Morts aux mains des forces de l'ordre. Quel espoir dans le combat pour la vérité ?

Adama Traoré, Amadou Koumé, Ali Ziri, morts aux mains des gendarmes ou de la BAC, dont l'impunité est organisée dans les heures et les jours qui suivent les décès, et"confirmée" ensuite par des non-lieux.

Proches des victimes, membres des familles des morts aux mains de la police, miltants des droits de l'homme, citoyens épris de justice, pouvons-nous encore garder espoir dans le combat pour la vérité ?

             - La requête à la CEDH   pour Abou Bakari Tandia, interpellé par les services de police de Courbevoiele 05/12/2004, tombé dans le coma et mort le 24/01/2005, a été rejetée.

 

             - Il semble que le Procureur de Pontoise, soit en passe de réussir à empêcher que la vérité sur la mort d'Adama vienne au jour. Toute la presse  a ciblé le rôle du procureur  Yves Jannier, manoeuvrant pour organiser  par avance l'impunité des forces de l'ordre, en semant la confusion sur le résultats des autopsies.

 1- La similitude des cardiopathologies opérantes dans la cause du décès le jour de l'interpellation !!

- pour Ali Ziri: "pouvant être la cause du décès" "une cardiomyopathie hypertrophique "  (Cour de cassation -16/2/2016-N°J15-80.223FS-D) A consulter en PJ.

- pour AdamaTraoré : L'article du Monde ci-dessous rapporte :"Un examen plus poussé du cœur, dit« anatomopathologique », fait le 26 juillet, a permis de déceler un « ensemble lésionnel compatible avec une cardiomyopathie hypertrophique ».

2- Adama Traoré , comme Ali Ziri  sont sortis des fourgons inanimés et laissés menottés sur le sol  :

- Comme le montre la vidéo de l'arrivée au commissariat  d'Argenteuil Ali Ziri est inanimé, il restera une heure "allongé sur le sol du commissariat mains menottées dans le dos dans son vomi".

- Extrait de l'article du Monde ci-dessous :"En y arrivant, Adama Traoré « s’assoupit et a comme une perte de connaissance », déclare un des gendarmes. « Quand on l’a sorti du véhicule, il était inconscient », confirme son collègue, qui explique aussi que, craignant qu’il simule, ils l’ont laissé menotté. Les secours sont dépêchés sur place, en vain.

3- Les policiers pour Ali Ziri, comme les gendarmes pour Adama Traoré, ne considèrent pas les interpellés comme des humains  en état de souffrance. Sans doute, investis de la force dans le camp du BIEN , ils considèrent les interpelés - dont on doit rappeler qu'ils ne sont tous deux que des interpelés "collatéraux", Adama de son frère, Ali Ziri du conducteur du véhicule dont il n'était que passager - comme relevant du camp du MAL et ne méritant aucune attention ou empathie humaine, et donc aucune assistance à personne en danger. Dans l'arrêt de la Cour de Cassation qui délivre un non-lieu définitif dans l'affaire Ali Ziri , on peut lire que les policiers  qui ont emmené Ali Ziri à l'Hôpital et qui "n'ont pas donné l'alerte lorsque l'état d'Ali Ziri s'est aggravé, pouvaient  penser qu'il dormait ".

4- Les techniques d'immobilisation (plaquage ventral et /ou clé d'étranglement, et/ ou pliage) causent des asphyxies qui ne sont pas immédiates:

Extrait de l'article du Parisien : http://www.leparisien.fr/faits-divers/les-dernieres-minutes-d-adama-traore-02-08-2016-6010063.php#xtor=EREC-109----%22Default_value%22@1

"Les trois gendarmes en conviennent : Adama Traoré se plaint très rapidement de difficultés respiratoires. Il est néanmoins capable de marcher jusqu'au véhicule qui doit le ramener à la brigade de Persan. « Je ne constate aucun trouble physique apparent sur l'individu, pas même un essoufflement », se souvient le sous-officier. L'alerte vient du gendarme assis à ses côtés : « Arrivé devant le portail de la brigade [...] je remarque que la personne récupérée a la tête qui part vers l'avant. Je signale au chef que l'individu présente des signes d'un malaise. » A sa sortie du véhicule, Adama Traoré est inconscient et les gendarmes constatent qu'il a uriné sur le siège. Ils le placent aussitôt en position latérale de sécurité et prennent son pouls. « Mais en lui laissant les menottes dans le dos », s'indigne Me Yassine Bouzrou, l'un des avocats de la famille. Malgré l'arrivée rapide des pompiers puis du Samu, le coeur d'Adama Traoré ne repart pas. Son décès est prononcé à 19 h 5."

Cela rappelle aussi la mort tragique d'Amadou Koumé : Selon le rapport d’autopsie auquel Libération a eu accès, le décès du jeune homme résulte d’un «œdème pulmonaire survenu dans un contexte d’asphyxie et de traumatismes facial et cervical».

