micro trottoir

 

Lundi 13 juillet

 

Toujours sans nouvelles de Latif Pedram, fort occupé par le début de sa campagne électorale en province, je décide malgré tout de me préoccuper des élections.

 

Il est 15H00, quand Chaïd, le frère d’Esmat qui tient la guest -house et son ami Ahmad m’accompagnent pour un micro trottoir dans les rues de Kaboul pour un sondage d’opinions sur cette campagne.

Pour des raisons de sécurité nous décidons d’interviewer les gens dans le périmètre de Chiken Street à deux pas de la guest- house.

J’ai deux heures. J’essaierai donc d’interroger des personnes provenant de différents milieux sociaux : des vendeurs ambulants, des passants, des policiers ou des commerçants établis.

La majorité des personnes interrogées attendent de voir ce qui va se passer durant la campagne.

Encore indéterminés sur leur choix politique, les électeurs tentent de se renseigner sur les différents candidats.

L’amélioration des conditions de sécurité favorisant le retour à une vie presque normale ne s’est pas accompagnée d’une hausse du niveau de vie tant espérée par les plus démunis.

Un petit vendeur d’amandes d’origine Hazara déclare gagner entre 3 et 4 dollars par jour.

La plupart se disent déçus, voir mécontents des candidats comme Karzai soutenus financièrement par les Etats unis.

Ils constatent que celui ci n’a pas apporté de réel changement pour le pays et se demandent où est passé l’argent.

 

Les jeunes qui ont un niveau d’étude assez élevé se retrouvent à exercer des professions dans la sécurité la police ou dans le secteur privé.

 

Cet ex-professeur âgé de 28 ans a abandonné l’enseignement pour une

kalachnikov . Il surveille l’entrée d’une galerie marchande, ce qui lui a permis de doubler son salaire et subvenir ainsi aux besoins de sa famille. Il gagne 200 dollars par mois. Concernant le futur président de son pays, il accorde lui aussi peu de crédibilité à la plupart des candidats.

Quant aux valeurs démocratiques, toujours selon le jeune professeur reconverti en agent de la sécurité, dans un pays comme l’Afghanistan, 30% seulement de la population afghane serait prêt à accepter un état démocratique.

Le reste de la population reste fortement attachée à un système reposant sur des fondements islamiques.

La plupart des gens associent la démocratie à la présence des américains ou soupçonnent que ce système de remettre en cause les valeurs de l’Islam.

Un ingénieur sans emploi dans son secteur travaille actuellement dans une boutique. Il est sceptique sur ces élections selon lui truquées sans réelles conditions de liberté.

« aucun Afghan l’heure actuelle n’est en mesure de pouvoir choisir librement un candidat, personne n’est indépendant , tout le monde est contrôlé. Les autorités exercent de fortes pressions sur la société civile par l’intermédiaire de la police et de l’armée corrompues ».

Quant aux puissances étrangères, elles interfèrent dans les affaires du pays simplement pour leur propres intérêts”.

En quelques minutes je sens la tension monter les commerçants du coin se sont rassemblés autours de nous et écoutent sans broncher. Je me rends compte que cet homme prend peut être trop de risques à parler aussi

ouvertement. Nous préférons nous éclipser rapidement avant de provoquer l’attroupement général.

Quelques jours plus tard j’apprendrai que durant les jours qui ont suivi ces

micro trottoirs, un engin explosif a été décelé par la police dans la rue de Chiken Street.

Conséquences troublantes........ Je commence moi aussi à douter fortement de l’authenticité de ces élections et du contexte vraiment démocratique dans lequel elles sont censées se dérouler.

Plus les jours avancent et plus je me rends compte de la complexité propre à ce

pays ancré dans un profond sentiment religieux et guerrier avec des administrations corrompues à tous les niveaux, des candidats peu crédibles ou complètement dépendants des moyens que les Etats- Unis mettent à leur

disposition pour mener cette campagne sur des faux airs de démocratie.

 

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