Le PS ou le déni permanent

Petit exemple des "éléments de langage" solférinesques au lendemain de la gifle électorale : "Séparés, nous perdons, alors qu’unis nous pouvons l’emporter. Notre union est nécessaire pour une raison numérique." prêche le plus sérieusement du monde B.Romagnan dans son billet ici-même, après que l'Huma lui ait gentiment ouvert ses colonnes. Cambadélis mandate, si, si, son directeur-adjoint de cabinet pour se fendre d'un mail de trois lignes pour enjoindre le PG à venir participer aux "consultations" avec les autres forces de gauche, consultations qu'il juge nécessaire après la défaite de dimanche. Défaite, vous avez dit défaite ?

Je n'ai pas lu ce mail lapidaire, mais le mot "défaite" ne fait à coup sûr pas partie des éléments de langage, nous avons entendu notre premier ministre qui va passer au braquet supérieur en matière de déréglementation, c'est en Une de Médiapart. Tant d'obstination, tant de déni, c'est à hurler.

On peut aussi se dire que ce pouvoir est aux abois, que c'est le moment de se lever et de dire STOP! Halte au feu ! 

Nous, les profs du secondaire, par exemple : la ministre-bon-petit-soldat va nous mettre au pas, nous qui ennuyons nos chers petits et petites au collège, et que je te fais passer un décret sur le collège qui va ni plus ni moins laisser de l'autonomie pédagogique aux établissements. Traduction : selon où est le collège, on continuera à faire du "disciplinaire" et à préparer les mômes pour le lycée, qui lui sera rattaché à l'enseignement supérieur, ou alors on obligera les profs à faire du "transdisciplinaire" avec des objets d'étude foireux, creux, bricolés, bref de l'insignifiance et du brassage de vent en guise de pitance aux enfants des classes populaires, bien suffisant pour eux, destinés à finir chômeurs, assistés, précaires...

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire lire ici la réponse du PG au mail du dir'cab adjoint de Cambadélis. Cette réponse a été rendue publique, je la diffuse donc :

Monsieur le premier secrétaire,

Votre directeur adjoint de cabinet a bien voulu nous proposer par un mail de trois lignes ce lundi soir une rencontre dans le cadre des « consultations » avec les formations de gauche, que vous pensez nécessaire après votre terrible défaite. Nous avions entendu parler de cette initiative dans la presse la semaine dernière et, bien que cette invitation soit lancée en dernière minute et avec une désinvolture qui signale votre désarroi, nous sommes sensibles au fait que vous ayez distrait le temps précieux de votre directeur adjoint pour nous adresser ce message.

Nous allons cependant la décliner. Le résultat des élections départementales est sans appel : une abstention qui reste massive, une victoire écrasante de la droite, l’enracinement du FN, une déroute de votre parti et de ses alliés que ne parvient malheureusement pas à contrebalancer la bonne tenue des candidatures citoyennes qu’avec nos amis du FDG, et souvent ceux d’EELV, nous avons
proposées dans le pays.
Durant cette élection vous n’avez, personnellement, pas cessé d’appeler à une unité factice de la gauche derrière la politique du gouvernement, pour faire obstacle à la montée de la droite et de l’extrême-droite. Cette tactique du « vote utile » a échoué. Le tripartisme est une fiction médiatique : avec une gauche d’opposition à environ 11 % en moyenne nationale et une abstention à 50 %, elle est même un déni démocratique. Bien sûr, vous pouvez continuer à mépriser ce fait. Cela vous a déjà beaucoup réussi.

 Aujourd’hui, vous nous proposez d’entretenir cette illusion. Vous nous proposez en réalité de préparer 2017 en nous ralliant derrière la politique de votre gouvernement. Or, non seulement Manuel Valls a annoncé la poursuite de cette politique mais nous savons qu’elle va même s’aggraver. Sur ordre de Bruxelles et de Berlin, s’annonce une loi Macron 2. Elle est pire encore, en termes de dérégulations et d’attaque des acquis du monde du travail que l’actuelle loi Macron dont nous continuons à combattre l’adoption définitive. Malgré le passage en force du 49.3 à l’Assemblée nationale, nous ne perdons pas espoir de vous faire reculer. Nous soutenons notamment les organisations syndicales lors de la grande journée d’actions du 9 avril contre votre politique. Pour passer sous les 3% de déficit en 2017 vous avez accepté 30 milliards d’économies supplémentaires imposées par la Commission européenne, en plus des 50 déjà votées. Vous savez comme nous que François Hollande a déjà accepté une réduction des dépenses publiques de 4 milliards rapidement.

Par ailleurs, la fuite en avant du gouvernement dans les mesures les plus anti-écologiques (agriculture, transports, grands projets inutiles imposés...) est à contre-courant de l’intérêt général humain, alors que 2015 devait au contraire être une année de grande mobilisation contre le changement climatique , d'autant que nous accueillerons en décembre la COP21.

 Quant à votre politique d'immigration, difficile d'y voir des différences avec celle menée par le gouvernement précédent, sans oublier l'abandon une fois de plus de l'engagement du droit de vote aux élections locales pour les résidents étrangers.

Vous comprendrez bien, dès lors, qu’il est inutile de faire semblant. Nous respectons la volonté de tous nos concitoyennes et concitoyens qui refusent cette politique des apparences et demandent avant tout de la clarté. Il est inutile de venir à votre siège pour vous dire notre refus d’assumer pareille politique.

Toutefois, si le Parti socialiste venait, à l’avenir, à proposer une alternative au pays contestant l’actuelle politique gouvernementale faite d’austérité, de politique de l’offre, de productivisme, de soumission à Mme Merkel et à M. Juncker et de maintien de la 5e République, nous serions évidemment prêts à vous rencontrer. Ce serait une très bonne nouvelle pour notre pays qui souffre à cause de vous.

Dans cette attente, je vous prie de croire, Monsieur le premier secrétaire, à nos sentiments militants.

 Eric Coquerel

Secrétaire national à la coordination politique

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.