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Billet de blog 16 avr. 2020

Périclès Korovessis, témoin de l'époque noire de la Grèce

L'écrivain, journaliste et militant grec Périclès Korovessis est mort le 11 avril. En 1969, il avait dénoncé la torture pratiquée sous la dictature fasciste des colonels en Grèce dans son ouvrage «La Filière» (Ανθρωποφύλακες, en version Grecque).

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«Δεν ξέρω αν είμαι αριστερός ή αναρχικός, αυτό που θέλω είναι να μην πεθάνω μaλaκaς». "Je ne sais pas si je suis un homme de gauche ou un anarchiste, ce que je sais c'est que je ne veux pas mourir con", disait Périclès Korossevis.

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 Le 21 avril 1967 est un jour noir pour la Grèce. Le putsch militaire installe la dictature des colonels qui durera jusqu'en 1974. Parmi ses nombreux détracteurs, défenseurs des droits de l'Homme, citoyens, personnalités politiques, Hommes et femmes de gauche... il y a alors Périclès Korovessis, 26 ans. Après des études de théâtre et de sémiologie - avec Roland Barthes -  ce jeune militant s'oppose activement à cette dictature. Les militaires neutralisent toute forme de contestation, anéantissent les idées, détruisent la culture, l'essence d'une démocratie. Périclès est arrêté le 8 octobre 1967, emmené dans les locaux de la sûreté d'Athènes, rue Bouboulinas, face à l'imposante Ecole Polytechnique du quartier d'Exarcheia.

Portrait aquarelle de Périclès Korovessis, reproduction d'une photo © Dessin / Elisa Perrigueur

Après six mois de prison et de torture, Périclès est libéré le 8 mars et fuit alors "la prison qui s'appelle Grèce", racontera-t-il trois ans plus tard dans le documentaire Nausicaa d'Agnès Varda, alors censuré et rendu public en 2017 seulement. Il traverse les capitales européennes, s'arrête à Paris et publie en 1969 ce livre, La Filière, témoignages sur les tortures en Grèce (éditions du Seuil) - Ανθρωποφύλακες en grec. Essentiel, l'ouvrage dénonce, à l'adresse de cette Europe qui continue de vivre, cette répression à huis clos, la torture des colonels qui n’est autre que "de la politique par d’autres moyens".

Dans le film d'Agnès Varda, Périclès explique sa démarche. Son regard grave interpelle. Lui ne veut ni être un héros, ni un martyr, car dit-il, son "cas n’est pas un cas unique, (s)on histoire se répète de façon monotone (...) Aujourd’hui je voudrais éviter d’avoir à parler surtout de mon cas, je préfère être un anonyme qui a été arrêté". 

- "Je suis devenu écrivain pour des raisons politiques, j‘ai écrit un livre, la Filière, pour témoigner devant nos consciences responsables après avoir témoigné devant le tribunal des droits de l’Homme".

 - "Le fascisme en Grèce, il faut le combattre en détruisant les mécanismes qui instaurent le fascisme en Europe, rappelle Périclès

C’est la seule aide à laquelle nous croyons, nous, les Grecs

C’est la seule aide à laquelle nous croyons, nous, les Grecs

C’est la seule aide à laquelle nous croyons, nous, les Grecs".

Couverture du livre la Filière, édition 1969 © Le Seuil

Comme le soulignait l'historien Pierre Vidal Naquet dans l'édition du Monde du 26 novembre 1969 : "C'est bien de la Question (d'Henri Alleg, sur les tortures durant la guerre d'Algérie - ndlr) surtout qu'il faut rapprocher ce petit livre (La Filière), car les hommes y sont les mêmes"

Ceux qui ont croisé le chemin de Périclès décrivent une vie "souvent au bord de la misère", dans le quoditien Efimerida Ton Syntakton, avec lequel il collaborait et qui lui rend hommage le 13 avril. Mais une vie dans laquelle "il a réussi à se découvrir et à découvrir le monde, tout en se construisant une personnalité forte et rare, remplie de chants, d'amis... Une personnalité fascinée par la gauche, séduite par la résistance du peuple contre les tyrans". Périclès, dont les mots bien choisis portent, a publié de nombreux articles engagés, des comptes pour enfants et enfin des poèmes.

Périclès Korovessis est mort le 11 avril, à Athènes.

Ci-dessous, le poème "Je pense aux filles qui tombent amoureuses". Il le prononce avec émotion dans ce mini documentaire (sous titré en anglais) I think about the girls who fell in love

"Σκέφτομαι τα κορίτσια που αγάπησαν και πίστεψαν σε λόγια τραγουδιών. Και δάγκωσαν τα χείλη που είπαν ψέματα. Τώρα τα βράδια μένουν μέσα. Είναι άτονες. Σκουπίζουν, ξεσκονίζουν, σιδερώνουν ακούγοντας ραδιόφωνο. Αργά το βράδυ κοιτιούνται στον καθρέφτη. Είναι όμορφες, επιθυμητές και για αυτό ακόμα πιο μόνες. Και το δάκρυ ατμός, σαπούνι στο μάτι, την εικόνα θολώνει"

Periclès Korovessis © Dessin / Elisa Perrigueur

Pour aller plus loin :

Article de Efsyn “Ενας ξεχωριστός άνθρωπος”, daté du 13 avril 

Documentaire The Method - Η Μέθοδος (2017) 

Extrait de Nausicaa, d'Agnès Varda

Livre "La Filière" en version grecque Ανθρωποφύλακες - Περικλής Κοροβέσης

Mini-documentaire de Giorgos Bougioukos et Spyros Skandalos I think about the girls who fell in love

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