VU AU CINÉMA DU RÉEL 2015

VU AU CINÉMA DU RÉEL 2015

ALICE PRISE AU PIÈGE ?

« C'EST MA VIE QUI ME REGARDE »

Un film de Damien Fritsch, 102', 2015.

Compétion française

 

Alice est une dame de 81 ans, elle a un voisin, très gentil, qui est cinéaste, réalisateur de films documentaire. Alice vit seule dans sa vieille maison de la région de Strasbourg. Son deuxième mari est mort il y a trois mois.

Cela fait quelques temps que Damien Fritsch pense à faire un film qui aurait Alice pour sujet. Aidé d'autres voisins, Damien met en place les aides à domicile nécessaires au maintien de la vieille dame dans sa maison, une maison qu'elle ne veut pas quitter. Alice fume beaucoup, sa vie tourne autour de la « cibiche » qu'elle allume après les repas ou quand elle se met à la fenêtre au-dessus du jardin, qu'elle allume tout le temps, enfin.

Dans la tête d'Alice c'est un peu comme dans sa maison : le bordel. « Est-ce que Michel (son mari) est sorti ? Est-ce qu'il est mort ? » « Il est mort il y a trois mois » lui lui rappelle Damien de derrière la caméra. « Ah oui ! »

Au début du film des hommes commencent à nettoyer la maison. Les murs sont noirs de crasse, les meubles sont au bord de la décomposition. Les ouvriers grattent des couches de détritus accumulés par les décennies. Alice, dans son fauteuil, près de la table, dans les tourbillons de poussière, continue de fumer sans se troubler, tout cela ne semble pas la concerner. Les aides ménagères passent, lui préparent à manger, des desserts sucrés comme elle les aime, elles sont gentilles.

C'est l'été, il fait chaud, par les volets entre-ouverts entre une douce lumière qui vient caresser cet intérieur délabré. Lorsque Damien lui fait remarquer qu'elle fume un peu plus que quelques cigarettes par jour, mais bel et bien un paquet, elle lui rétorque : « et alors ? C'est mieux que de boire ! » Elle sait de quoi elle parle, Alice, son premier mari buvait.

Peu à peu Alice devient aveugle, pourtant, Damien Fritsch sait saisir les éclairs de malice qui viennent éclairer son regard de temps à autres. La tête d'Alice n'est plus tout à fait avec nous mais elle ne l'a pas perdue pour autant, quand il le faut elle sait ce qui se trame autour d'elle.

On lui montre la nouvelle salle de bains immaculée, « ce sera beaucoup mieux » lui dit-on, « oh oui ! »

Aidée de son auxiliaire de vie Alice s'apprête pur un court séjour à l'hôpital en vue d'un bilan de santé, elle est belle toute mince dans sa jupe noire bien ajustée. « je mange bien et je dort bien, que volez-vous de plus à mon âge ? »

Finalement Alice rentre de l'hôpital et retrouve son fauteuil près de la table, ses cigarettes, et son chat qui ronronne sur ses genoux, tandis que les travaux de rénovation avancent.

Il nous semble que nous la connaissons bien maintenant Alice, et nous l'aimons bien.

La dernière image du film nous la montre, avachie et inerte sur son fauteuil, près de la table dont on a ôté l'antique toile cirée. Un lit médicalisé trône à l'angle de la pièce, les murs sont blancs à vous aveugler, que reste-t-il d'Alice sans les murs brunis par les ans de sa vieille maison ?

Dans le journal du festival Damien Fritsch nous dit qu'il n'aurait peut-être pas fait le film s'il n'avait pas eu les très beaux clairs obscurs qui baignent la maison d'Alice avant qu'elle ne soit rénovée. La question se pose : est-ce lui qui avait la maîtrise des travaux de la maison ? Aurait-il fait le film si le relooking spectaculaire de la maison ne lui avait pas offert cette dernière et terrifiante image ?

Le très beau titre du film c'est Alice qui le prononce à sa fenêtre, il est le reflet exact du film.

 

Festival « Cinéma du réel » Centre Pompidou à Paris

du 19 au 29 mars 2015

prochaines séances pour ce film :

Samedi 21 mars, 14 h, cinéma 1 centre Pompidou

Dimanche 22 mars, 19 h, cinéma Luminor 20 rue du Temple à Paris

 

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