L'équitation est-elle végane ?

L'équitation, végane ou non ? Les JO de Tokyo ont remis sur le devant de la scène la question de la maltraitance animale dans le sport. De telles compétitions sont-elles compatibles avec le bien-être animal ? Est-il seulement possible de monter à cheval de manière éthique ? Et surtout, existe-t-il des alternatives ? Analyse de la pratique équestre d'un point de vue végane.

Les sports équestres : une maltraitance pour l'animal

Les compétitions de haut niveau

Les compétitions hippiques imposent, par leur exigence de résultats, de pousser le cheval dans ses retranchements. Entraîné comme un véritable athlète contre son gré, l'animal est soumis à un stress permanent pendant les 3 à 10 ans que dure sa carrière.

Les concours, amateurs ou professionnels, sont une source de nombreux stimuli. Foule, bruit et lumière perturbent fortement cet animal particulièrement sensible.

Les pratiques de maltraitrance y sont nombreuses. Controversé, le Rollkur est une technique de dressage qui consiste en une hyper-flexion de l'encolure vers le poitrail. Interdite depuis 2014, elle est accusée de causer à la longue des lésions cérébrales. Elle continue pourtant à être utilisée par des entraîneurs, ceux-ci étant rarement condamnés.

Si l'affaire Annika Schleu, maltraitant son cheval Saint-Boy, a fait grand bruit, ce n'est pas la première fois qu'un scandale de la sorte éclate. En 2014, lors d'un concours à Compiègne, une jument s'effondre et décède, provoquant l'indignation sur les réseaux sociaux. En février 2015, ce n'est pas moins de trois chevaux qui meurent lors d'une course d'endurance aux Émirats Arabes Unis, choquant les internautes.

Les souffrances d'un cheval de compétition ne s'arrêtent malheureusement pas lorsqu'il n'est plus performant.

En fin de carrière, si certains chevaux sont destinés à une reconversion en centre équestre, beaucoup subissent un sort plus sombre. Chaque année, 10 000 d'entre eux sont condamnés à l'abattoir.

Les poney-clubs et centres équestres

S'ils ne sont pas soumis à la même discipline extrême que dans les compétitions, les chevaux et poneys de centres équestres ne sont pas mieux traités pour autant. En dehors de leurs heures de travail, les animaux sont enfermés, seuls, dans des box de quelques m2, dans lesquels ils dorment, mangent et défèquent.

Or, à l'état sauvage, le cheval est un animal à l'instinct grégaire qui parcourt jusqu'à 15 km par jour.

Le manque d'exercice, l'ennui et l'isolement peuvent conduire à des vices d'écuries. Ces troubles du comportement se manifestent généralement par le développement de tics. Parmi les plus communs, on observe notamment le tic d'aérophagie, lorsque le cheval s'appuie névrotiquement sur un support tout en avalant de l'air. Autre manifestation, le tic de l'ours, caractérisé par un balancement répété de l'animal de droite à gauche.

L'équitation végane : des répercussions sur le cheval qui la rendent impossible

Les conditions de détention du cheval et le stress causé par un entraînement trop intensif ne sont pas les seuls responsables de la maltraitance dans l'équitation. Le fait même de monter à cheval, de lui imposer un mors ou même de le seller va à l'encontre de l'éthique végane.

Les équipements inhérents à la pratique de l'équitation

Tout type de harnachement peut causer de nombreux dommages :

- Le mors, pièce métallique qui sert à guider le cheval, agit sur la langue et les dents. Le but est de créer une tension plus ou moins grande pour contraindre l'animal à suivre des directives. Quand les rênes, auxquelles le mors est rattaché, se tendent, cette pression peut se transformer en douleur, et même causer une névralgie. Associé à des rênes dites allemandes ou coulissantes (souvent mal utilisées par les cavaliers amateurs), le mors contraint l'animal à fléchir sa nuque sous peine de douleur sévère au niveau de la bouche s'il tente de relever la tête.

- La cravache, bâton utilisé pour faire avancer le cheval, est de plus en plus controversée au sein de l'équitation. Une étude de 2011 a mis en lumière la souffrance, longtemps négligée, que son utilisation provoque. En plus de son efficacité (un cheval épuisé ne répondra pas à la cravache), un coup mal porté peut entraîner une inflammation sur la peau hautement innervée de l'animal.

- La muserolle, lanière en cuir qui entoure le museau du cheval, le contraint à garder la bouche fermée, et ainsi l'empêcher d'échapper au mors. Lorsqu'elle est trop serrée, la muserolle peut causer des problèmes d'irrigation sanguine au niveau de la tête. Le cheval étant incapable d'avaler, de mâcher ni même de bouger sa mâchoire, les conséquences au niveau de sa peau, ses muscles, ses nerfs et ses os, sont nombreuses. Un des signes d'une muserolle trop ferme est d'ailleurs la salivation excessive, car le cheval n'est plus en capacité de déglutir.

Monter sur le dos du cheval : une souffrance en soi

En équitation, on considère qu'un cheval peut être monté lorsqu'il a atteint l'âge de deux ans. En effet, les plaques de croissance de l'animal présentes au-dessus du genou, alors faites de cartilage, se sont développées en os. Or, ces plaques de croissance se trouvent également au niveau de la tête et des vertèbres et celles-ci finissent de se développer bien plus tard. Monter sur le dos d'un jeune cheval risque ainsi de déplacer ces plaques encore fragiles et causer des douleurs chroniques tout au long de sa vie.

Le dos du cheval contient par ailleurs le spinalis medulla, c'est-à-dire la moelle épinière qui assure le lien entre le système nerveux de l'équidé et son cerveau. On peut s'interroger, d'un point de vue éthique, sur la pertinence d'imposer au cheval le poids d'un humain sur une partie si sensible de son anatomie. Sans compter les dommages créent par la selle, dont la sangle affecte l'irrigation sanguine du cheval.

Le hobby-horsing : l'équitation sans cheval

Devenu populaire à partir des années 2010, le hobby-horsing consiste à pratiquer l'équitation (dressage, saut d'obstacle...) sans cheval. Ou plutôt, à dos de cheval-bâton, ce destrier constitué d'un bâton de bois et surmonté d'une tête de cheval en tissu.

Si elle ressemble à première vue à un gag, l'équitation hobby-horsing est devenue au fil des années très populaire dans les pays nordiques et particulièrement en Finlande. Très prisée des adolescentes, la discipline compte aujourd'hui plus de 10 000 adeptes au sein de ses clubs. Proche de l'athlétisme, le hobby-horsing fait également appel à la créativité. Comme en témoignent les nombreuses vidéos de tutoriels en ligne, les passionnés de hobby-horsing créent leur cheval-bâton de toute pièce.

Sur Instagram, les comptes consacrés au hobby-horsing fleurissent depuis plusieurs années. Loin d'être juste un phénomène de mode chez les jeunes filles, c'est surtout une véritable revendication végane pour le bien-être animal. Le mot-dièse #kepparitkunniaan, régulièrement associé aux publications de cheval-bâton, se traduit par « respect des animaux » en finlandais. En 2017, un documentaire en finnois Hobby Horse Revolution, retraçant le parcours de jeunes passionnées, remportent plusieurs prix.

En Finlande, des compétitions officielles sont déjà organisées depuis plusieurs années. En France, le concours Cheval à 2 pattes, organisé en Vendée, en est déjà à sa deuxième édition.

S'il n'est pas encore prévu pour les JO en 2024, le hobby-horsing remplacera peut-être un jour l'équitation traditionnelle, aujourd'hui sur la sellette, dans l'épreuve olympique du pentathlon.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.