Logement : les ventes à la découpe refont scandale

« Gecina, découpeurs en série, Gecina, expulseurs en série, venez discuter avec nous ! », scandaient ce mardi 17 avril, les dizaines de locataires venus manifester place de la Bourse, à Paris, contre la vente à la découpe de leur immeuble par le bailleur privé Gecina.

« Gecina, découpeurs en série, Gecina, expulseurs en série, venez discuter avec nous ! », scandaient ce mardi 17 avril, les dizaines de locataires venus manifester place de la Bourse, à Paris, contre la vente à la découpe de leur immeuble par le bailleur privé Gecina.

Au même moment, les actionnaires de ce dernier tenaient une assemblée générale à l’intérieur du palais Brongniart. Plusieurs associations (DAL, Jeudi Noir...) et élus d'arrondissement et de Paris (communistes, EELV, UMP) étaient venus pour soutenir la manifestation.

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Locataire depuis 29 ans dans l’immeuble situé 166-172 quai de Jemmapes (Paris Xe), bientôt cédé à BNP Paribas et promis à la vente à la découpe, Laurent Muntlak entend bien rester dans les murs : « Mes enfants sont nés dans cet immeuble, toute ma vie s’y trouve, dit-il. Il est hors de question que je m'en aille. »

Pourtant, comme la plupart de ses voisins, M. Muntlak n'est pas en mesure d'acheter son appartement : « Compte tenu du prix au m2, on va atteindre des sommes astronomiques ! ». Il a donc signé une pétition à destination de la mairie « pour essayer d’avoir une préemption de l’immeuble ».

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Pour l’heure, le maire PS du Xe arrondissement, Rémi Féraud, s’est contenté d’adresser un courrier aux locataires de l’immeuble, leur indiquant que « le coût très élevé de la transaction ne permet pas à la Ville de Paris d’exercer son droit de préemption ».

Un argument qui ne tient pas aux yeux des élus communistes qui ont présenté, le 30 janvier dernier, un vœu lors de la réunion du conseil d’arrondissement demandant que « s’ouvre des négociations auprès de la société Gecina pour l’acquisition par un organisme public de logements sociaux ».

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L’immeuble de quai de Jemmapes n’est pas un cas isolé. Étaient également présents ce mardi les locataires de l’immeuble de rue Pradier, dans le XIXe arrondissement. Rue Pradier, quai de Jemmapes... Mois après mois, Gecina se défait de ses biens. Dix immeubles parisiens (1.239 logements en tout) ont ainsi été cédés en janvier à un opérateur immobilier. La moitié d’entre eux va être revendue à la découpe.

« Gecina s’apprête à vendre 1.400 appartements à la découpe dans Paris », précise René Dutrey, conseiller EELV de Paris (lire ici la tribune « Logement: sécurisons les locataires » qu'il a co-signée sur Mediapart). Pour lutter contre ce phénomène, le groupe écologiste du Sénat a déposé le 22 mars une proposition de loi, destinée à protéger les locataires en supprimant notamment le « congé pour vente ».

Présent ce mardi devant le palais Brongniart, René Dutrey explique que seuls les écolos et le Front de gauche soutiennent aujourd’hui le texte : « Nous sommes seuls, y compris à gauche, regrette-t-il. Les socialistes ne partagent pas la volonté d’interdire le congé-vente, c’est peut-être trop radical pour eux. »

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Également présents lors de la manifestation, Jean-Jacques Giannesini et Anne-Constance Onghena, tous deux conseillers UMP du XIXe arrondissement, s’étonnent des priorités de la mairie de Paris : « Nous voudrions savoir pourquoi la ville de Paris, qui préempte n’importe quoi à n’importe quel prix, ne préempte pas l’immeuble de la rue Pradier, affirment-ils à Mediapart. On n’a pas encore eu de réponse probante et concrète sur le sujet. La mairie dit qu’elle n’a pas les moyens. Or cette année, il y a eu plus d’un milliard de droits de mutation (droits et taxes perçus par le notaire pour le compte de l'État et des collectivités à chaque changement de propriétaire, ndlr), plus de 7 milliards en dix ans. Gecina se comporte comme des voyous, c’est clair, mais ils finiront par vendre de toute façon. La ville de Paris doit utiliser ces milliards pour que les locataires qui sont dans leur immeuble depuis trente ans, puissent y rester. »

« Nous sommes ouverts au dialogue », a assuré à l’AFP le PDG de Gecina, Bernard Michel. Aucun locataire n’a pourtant eu l’honneur de discuter avec lui pour le moment.

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