Réponse à l'article "L'hiver du vivre ensemble," signé par J. Confavreux, le 27/02.

Réponse à l'article "L'hiver du vivre ensemble", signé Par Joseph Confavreux, le 27/02/2017, dans Médiapart, avec cette précision de la boîte noire "Ce texte n’engage que son auteur, mais est le fruit d’une discussion collective avec l’ensemble de la rédaction de Mediapart ».

En introduction, nous nous arrêterons sur le premier paragraphe de l'article  :

«  Le cas de Mehdi Meklat ne doit pas permettre une culpabilité par association, voire une « punition collective », telle qu’on la pratiquait à l’époque de l’indigénat et des colonies, de toutes les banlieues, de tous les musulmans, de tous les Arabes, voire de tous les journaux qui ont, un jour, fait un entretien avec Mehdi et Badrou sans pouvoir imaginer que Meklat tenait de tels propos sur Twitter. Ou alors il faut également demander des comptes à tous les chrétiens lorsque Christine Boutin est condamnée en justice pour avoir jugé que « l’homosexualité est une abomination » et vouer aux gémonies les bobos qui pratiquent le yoga lorsque les bouddhistes extrémistes de Birmanie s’en prennent aux minorités musulmanes…" 

    Rappelons  tout d'abord qu'avec ce même type d'amalgame le gouvernement demandait aux croyants musulmans de se distinguer des djihadistes terroristes  après les attentats !! .

 

Joseph Confavreux, qui explique dans ce paragraphe  que les journalistes ne pouvaient imaginer que Meklat tenait de tels propos sur Twitter, est-il vraiment crédible, lorsque l'on sait que les tweets du Kid étaient connus depuis 2012 par des journalistes comme Pascale Clark ou Alexandre Comte des Inrocks ?

 

De même faut-il rappeler à Christiane Taubira, qui se défend d'être apparue complice de Medhi et Bahrou sur la couverture des Inrocks, du 1er février, qu'en 2012 quele journaliste Alexandre Comte avait écrit sur le site des Inrocks à propos du profil Twitter de Meklat «ça peut aller loin, mais la plupart du temps, c'est drôle à mourir ». Donc lorsqu'elle écrit à propos des Inrocks , «il ne leur serait pas venu à l’idée de me proposer cette rencontre s’ils avaient eu la moindre connaissance même d’un seul de ces tweets », on ne peut que s'interroger sur sa naïveté.

 

Depuis cette diffusion publique des tweets injurieux, haineux, racistes, homophobes, sexistes et misogynes, de nombreux journalistes sur la défensive, dans certains cas, veulent éviter l'instrumentalisation de l'affaire Meklat par la « nébuleuse qui se prétend républicaine, antiraciste, voire de gauche » et par la « fachosphère ».

 

Le meilleur moyen d'arriver à dénouer cette affaire ne serait-il pas  d'aller plus loin dans l'analyse politique ?


En effet, présenter Medhi Meklat et son double maléfique (« Docteur Mehdi et Mister Meklat » ) comme un cas de dérive personnelle ou comme une brebis galeuse paraît tout à fait insuffisant. Mehdi Meklat ne serait qu'un schizophrène narcissique, et finalement pour ne pas « désespérer les quartiers » on l'absoudrait de ses propos racistes, homophobes, sexistes.

 

- Pourquoi omettre de dire que les propos de Meklat dans ses tweets  sont assez semblables à ceux du PIR (Parti des Indigènes de la République), dont l'idéologie est exposée dans l'ouvrage d'Houria Boudeldja « Les blancs, les juifs et nous » paru en 2016 aux éditions La Fabrique ?

 

Après les émeutes de 2005, à l'initiative de Serge Michel du magazine suisse L'Hebdo, et avec le soutien de l'Open Society Foundations, a été créé le Bondy blog. Des jeunes des "quartiers sensibles" ont eu accès à des formations en communication, et a des écoles de journalisme comme le raconte Alexandre Devecchio : "J’ai intégré le Bondy Blog en 2008 en même temps que la « prépa égalité des chances ». Cette prépa, entièrement gratuite et réservée aux élèves boursiers, est née de la volonté du Bondy Blog et de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille) d’ « ouvrir » davantage les grandes écoles de journalisme.  Ces dernières sont extrêmement coûteuses et représentaient un rêve inaccessible pour le fils de camelot que je suis. Je garde un très bon souvenir de cette expérience, qui m’a permis d’entrer au Centre de formation des journalistes de Paris (CFJ), et reste infiniment reconnaissant au Bondy blog pour cela.  Contrairement aux conventions d’éducation prioritaire (CEP) de Sciences Po, il  ne s’agissait pas d’un dispositif de discrimination positive ou d’un système de quotas. Banlieusards ou provinciaux, nous avons bénéficié d’un accompagnement scolaire et d’aides financières puis passé les concours de manière anonyme."


Mehdi Meklat   commence sa collaboration avec Badroudine Saïd Abdallah en  2008 en entrant au Bondy blog, les Kids écrivent à quatre mains leurs chroniques sur la vie en banlieue. Le duo est repéré par la journaliste Marie-France Colombani et par Pascale Clarck qui leur donne en 2010 une chronique radio dans son émission Comme on nous parle sur France Inter, devenue A'Live durant la saison 2014-2015.


- Pourquoi l'itinéraire de Meklat et  "l'affaire des tweets" ne sont-ils pas analysés au regard de cette extraordinaire promotion offerte aux Kids par la sphère médiatico-politique  ? Peut-on croire que cette mise en lumière exceptionnelle de Medhi et Badrou, était sans  arrière-pensée politique ? Ne s'agissait -il pas très prosaïquement de récupération de la voix des "trublions" du 9-3 ? N'ont-ils pas été achetés  par ce qu'il est convenu d'appeler le "système" ? En tous cas, ils sont complètement coupés des militants  historiques et actuels qui luttent sur le terrain dans les banlieues.

 

 

Meklat n'est en rien le porte-parole des révoltés des banlieues, il a été fabriqué puis élu par le microcosme médiatique dominant au point de s'y afficher comme un « people » établi. Il a été construit, puis promu comme un leurre au service de l'idéologie dominante, pour barrer la route à l'expression de la conscience de classe de la population mise au ban de la société par la "France  d'en Haut".

 

Loin d'être la voix de la « France du sous-sol », il a été porté au sommet pour couvrir la voix des dominés.

 

 

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