Retour sur : Moi, la mort, je l’aime, comme vous aimez la vie par Mohamed Kacimi

COMMENT PEUT-ON ETRE À LA FOIS ISLAMOPHOBE, SIONISTE ET ISLAMISTE ?

Le jour de l’attentat de Charlie, je me trouvais par hasard dans un lycée de banlieue. J’ai publié dans la foulée une chronique alertant qu’une partie de la jeunesse de ce pays ne partage ni les valeurs de la République ni ses deuils. Le lendemain, Marianne, ouvrait le feu, m’accusant de « fiction », suivie par tous les médias de France et de Navarre qui voyaient en moi un auteur atteint d’islamophobie chronique, allant jusqu’à inventer des histoires pour jeter le discrédit sur une « communauté qui n’a fait de mal à personne ». Un lynchage en règle. Des mois plus tard, des dizaines de témoignages de profs, des articles et même des essais allaitent corroborer mes propos, mais il était trop tard.
En 2015, je me trouvais à Jérusalem, avec mon ami, Adel Hakim, directeur du CDN d’Ivry. Nous avions pour projet de créer au théâtre National Palestinien une pièce sur l’Histoire croisée d’Israël et de Palestine : « Des Roses et du jasmin ». Seulement la pièce s’ouvrait par l’évocation de la Shoah et le sort des détenus au camp de Bergen Belsen. Ce fut une levée de boucliers chez certains palestiniens. Durant des mois nous fûmes traités Adel et moi, de « sionistes » et de « suppôts du colonialisme français ». Certains radicaux avaient même menacé de mettre le feu au théâtre si on y représentait la pièce. N’empêche que cette pièce s’est jouée à Ramallah et à Jérusalem et qu’elle se donnera à guichets fermés à la Manufacture des œillets à Ivry et au Théâtre National de Strasbourg.
Pour la pièce sur Merah, c’est plus sordide. J’ai écrit l’an dernier une pièce sur l’Affaire Dutroux pour le KVS de Bruxelles, au vitriol sur les errances de la police et de la justice et l’accueil de la presse belge et du public était différent, en dépit des blessures toujours ouvertes dans la mémoire collective. Là, on nous accuse Yohan Manca et moi d'être les complices des terroristes, d’incitation à la haine, et j’en passe. Le plus tragique dans cette affaire relayée par toute la presse nationale, du Figaro à la Dépêche, et du Point, jusqu’à RTL, aucun journaliste ne s’est déplacé pour voir la pièce. A part Thierry Fiorile, de France Info, AUCUN JOURNALISTE N'A VU LA PIÈCE ET TOUTE LA PRESSE EN PARLE. Quelle éthique !
Sur 1480 compagnies présentes à Avignon il en est qui se damneraient pour avoir une ligne dans un canard, et voilà le comble, nous nous n’y sommes plus et on continue à parler de nous.
Enfin, on voit comment grâce aux médias et au réseau sociaux, je suis devenu tour à tour « islamophobe forcené », puis « sioniste invétéré » enfin « islamiste avéré ». Le tour n’est pas complet. Il me reste à devenir « catholique décérébré ». Comme ma prochaine pièce a pour titre : « Les Noces de Cana, ou l’art de transformer l’eau en vin », j’attends mon baptême chrétien avec gourmandise, comme dirait Rimbaud.
Mohamed Kacimi

http://next.liberation.fr/arts/2017/07/12/une-piece-sur-le-terroriste-mohammed-merah-cree-la-polemique-a-avignon_1583375

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