UNE NUIT À GAZA SOUS LES BOMBES

Théâtre à Gaza © Inconnu Théâtre à Gaza © Inconnu

Mohamed Kacimi, écrivain-dramaturge, a animé, du 11 au 24 mai dernier, un atelier autour du texte de Musset " On ne badine pas avec l'amour " à l'institut français avec les étudiants des départements de français des Universités d'Al Aqsa et Al Azhar de Gaza. Le projet doit se poursuivre cette année par l'accueil des étudiants palestiniens à la Comédie de Genève et dans d'autres théâtres français.  

A Gaza non plus, on ne badine pas avec l'amour http://m.rue89.com/#/news/251075

UNE NUIT À GAZA SOUS LES BOMBES

Voici le texte de Huda Abdelrahman, étudiante au département de français de l'Université al Aqsa de Gaza. Huda avait travaillé avec moi au mois de mai sur le spectacle " On ne badine pas avec l'amour'. Elle avait joué remarquablement le rôle de Camille.
Mohamed Kacimi 


Sept heures du matin. Durant toute cette nuit, j’étais allongée sur mon lit à regarder les étoiles scintiller par la fenêtre; je m’efforçais de comparer les vraies étoiles ; celles qui ornent et illuminent le ciel, à celles qui ont une lumière jaune qui t’attire jusqu’au balcon et puis te rejette brusquement au fond de ta chambre avec la voix assourdissante de l'explosion qu'elles déclenchent, cette autre lumière s’appelle « avion et non pas étoile ». L’orchestre israélien a commencé sa fête partout dans la Bande : les canonnières au nord, à l’est et à l’ouest, les chars installés au sud et finalement les avions couvrant le ciel.
J'ai passé la nuit à compter les bombes qui tombent l’une après l’autre. Un peu plus tard, j’ai trouvé un autre moyen pour passer la nuit : distinguer les bombes des avions de celles des chars et des canonnières ! L’avion bombarde en général le même lieu une ou deux fois puis il part pour un autre cible, tandis que les chars et les canonnières » adoptent un autre système : ils lancent cinq bombes toutes les 90 secondes Un.. deux.. trois.. quatre.. Cinq...Mais sans changer de place. Les instruments de l'orchestre ont un même dessein : offrir aux spectateurs le plus de ravissement par la musique alors que l’orchestre israélien offre au public, le maximum de destruction par sa musique assourdissante, il faut voir la fumée noire montant au ciel et portant les souvenirs de la famille bombardée mélangés au sang des martyres qui se répand à travers toute la ville pour que la Bande entière partage avec elle les même nuages de peines. Vous savez, en réfléchissant cette nuit, j’ai trouvé qu’il ne faut pas blâmer les pays arabes ou européens pour leur silence. Non, non, au contraire je trouve qu’ils ont le droit de rester muets. Pourquoi se mêler des affaires des autres ? S’ils s’intervenaient, ils perdraient la bénédiction américano israélienne et ça menacerait la paix du monde! ils ont choisi la voie la plus facile: regarder du loin, parfois dénoncer les crimes israéliennes mais attention, dénoncer mais poliment. Ils respectent le principe suivant : plus on est muets, plus on est protégés. Les pauvres, ils ne savent pas que le silence tue et pousse jusqu’à la soumission. Ils ne savent pas non plus qu’on préfère résister et mourir brûlés, hachés et déchirés plutôt que de vivre comme des marionnettes sans dignité. Moi, je ne tolère plus cette situation de destruction massive, toutes ces morts d’innocents, non pas par peur, mais parce que je ne supporte pas le sentiment d’être paralysée devant tout ce que se passe et cela me tue. J’ai tenu à m’éloigner définitivement de toutes publications concernant la guerre sur FB , j’ai désactivé mon compte, mais hélas, la réalité me rattrape partout,. J’ai décidé alors de désactiver mon cerveau et de lui faire un software pour le débarrasser de tout mauvais souvenir dans les 21 années que j’ai vécues espérant qu’après la guerre je recommencerai ma vie par une feuille banche …A la fin de cette nuit, et après avoir vu et entendu tout ce que vous ne voulez pas entendre ou voir je me suis endormie à sept heures du matin au moment où les rayons du soleil claquaient contre paupières pour accueillir le nouveau jour et que les oiseaux chantaient la mélodie d’amour de chaque jour. Douce nuit à vous en espérant que cette nuit vient ne sera pas pareille à la nuit passée, mais j’en doute.
Huda Abdelrahmane

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.