Charlotte Delbo au brevet des collèges

Baptême du feu pour moi ce lundi 30 juin: mes premières copies d'examen ! J'en ai rêvé toute la nuit précédente ...

Baptême du feu pour moi ce lundi 30 juin: mes premières copies d'examen ! J'en ai rêvé toute la nuit précédente ... Me voici donc estampillée correctrice de copies de brevet, avec pour marraine G... qui m'a aidée à finir ma pile de rédactions. Il faut dire que je n'ai pas (encore ? ) le rythme effréné adopté par certain-es collègues. Impressionnant ! J'en suis presque frustrée, d'avoir du accélérer sur les rédactions. Il faut dire que le sujet était un beau sujet. Les élèves ont eu à lire et à comprendre un extrait de Scène jouée dans la mémoire  de Charlotte Delbo, un texte posthume publié en 2001. Honte sur moi, j'avais bien entendu parler de Charlotte Delbo, mais sans avoir jamais ouvert un de ses livres. Elle est aussi connue et lue que Primo Levi, aux Etats-Unis. Elle a connu les camps de la mort, elle en est revenue, elle a fait partie de la quarantaine de survivantes d'un convoi de 230 prisonnières politiques déportées en janvier 1943. Parmi ces femmes, il y avait aussi Marie-Claude Vaillant-Couturier et Danielle Casanova. Avant la déportation, elle avait du faire ses adieux à son mari, Georges Dudach, arrêté en même temps qu'elle, et que les nazis condamnèrent à être fusillé. Scène jouée dans la mémoire raconte cet instant, celui des adieux entre Françoise et Paul. Scène écrite a posteriori, de mémoire. Le personnage de Françoise se dédouble, elle est à la fois avec Paul, quelques heures avant son exécution, lui caressant la tête, ne pouvant se résoudre à le perdre, et en même temps, dans la même réplique, faite alors en aparté, des années après, au moment de la remémoration douloureuse des adieux.

Les postulants au diplôme du brevet général (feu le BEPC, lui-même héritier du brevet élémentaire) après avoir répondu à des questions de compréhension et d'interprétation - ces dernières plutôt bien vues – ainsi qu' à une toute petite question de grammaire - laquelle permet une fois de plus de constater que nos élèves sont fâchés avec le conditionnel (j'ai eu droit à dans les réponses à l'imparfait ou au futur...eh oui, ce fichu conditionnel tient des deux pour la morphologie!) - questions suivies d'une réécriture d'un passage du texte (exercice de grammaire qui consiste à remplacer un pronom personnel par un autre) et de la sacro-sainte dictée, tirée d'un texte de Kessel, contexte historique de la Résistance oblige, étaient invités à imaginer la lettre que Paul aurait pu écrire à ses enfants avant d'être exécuté. Exercice difficile, mais j'avais dans mon paquet, au moins deux excellentes copies dont l'une m'a carrément émue aux larmes. Il me semblait que l'auteur-e avait puisé dans son expérience personnelle pour l'écrire. On y sentait toute la douleur qu'il y a à perdre un père tant aimé, une mère qu'on chérissait par-dessus tout. Qu'aurais-je écrit, pour ma part, si j'avais eu à traiter ce sujet ?

... Mes chéris, lorsque vous lirez cette lettre, je ne serai plus. Les Allemands vont me fusiller demain matin. Il me reste le plus dur, prendre congé de vous...Ne pleurez pas, il va vous falloir être forts et courageux. Je sais que vous saurez l'être. Je ne vous verrai pas grandir, et pourtant je serai toujours là, veillant sur vous...

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