Le coronavirus, une crise parmi d'autres ?

Et si le coronavirus nous poussait à prendre des mesures d'urgence face à toutes les autres crises environnementales ? Par Thomas Letz, expert négaWatt

Depuis trois mois, le coronavirus se répand sur la planète, ne laissant quasiment aucun pays épargné. Les progressions exponentielles observées dans de nombreux pays provoquent un effet de sidération chez certains, d’incrédulité chez d’autres, et on a l’impression que cet évènement échappe à tout contrôle. Et pourtant, au 16 mars 2020, les infections touchent « seulement » 180 000 personnes, soit 0,0023 % de la population mondiale. Le nombre de décès se monte à 6900, soit 0,0001 % de la population.

Nul ne sait quels seront les chiffres définitifs qui seront atteints par cette pandémie. Mais on peut penser qu’elle finira par être maîtrisée, puisque que la Chine semble d’ores et déjà être engagée dans une phase de décroissance des nouveaux cas détectés quotidiennement, et une augmentation significative du nombre de malades guéris, même s’il faut prendre ces chiffres avec beaucoup de précautions.

Les uns après les autres, les gouvernements prennent des mesures fortes, allant de la fermeture des écoles, des lieux publics ou de détente, à un confinement des personnes à domicile, en passant pas des réductions drastiques des déplacements. On voit dès à présent arriver des conséquences économiques majeures pour de nombreuses personnes. Comme en 2008 lors du krach financier, des centaines de milliards d’euros sont injectés dans le système économique pour le maintenir à flot, mais pour combien de temps encore ?

Il va de soi que l’objectif prioritaire est de sauver le maximum de vies, et la crise que nous traversons montre que des décisions radicales peuvent être prises pour lutter contre ce danger qui nous touche de près, partout sur la planète, et avec des conséquences visibles sur nos lieux de vie ou auprès de nos proches.

Et si dans l’analyse précédente, on remplaçait « coronavirus » par « crise climatique », « effondrement de la biodiversité », « épuisement des ressources fossiles et des minerais », « augmentation des inondations, sécheresses, cyclones », etc… ? Comment se fait-il que ces phénomènes, dont la gravité est au moins du niveau de celle de la pandémie actuelle, ne suscitent pas plus de réactions des citoyens et de la classe politique ? Sommes-nous aveugles simplement parce que ces crises se produisent relativement loin de nous, ne nous touchent pas (encore) dans notre confort quotidien, ou ne manifestent pas (encore) le caractère d’emballement qu’on touche du doigt tous les soirs quand on apprend l’évolution des cas de maladie ?

Au niveau national ou international, les gouvernements restent aveugles face aux crises, malgré les actions des citoyens, les manifestations, les pétitions, les actions de désobéissance civile. Soumis à la finance internationale et à la mondialisation, ils préfèrent repousser à plus tard les actions radicales nécessaires, similaires au confinement qui va nous être imposé sous peu.

Plus localement, à St Martin d'Hères (38) notre maire, « brillamment » réélu (par moins de 13 % des inscrits), va se sentir conforté dans son projet criminel de création d’un méga centre commercial, auquel il s’accroche sans avoir aucune conscience des enjeux qui le dépassent, lui qui se dit « écolo » comme tous les candidats de cette élection… Et pourtant ce projet va dans le sens de tout ce qui nous précipite dans le gouffre. Alors, que fait-on ??

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