Pourquoi je ne voterai pas PS dimanche

J'aurais pu intituler cette lettre « de qui se moque-t-on ? » ou « un pas en avant, deux pas en arrière », ou encore « qui veut la peau du Front de gauche ? ». Depuis lundi, je ne décolère pas. 

Au delà d'un communiqué « à titre personnel », rédigé par deux des candidat-es FDG (la titulaire PCF et le remplaçant EELV) de mon canton, aux effets ravageurs - le candidat PS ne s'étant pas fait prier pour se servir du soutien des deux, l'étendant sans vergogne au candidat titulaire PG, alors même que le PG ici et ailleurs, tout comme Ensemble ! ne donne aucune consigne de vote- ce sont les communiqués du PCF sur pratiquement l'ensemble du territoire qui stoppent le pas en avant que nous avons fait, pour deux pas en arrière.

Camarades et ami-es, mesurez donc un peu l'impact de ce genre de déclaration sur un électorat doté d' une conscience politique. Car l'électorat FDG est doté d'une solide conscience politique. On perd toute crédibilité avec cet appel « pour-faire-barrage-au-fn », sans aucun discernement, qui se transforme de fait en soutien ! Peu importe le candidat, qu'il soit ici un cumulard, un qui a voté toutes les lois antisociales imaginées par les gouvernements de la présidence Hollande, ou ailleurs un représentant de l'UMP dont on sait très bien qu'il n'y a pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarettes entre son programme et ses idées, et celles du FN - Sarkozy le sait bien, lui qui a à nouveau enclenché la machine à siphonner les voix de l'extrême-droite- du moment qu'on « fait barrage au FN » ? Mais nous ne faisons que cela depuis avril 2002 et on voit les résultats : ce parti n'a eu de cesse d'engranger des voix et de s'ancrer.

Ce genre d'appel est un appel de capitulation, un aveu d'impuissance politique. On pose piteusement nos armes aux pieds de ceux-là, dont nous combattons et dénonçons les calamiteuses décisions politiques, pour qu'ils nous gardent de l'ennemi qu'ils viennent eux-mêmes de nourrir et d'armer !

Pour qui donc prenez-vous les électrices et électeurs du Front de Gauche ? Je suis une de ces électrices, au-delà de mon engagement politique. Je n'ai pas besoin qu'on vienne me dire ce que je dois faire ou non. J'écoute, je réfléchis, je décide. En toute conscience.

Durant cette campagne des départementales, j'ai reçu via la liste RESF de mon département un lien pointant vers l'argumentaire du PS pour sic "réveiller l'imposture du FN". Voici ce que j'avais répondu au chef de file des élus socialistes municipaux marseillais :

"On peut lire que votre parti est contre la séparation des familles, pour le droit au regroupement familial, pour le droit à étudier, etc.. Comment expliquez-vous qu'à Marseille pour ne citer qu'elle,  un père de famille vient d'être victime de violences avant d'être expulse du territoire alors même que ses enfants sont francais, sa femme aussi, que deux autres hommes sont retenus au CRA dans la même situation ? Comment expliquez-vous que des jeunes majeurs aient ete expulsés, alors même qu'ils étaient scolarisés, impliqués dans leurs etudes ? Toutes ces ignominies ne se passent pas sous la présidence de celui que nous avions surnommé "le ministre de la chasse à l'enfant" lorsqu il était ministre de l'Intérieur, non tout cela arrive sous la présidence socialiste de Mr Hollande. Les préfectures obéissent aux ordres d'un ministre socialiste. Et votre parti, vous- même, avez le culot, le cynisme ou l'inconscience, ou tout cela à la fois, de prétendre lutter contre le FN alors même que, par votre politique envers les plus faibles, vous êtes en train de dire in petto et de facto à toute la société francaise qu'en réalité on ne peut pas faire d'autre politique que celle-là, directement inspirée des thèses absurdes, nauséeuses et dangereuses du FN."

Je n'ai eu aucune réponse de la part de ce monsieur.

Pas plus que mes camarades, je ne souhaite que le FN ait des conseillers départementaux, mais je ne donnerai pas ma voix à un candidat PS qui a voté toutes les lois austéritaires. Je ne combats pas l'extrême-droite en capitulant sur mes idées, en confiant la défense de l'intérêt général à ceux qui n'en ont cure, parce qu'ils préfèrent le clientélisme, le serrage-de-louches-à-la-chaine, sans même regarder leur interlocuteur, à ceux qui ne pratiquent plus que de minables calculs politiciens,  qui ont ruiné la vie politique de notre département, et qui, au niveau national, mettent en pièces, au profit du grand patronat, nos acquis sociaux, et oblitèrent dangereusement l'espoir d'un vrai changement. Cela suffit.

Les combats que nous avons à mener ne souffrent pas de renoncer. Le temps des ruptures est là. A ne pas le comprendre, nous n'avancerons jamais. Dans l'avant-propos de son « Tout peut changer, capitalisme et changement climatique », Naomi Klein rappelle que les politiques mises en oeuvre après la Deuxième guerre mondiale « étaient vues d'un si bon oeil par les électeurs que leur mise en oeuvre n'a jamais nécessité de recours au genre de supercheries autoritaires dont [elle] fait état dans La Stratégie du choc ».

Le rapport de forces est à reconstruire, patiemment, même s'il y a urgence, et nous ne le ferons pas en appelant à voter, au nom de la légitime lutte contre le FN, pour ceux qui participent de ces « supercheries autoritaires » . Laissons les électrices et électeurs décider par eux-mêmes de ce qu'ils et elles doivent faire. Soyons un peu humbles dans cette histoire, mais pas capitulards.

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