Cédric Chouviat, mort de violences policières.

Le plaquage ventral, subi par Cédric Chouviat sera-t-il reconnu comme cause de sa mort et enfin interdit ?

Cédric Chouviat, un coursier de 42 ans,a fait l’objet d’un contrôle routier  vendredi matin  10 Janvier à Paris, il en est mort.

Dans tous les récits des interpellations de morts aux mains de la police on retrouve les mêmes  éléments dans les déclarations précipitées du Parquet, et des années après dans les arrêts des tribunaux, jusqu'à ceux de la Cour de Cassation :

- la victime était énervée, violente

- elle était connue défavorablement des services de police  ( Cédric Chouviat, livreur avait eu de nombreux PV!, dixit Maître De Montbrial, avocat des policiers)

- elle a fait un malaise cardiaque ( quand on meurt, effectivement le coeur s'arrête !)

- l'arrêt du coeur est dû aux antécédents médicaux de la victime.  Comme Malik Oussékine, les morts aux mains de la police étaient tous de grands malades. Pour Cédric Chouviat, le Parquet  s'est empressé de communiquer qu'il présentait "un état antérieur cardiovasculaire"!

Résultat: il n'y a pas de lien de causalité entre l'interpellation et la mort, tel est le tour de passe-passe de la justice française pour couvrir les policiers  !

Pas de lien de causalité  entre la mort de l'interpellé et et l'action des forces de l'ordre, même lorsque le décès intervient dans un fourgon de police (ce fut le cas pour Lamine Dieng et Mohamed Boukrourou ), dans un Commissariat pour Ali Ziri et Amadou Koumé, dans la cour d'une gendarmerie pour Adama Traoré, ou que la victime est filmée écrasée au sol par 3 policiers sur son dos... Pour Cédric Chouviat la mort par asphyxie a été immédiate, sans doute à cause de la fracture du larynx, mais d'autres "plaqués/pliés" sont relevés et décèdent quelques heures plus tard, ce qui permet à l'IGPN de dissocier les conséquences du plaquage d'un malaise cardiaque fatal. Ainsi se construit l'impunité policière.

 L'asphyxie due au plaquage ventral, n'est établie que par une autopsie - ou une contre-autopsie- obtenue de haute lutte par les proches et leurs avocats.  Mais lorsqu'elle elle est dument avérée, d'autres causes potentielles de mort sont invoquées pour dédouaner les policiers du plaquage opéré afin de menotter dans le dos la victime, en exerçant sur elle une compression thoracique mortelle.

 Le 3 Juillet 2019, à Chambéry les policiers assistent l'huissier qui vient expulser de leur logement la famille de Lakhdar Bey (50 ans). Ce dernier tente de s'y opposer, il est plaqué au sol menotté dans le dos et traîné jusqu'au fourgon, où il décède, comme il souffrait effectivement d'une pathologie cardiaque, le parquet a attribué la mort à une"dysfonction cardiaque", l'épisode du plaquage ventral n'a pas été évoqué.

Allan Lambin  (19 ans) est décédé dans la nuit du 9 au 10 février 2019 au commissariat de Saint Malo, après avoir été "très fermement immobilisé au sol par le genou d'un policier sur sa poitrine" lors de son interpellation. L'autopsie attribue sa mort à un "syndrome asphyxique ". Encore un plaquage ventral mortel ? La justice le confirmera t-elle ? On peut en douter.  Les familles de toutes ces victimes n'ont entendu, au bout de plusieurs années  que des non-lieux  pour les policiers interpellateurs et aucune dénonciation de la dangerosité de cette pratique.

 La Police française continue donc d'utiliser  cette technique d'immobilisation, sans  même respecter les recommandations qui l'encadre,  et dans des circonstances où son usage est manifestement non nécessaire, illégitime et disproportionné.

 Et pourtant, une première instruction du Ministère de l'Intérieur  du 08/10 /2008 spécifiait :

"Dans ce cadre, lorsque l'immobilisation de la personne est nécessaire, la compression - tout particulièrement lorsqu'elle s'exerce sur le thorax ou l'abdomen - doit être la plus momentanée possible et relâchée dès que la personne est entravée par les moyens règlementaires et adaptés. Ainsi, comme le soulignent régulièrement les services médicaux, l'immobilisation en position ventrale doit être la plus limitée possible, surtout si elle est accompagnée du menottage dans le dos de la personne allongée. Il en est de même, à fortiori, pendant le transport des personnes interpellées."

Le 04/11/2015, La Direction Générale de la Police Nationale  rappelle  à nouveau :

Les règles d'emploi des moyens de contention.

"Tous les moyens de contention actuellement en dotation peuvent être légitimement utilisés, il est important de rapeler les règles suivantes :

- Lorsque l'immobilisation de la personne est nécessaire pour parvenir à sa maîtrise, la compression, tout particulièrement lorsqu'elle s'exerce sur le thorax ou l'abdomen, doit être la plus courte possible. Cette exigence est particulièrement prégnante lorsque la personne est maintenue allongée en position ventrale, lors de son menottage dans le dos.

-De même, durant le transport de la personne interpellée, lorsque sa maîtrise est à la fois complexe et dangereuse en état de grande agitation,la compression momentanée de la partie supérieure de son torse (dite"technique du pliage") est susceptible de préserver, en position assise, sa sécurité ainsi que celle des policiers interpellateurs. Toutefois, le recours à ce procédé ne peut être justifié que par l'urgence opérationnelle. Il doit demeurer strictement exceptionnel, être limité à quelques secondes et n'être répété que si la personne continue de résister."

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