Rien ne vaut le cri d'un opprimé - Ahmed Alostaz de Gaza -

Rien ne vaut le cri d'un opprimé 

Ça fait une vingtaine de jours que l'agression est finie, alors je suis hyper content et tout le monde l'est aussi. 
Le calme est revenu à Gaza. Il n'y a plus de morts ni de peur et la vie reprend peu à peu son cours, après une cinquantaine de jours peu ordinaires.
Certains déplacés rentrent dans leurs maisons abîmées, les nettoient et les rangent, essaient de regagner le maximum des pièces pour pouvoir continuer leur vie normalement, comme avant, même si les murs de ces pièces sont percés et lézardés. 
Les pères reprennent leur travail à moins qu'ils ne se retrouvent au chômage, les mamans s'occupent de leurs foyers et les enfants s'apprêtent à la rentrée scolaire, bref, ils réussissent à s'accoutumer à la situation .
Les autres déplacés sont encore dans les refuges et les écoles de l'ONU. Ils ne savent plus où aller après que leurs maisons aient été bombardées, et ils ne le sauront même plus vu que les écoles ouvrent leurs portes pour la rentrée scolaire.
Ils attachent leurs espoirs aux promesses de la construction de nos deux autorités sans État, et celle-là, la nouvelle autorité détournée par l'Union Nationale qui s'est juste bornée à dénoncer les pertes dans le domaine du tourisme à Gaza pendant l'agression israélienne. 
Des rêves éveillés très courts, font que ces pauvres déplacés voyagent très très loin sans changer de place, des moments de distraction où des projets se construisent dans l'air et qui s'évanouissent tout d'un coup, dès que l'on pense à ce que la fin de l'agression laisse apparaître. 
Tant de ravages et de destructions : plus de 2000 martyrs et 10000 blessés, 6 heures du courant par jour, plus d'abris pour des milliers des familles dont les maisons ont été bombardées, ni de vraies initiatives promettant d'une prochaine construction. Et, bien sûr, le blocus qui n'est pas levé et les passages qui sont encore fermés.
Et une partie de la population de Gaza, qui était aussi sous les bombes et le danger, n'a pas autant souffert que les autres. Ils n'ont pas quitté leur maisons, ni perdu quelqu'un de leur famille, et ces gens-là se sont sentis plutôt victorieux. 
Ils ont fêté la victoire, peut être pour s'en être sortis sains et saufs, de ne rien avoir perdu, ou d'avoir supporté 51 jours de mort et de peur, soit l'agression la plus cruelle et sanglante contre les palestiniens.
Mais, quand j'ai demandé à une personne vivant dans une des régions les plus sinistrées de Gaza ce qu'il pensait de la victoire de Gaza, il m'a répondu de façon ironique : 
" De quelle victoire parles-tu ?! Des quartiers entiers des villes anéantis, des familles entières exterminées ?
La division palestinienne atteint son sommet malgré le gouvernement de l'Union Nationale, bafouant notre résistance acharnée à Gaza.
La division nous étouffe depuis toujours et nous étouffera encore. 
J'ai perdu ma maison, j'ai perdu des membres de la famille, de quelle victoire parles-tu ?! Je suis désolé, je n'ai pas vaincu, mais je résisterai et persisterai ! 
Rien ne pourra m'arracher de ma terre ! Cette agression m'a appris que je dois me cramponner de plus en plus à ma terre. Ils ont détruit ma maison, et bien, j'en construirai une autre et je n'en aurai jamais marre, même s'ils me la détruisent dix fois. "
Je suis resté silencieux et impuissant devant ses larmes qui jaillissaient sur ses joues, devant ses cris et ses soupirs désespérés, dont l'écho s'élevait dans le ciel et s'élargissait sur la terre.
Rien ne vaut le cri d'un opprimé. 

Ahmed Alostaz, 21 ans 
Gaza le 19 septembre 2014

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