ligne, l’Italie, surchargée par ces arrivées, a menacé de fermer ses ports. À bord du Rio Segura, un navire de l’agence européenne Frontex, les réfugiés racontent l’organisation des départs et les violences racistes en Libye.

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Tout se déroule sur une plage non loin de Sabratha, au nord-ouest de la Libye, sous un ciel de velours, face à une Méditerranée très calme. Bilal, Syrien de 30 ans, raconte. Lundi au milieu de la nuit, cet homme originaire de Deraa, sa femme et ses deux filles sont entassés, comme 500 autres migrants, dans un « bâtiment sans fenêtres ».

Ces « petits hangars », décrit posément Bilal, il en existe d’autres sur le rivage, où aucun policier libyen ne veille. Entre ces murs, tous attendent sans voir l’horizon. Arme à la main, une silhouette vient d’abord chercher les plus démunis du groupe, ceux qui payent la traversée Libye-Italie sur un zodiac, 700 à 800 dinars libyens (440 à 500 euros). « Environ 120 personnes de couleur noire, des hommes, des femmes et des enfants, ont quitté le hangar », précise Bilal. Le premier bateau part.

Un autre homme, un Libyen « que personne ne voit car il fait trop sombre », apparaît pour acheminer les passagers du zodiac suivant. La scène se répète. À la chaîne, les bateaux en plastique partent en mer. Vers 4 h 30 vient le tour des bateaux prétendument « plus luxe », ceux en bois, tel celui sur lequel Bilal a embarqué, avec d’autres Syriens, pour « 3 000 dinars [1 890 euros – ndlr] par personne », 3 200 avec l’option gilet de sauvetage.

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