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Billet de blog 13 février 2009

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Un chat et une souris remportent un ours à Berlin

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Je n'y croyais pas vraiment. Un ours d'argent, encore, pourquoi pas. Le film « Please Say Something » de David O'Reilly, Irlandais de 23 ans, a carrément décroché l'or dans la section « Berlinale Shorts » du 59ème Festival international du film de Berlin, section dans laquelle ont concouru cette année onze court-métrages, dont des films d'animation.

« Please Say Something » en est un, constitué de 23 épisodes d'une durée totale de dix minutes. Que le genre soit couronné, contribue à un premier miracle. L'histoire n'est en rien politique, il s'agit intemporellement d'amour malheureux. Second miracle. Succès mérité, avouerais-je. J'ai dû voir les 15 premiers épisodes une bonne dizaine de fois déjà, en partie notamment lors du Festival du film d'animation organisé par Pictoplasma à New York en 2008. Je ne m'en lasse pas.

« Please Say Something », c'est d'abord du bleu, du gris, du noir et en quantité discrète, du rose fuschia. Puis c'est un décor urbain, froid, quelques escapades dans la nature toute aussi glaciale malgré certains couchers de soleil romantiques, et toujours cette impression post-apocalyptique : il règne en constance une sorte de vent dont le son évoque pour moi un nuage radioactif à la place du ciel. Enfin, les pas des personnages y résonnent tels le cliquetis des ongles d'un chien trottinant sur du carrelage.

Pas de chien dans l'histoire, mais un chat et une souris. Ils forment un couple. Leurs échanges verbaux sont assez limités. Il arrive qu'ils s'enlacent. Il règne avant tout dans cette relation un déséquilibre fondamental : le chat aime la souris, se languit de son attention; la souris écrit des heures durant, elle ignore le chat, sa présence, sa nouvelle écharpe, elle est parfois violente. Le chat souffre, muet, mais il reste. Bref, « Please Say Something », c'est l'éternelle histoire du couple inégal.

Scène du film « Please Say Something » © David O'Reilly 2009

Mais là, on oublie la cruauté joyeuse de Tom et Jerry pour replonger dans l'univers féroce de Krazy Kat et Ignatz Mouse, comic strip créé et dessiné au début du siècle dernier par l'Américain George Herriman. Krazy est fou d'amour pour Ignatz qui ne rate pas une occasion de lui lancer une brique en pleine nuque. Geste brutal que Krazy interprète inlassablement comme la preuve irréfutable d'une passion réciproque. Chez O'Reilly, la brique s'est abstraite en une indifférence, une apathie psychologiquement lourdes - pour le chat, certes ici conscient de l'inégalité mais irrévocablement dépendant. Soit dit en passant, le chat est une chatte. Ça fait mal.

David O'Reilly, Berlinois depuis 2006, a réalisé « Please Say Something » dans sa chambre.

Pour en savoir plus sur le bonhomme qui malgré son jeune âge, est loin d'être un débutant : http://www.davidoreilly.com. On peut aussi voir sur son site quelques extraits du film : http://www.davidoreilly.com/films/pss.

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