À GAZA IL PLEUT ENCORE... Texte de Montasser Mohammed



 © Khalid Hashem © Khalid Hashem

IL PLEUT ENCORE...

Il pleut depuis 3 jours, avec des nuages noirs et rouges, mais à Gaza le ciel ne pleut pas, le ciel pleure. 
En marchant à côté d'une école j'ai entendu les enfants chanter pour l'hiver, c'était vers midi, je me suis arrêté, et des souvenirs du passé sont tombés comme la pluie sur ma mémoire.
Je me suis rappelé de l'école et de mes amis, je me suis vu en train de courir dans la cour. Puis j'ai commencé à chanter avec les enfants sans me faire remarquer dans la rue.
En peu du temps tout s'est arrêté, les enfants et le son, sortis de l'école.
Il ne reste plus que moi et la pluie en train de chanter une chanson du passé, une chanson d'enfance.  
Tout à coup la cloche de l'école sonne. C'est la fin de la journée scolaire, les enfants partent, la pluie tombe.

Un écolier avec un parapluie se protège avec trois autres enfants, un autre lui aussi avec parapluie passe et beaucoup sans.

Ils étaient comme un torrent, quelque chose m'a poussé à marcher, à courir avec eux, ils ont commencé à disparaître dans les rues et d'autres sont sortis de l'école vers une autre école, mais dans celle-là ce n'est jamais pour étudier ou pour apprendre. Ils habitent à l'école, ils vivent dans une école. Un logement avec un tableau, des tables et des chaises. 

C'est ça les conséquences de la guerre, une famille habite à l'école, d'autres dans des maisons en bois et d'autres dans des maisons en fer blanc, ou dans des caravanes...

Mais un sourire innocent me réveille. J'ai froid, la pluie m'a glacé je dois rentrer moi aussi, mais ces enfants en train de rire m'ont fait oublier la pluie et même la froid. 

Comment Gaza revit !

Trois mois après la guerre, un premier hiver passe sur les Gazaouis, les familles se préparent pour l'hiver, et quel hiver !
Un hiver sans maison, sans un ami, sans le père ou la mère, sans un frère ou une sœur, ou bien sans les souvenirs du passé au moins.
Un grand sourire apparaît dans le ciel lorsque vous voyez un enfant rire, le chagrin se change en joie. 

La guerre a tué beaucoup de choses à Gaza, des hommes et des femmes, des enfants et même des animaux mais jamais l'Enfance.
A Gaza vous pouvez trouver un père ou une mère triste, mais jamais les enfants. Les enfants gazaouis sont les plus capables de rire, de revivre...

  • Montasser Mohammed - GAZA décembre 2014

     

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