"L’agent de la BAC l’a accompagné dans sa chute en continuant de l’étrangler”. A terre, le policier aurait maintenu sa position d’étranglement pendant qu’Amadou Koumé “émettait des cris d’agonie et d’étouffement”. M. Koumé sort ensuite de lui-même du bar sous escorte, et le témoin le perd de vue. “Personne n’a imaginé à ce moment qu’Amadou Koumé pouvait mourir, on pensait qu’il serait juste placé en garde à vue”, conclut-il. Le commissariat est situé à 3 minutes du bar. Le décès de la victime est constaté par le SAMU à 2h30. Selon le rapport d’autopsie, le décès résulte  d’un “

œdème pulmonaire survenu dans un contexte d’asphyxie et de traumatismes facial et cervical”.

 

           - L'absence ou la disparition des rapports des pompiers et du Samu, cela s'est dèjà produit pour le décès d'Amadou Koumé, mort dans le Commissariat du 10 ème, et dont l'acte de décès a été signé par une commandante de l'IGPN  (?)

- L'article de Médiapart ( Mort d’Adama Traoré: des éléments cruciaux ont disparu du dossier- 3 août 2016 | Par Faïza Zerouala ) dénonce la disparition de rapports du déroulement des  faits, dans le temps qui précède la déclaration de la mort d'Adama.

- L'article du Parisien (03/08/2016) note que les rapports des pompiers et du SMUR qui ont tenté de ranimer Adama Traoré  MANQUENT au dossier, ainsi que le rapport  sur le véhicule .... Le procureur répond :

Le procureur de la République de Pontoise, Yves Jannier, a expliqué que «si ces documents ne sont pas actuellement dans le dossier, c'est parce qu'ils sont en train d'être recueillis ou font l'objet des investigations en cours dans le cadre de la commission rogatoire».

 

- Le communiqué du Collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri du 25 Juillet disait :

Le Collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri soutient l’action de la famille d’Adama Traoré pour obtenir une contre-expertise dans les plus brefs délais. Connaître la vérité sur les circonstances de la mort se joue en effet dans les heures et les jours qui suivent le décès, alors que les proches sont dans la stupeur et la douleur.

C’est dans ces journées que les auteurs de cette mort se couvrent par de fausses déclarations assermentées, par la destruction de preuves, la rétention d’informations, le refus de présenter les corps, le retardement des procédures.

 

            - Quel est le rôle des médecins légistes ?  Sont-ils pleinement indépendants ? Quel est le poids de leur parole au regard des résultats d'autopsie? Dans larticle de Libération (http://www.liberation.fr/france/2016/08/04/le-plaquage-ventral-une-technique-policiere-controversee_1470105) on peut lire :
Les conclusions des deux autopsies d’Adama Traoré font mention d’un «syndrome asphyxique» comme cause de la mort. Une constatation qui pourrait correspondre à un décès dû à la pression exercée par les gendarmes, comme l’explique Mariannick Le Gueut, professeure de médecine légale à l’université de Rennes-I : «Un syndrome asphyxique peut effectivement être provoqué par une compression trop forte du thorax, laquelle empêche de bien respirer. Mais dans ce cas, ça m’étonnerait qu’il n’y ait pas de fractures de côtes». Les autopsies d’Adama Traoré font bien état d’une «fracture de l’arc antérieur de la cinquième côte droite», mais qui serait associée au massage cardiaque, selon les légistes.

Pour les familles, pour les proches et les militants qui se battent pour la Vérité et la Justice, s'ils peuvent, avec l'aide des avocats s'approprier les procédures de droit, le domaine de l'expertise médicale est inaccessible, or l'enjeu de justice : c'est les causes de la mort, dès lors qu'elle  se produit aux mains des forces de l'ordre et qu'elle  est "suspecte" . Le non-lieu définitif prononcé le 16/2/2016 dans l'affaire Ali Ziri (N°J15-80,223 FS-D N$462) après examen d'autopsies divergentes , et l'absence d'actes d'enquête, repose sur cette conclusion : "il n'est ainsi pas possible de retenir une cause certaine de la mort d'Ali Ziri" , en tous cas pas celle d'un usage disproportionné de la force, ou de violences policières caractérisées.

           - Sommes-nous définitivement réduits à l'impuissance devant toutes ces manipulations, que nous devinons d'avance pour les avoir vues à l'oeuvre dans maintes affaires précédentes ?

          - Les gendarmes, responsables de la  mort  d'Adama Traoré  seront -ils jamais inquiétés ? Il semble qu'ils ont déjà gagné leur impunité, dans ces 15 jours qui nous séparent de la mort d'Adama.

          -  En tous  cas, de quoi le procureur Yves Jannier est-il le nom ? de la complicité de l'appareil judiciaire avec les forces de l'ordre !! 

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