Creuse, Maurice, creuse...

Lundi 27 juin, huit heures, collège M…. , corrections du brevet.

 Du Genevoix donc, Maurice de son petit nom (ça a de l'importance, vu le sujet de rédaction proposé, mais j'y reviendrai). Un très beau texte extrait de Ceux de 14 http://www.ecoledeslettres.fr/actualites/litteratures/lire-et-etudier-ceux-de-14-hommage-a-maurice-genevoix-cent-ans-apres/. Oeuvre proposée à l'étude pendant l'année de 3ème.

Il ne se passe rien dans ce texte. Le narrateur est obsédé par des gouttes de pluie qui tombent des planches sous lesquelles il a du s'abriter, dans la tranchée, pendant l'averse. C'est la nuit dans laquelle « la tranchée pleine d'hommes s'enfonce ». Plus de bruits, hormis celui des gouttes qui tombent. Pour échapper à ce « tapotement éternel », il se met à compter les gouttes, puis à « réciter des vers qu'on n'a pas oubliés ». Le voilà qui se souvient de « la Chanson Violette », « je ne sais quelle burlesque antienne qui s'est mise à danser sous moncrâne ». Il y est question d'un bois après la pluie :

Le bois était triste aussi

Et du feuillage obscurci,

Goutte à goutte,

La tristesse de la nuit

Dans nos cœurs broyés d'ennui

Tombait toute...

 

 Le texte se clôt sur une volonté d'action, ou de « réaction » du narrateur :

 « Je vais m 'en aller. Il faut que je me lève, que je marche, que je parle à quelqu'un... »

 A la question 3 « quelles sont les actions tentées par le narrateur pour s'opposer à cette obsession ? (nb : les élèves avaient été amenés dans la question précédente à expliquer ce qui attire l'attention du narrateur, et à caractériser les procédés stylistiques qui créent « l'effet d'obsession »), un élève a répondu ceci : « le narrateur fait que creuser mais à chaque fois qui creuse il reçoit plein de goutes d'eau » (sic). Eh oui, Maurice est dans les tranchées, et dans les tranchées, on creuse, forcément …

 A l'unique question de grammaire présente, « Quel est le temps verbal dominant dans le texte ? Quel est l'intérêt de son emploi dans le récit ?» , ma collègue a pu lire cette réponse dans une copie « c'est la pluie » (re-sic). J'ai relevé celle-ci : « c'est la première personne du singulier. L'intérêt de son emploi dans ce récit c'est qu'il veut montre que la première guerre mondiale est très dure ».

 Sommé-es d'expliquer la formation de l'adjectif « dégouttelantes » : « C'est une étrange chose, sous deux planches dégouttelantes .. », nos impétrant-es ont parfois eu des éclairs de génie :« ce mot est construit pour signifier un liquide Inconnu. Je lui donne un Sens Propre, c'est non Famillier ». Là où d'autres ont naturellement confondu avec « dégoûtant », ben oui, quoi, le narrateur est dans la boue jusqu'aux genoux …

 Epuisée par la boue et les gouttes, il est quatorze heures, on a juste pris le temps de grignoter sur un bout de table, loin des copies, je me lance dans les rédactions.... « Vous imaginerez la suite du récit, en montrant comment l'intervention d'un autre personnage permet au narrateur de sortir de sa situation. Votre texte...etc... ». C'est ici qu'intervient Maurice. Oui, ils ont compris, le narrateur s'appelle Maurice, c'est le chapô qui le dit « Maurice Genevoix raconte à la première personne son expérience de soldat de la première guerre mondiale ». Maurice donc, est censé s'exprimer « à la première personne du singulier », histoire de montrer que « la première guerre mondiale est très dure ». On en trouve quand même qui utilisent la 3ème personne ...mais bon, il y a respect du contexte, alors on est indulgente...Maurice rencontre Paul ou Robert. Ou « Manèche ». Celui-là ou celle-là avait lu Un long dimanche de fiançailles...Il sera beaucoup question des mutilations volontaires.

 Et il y a ceux ou celles qui n'ont rien compris...

 « Il faut que je me lève, que je marche, que je parle à quelqu'un et au plus vite. Je pris mon téléphone et j'appela (sic) mon amie Mike, après quelques minute d'attente, il décrocha et me dis : -allô et je lui répondis : -allô à mon tour puis je lui demmanda si je pouvais passer chez lui pour faire passé le temps et il me répondit : - oui tu peux passer alors je pris mes clef je raccrocha et ferma la porte derrière moi pour me rendre chez lui. »

Creuse, Maurice, creuse....

 

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