Première conférence sur la reconstruction de Notre-Dame

Afin d’enrichir la discussion sur la reconstruction de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, la Cité de l’architecture & du patrimoine ouvre une série de débats et de conférences. Voici le résumé de la première.

Afin de répondre aux nombreuses questions sur le projet de restauration de Notre Dame de Paris, un cycle de conférence a débuté à la Cité de l'architecture et du patrimoine. (Plus d'informations sur www.citedelarchitecture.fr)

Ces conférences publiques sont l'occasion pour les spécialistes de présenter leur point de vue et confronter leurs avis.

Les premiers invités du jeudi 2 mai 2019, étaient Dominique Perrault (académicien, architecte-urbaniste), Bernard Desmoulin (académicien, architecte) et Pierre-Antoine Gatier, (Architecte en Chef des Monuments Historiques).

L’objectif de ce résumé est de synthétiser les avis de ces trois personnalités, tout en y combinant un point de vue d’Architecte du Patrimoine subjectif. N’hésitez pas à réagir.

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Monsieur Perrault fut le premier à présenter son projet prospectif sur l’Ile de la Cité, dont le travail résultait d’une lettre de mission de Monsieur Francois Hollande et Madame Anne Hidalgo. Le rapport ainsi que les images sont disponibles sur : www.missioniledelacite.paris .

Proposition d'un parvis en verre, Mission Île de la Cité © Agence Perrault Proposition d'un parvis en verre, Mission Île de la Cité © Agence Perrault
L’essence de cette présentation était un rappel sur l’histoire de l’Ile de la Cité, un territoire recomposé au XIXe siècle par le Baron Haussmann, qui demain pourrait donner lieu à une nouvelle phase urbaine.

Monsieur Perrault a rappelé que ces projets étaient assimilables à une « fiction, vision, des propos qui étaient des orientations, pas du tout de l’ordre de la préconisation, mais plutôt de la révélation de cette ile qui nous est apparue comme un monument ».


Une des propositions consisterait à mettre au jour les fondations enfouies grâce à un plancher de verre, en lieu et place du parvis, afin de refléter la pierre de Notre Dame et de connecter les quais à cette nouvelle place publique. 
Cette idée ne prenant pas en compte la réverbération, la saleté et la dangerosité d’un sol glissant par temps pluvieux, fut remise en question lors du débat avec la salle. 

Rappelons que les projets utopiques sont des réflexions. Aux autorités compétentes, de ne pas les mettre à exécution sans adaptation.

 

Le deuxième intervenant fut Monsieur Gatier, Architecte en Chef des Monuments Historiques, qui était sur les lieux lors de l’incendie du 15 avril 2019.

A gauche la flèche du XIIe, à droite la flèche du XIXe © Extrait du Dictionnaire de Viollet-Le-Duc A gauche la flèche du XIIe, à droite la flèche du XIXe © Extrait du Dictionnaire de Viollet-Le-Duc
Monsieur Gatier propose un parallèle entre Notre-Dame de Reims et Notre-Dame de Paris. Non pas fondé sur les conséquences de l’incendie, mais sur les interventions menées par deux hommes méthodiquement rigoureux: Henri Deneux et Eugène Viollet-le-Duc.

Expert en charpente, Henri Deneux réinterpréta la charpente de Philibert de l’Orme, qui au XVIe siècle, proposa de remplacer les grandes pièces de bois déjà rares à cette époque, par de petits éléments de type planchettes. « L’extrême compétence » de l’Architecte en Chef en charge de Notre-Dame de Reims permit une nouvelle matérialité du XXe siècle : le ciment armé

Rationaliste et idéologique, Viollet-le-Duc analysait afin de réinterpréter l’architecture. Notre-Dame de Paris sera l’aboutissement de son oeuvre. Il repensa toute la structure de la charpente et notamment la flèche.

Pour Monsieur Gatier : « La cathédrale n’est pas qu’une flèche, (…) c’est la recomposition du territoire de l’île, la réécriture des superstructures, les toitures, les balustrades, la flèche, la restauration des parements ».

La flèche est simplement le symbole du travail de Viollet-Le-Duc, une réinvention structurelle au XIXe siècle, de l’ancienne flèche du XIIe siècle.

 

Suivant cette logique, Monsieur Desmoulin a rappelé que « l'architecture est une réponse, non un fantasme ».

Musée de Cluny, 2014 © Agence Bernard Desmoulin Musée de Cluny, 2014 © Agence Bernard Desmoulin

Malgré son envie de participer à un concours sur un tel monument, Monsieur Desmoulin a souligné que « les concours d'architecture correspondent à un besoin, qui n est pas présent à Notre Dame ». 

Le terme « d'esthétique de la nécessité » a marqué son intervention. « Eviter le pastiche, le kitch et le past-kitch » a énoncé avec humour cet architecte ayant réalisé la rénovation du musée de Cluny en 2014. 

« Tous les dispositifs de protection du patrimoine n’ont jamais empêché la créativité », pour Monsieur Desmoulin, il faudrait « différencier l'image de la technique, qui est le travail des Architectes en Chef des Monuments Historiques» .

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Pour conclure, la question du concours n’a malheureusement pas été abordée. 

Par conséquent, nous citerons Monsieur Gatier : « Ce chantier sera d’avant garde par nécessité puisque les modes constructifs ont évolués. Mais la structure et la technique resteront indissociables »

Le vrai sujet est donc : comment la technique constructive du XXIe siècle pourrait elle influencer la reconstruction de la charpente afin de conserver la silhouette symbolique de Notre-Dame de Paris?

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