Nos vies confinées, nos vies sclérosées

Confinement version 2, fragile ou non, c’est déjà long…Une forme de lassitude semble installée. Sans activité physique et avec une activité culturelle très limitée, on peut se sentir sclérosé… Est-il possible d’imaginer un futur durable et supportable ?

À nouveau privés de contacts sociaux, toujours privés de contacts physiques forme de nourritures affectives, que l’on soit fragile ou non , c’est long…Une forme de lassitude semble installée, plus personne aux fenêtres pour applaudir nos concitoyens essentiels, toutes ces personnes visibles ou non qui nous permettent de vivre. Sans activité physique car je ne bouge plus et avec une activité culturelle très limitée, je me sens sclérosée… Est-il possible d’imaginer un futur durable et supportable ?

Pour répondre à cette crise sanitaire inédite voici le confinement nouveau. Face aux plaintes qui s’élèvent, les réponses politiques prennent forme de décrets, de listes d’interdictions, de l’essentiel, du non essentiel… Bureaucratie absurde pour une économie dégradée avec des (re-)sentiments d’injustice qui s’expriment de plus en plus. Qui est confiné ? Les restaurateurs, les libraires, les intermittents, les coiffeurs, les personnes âgées ou malades. D’accord, j’exagère mais il y a toujours du monde dans les transports aux heures de pointe ...

Sans être devin, ni scientifique, on peut imaginer que cette situation ne prendra pas fin au premier décembre ou au 16 février… Nous semblons embarqués dans un temps long d’ajustements et de bidouillages. Dans un avenir proche, Noël se profile et plus largement la vie continue. Que va t-il se passer ? Face à des pressions économique et populaire, nous aurons droit à quelques jours de « liberté d’acheter » avec cohue dans les magasins pendant quelques jours, droit à des regroupements familiaux restreints avant un … inévitable troisième confinement ?

Ne va-t-il pas falloir s’organiser avec ce virus et son cortège de gestes barrières sur un temps bien plus long ? Est-il possible, est-il cohérent de garder les établissements scolaires en fonctionnement, tout en maintenant les librairies fermées ? Quand la liberté d’expression doit être défendue encore plus et toujours, est-ce raisonnable ? Allons-nous cesser d’apprendre, de rêver, de lire, voir des films, des spectacles ?

Alors quoi ? Les travailleurs au travail, sans ouverture culturelle ni activité physique pour se changer les idées et les confinés enfermés : c'est à ça que doivent ressembler nos vies ?

À l’heure d’internet, dans la « start up nation » et alors que de nombreux travailleurs ont investi pour protéger les clients, usagers ou eux-même, n’y a t-il pas moyen de maintenir une économie, certes très ralentie, dans le respect des gestes barrières et avec un bien-être minimum ? Les rendez-vous par téléphone ou par l’informatique ne permettraient-ils pas de répartir la circulation des individus sur les journées ? Qu’est-ce qui est essentiel ? Si c’est empêcher l’engorgement des hôpitaux, il semblerait en écoutant certains propos alarmistes, que seul un confinement « dur » à l’image de celui du printemps, pourrait le permettre. L’essentiel est-il économique ? L’impression vague est que la politique actuelle tente de moyenner entre ces deux pôles.

L’essentiel, c’est aussi que nos proches aillent bien (ou doit-on se contenter de pas trop mal) ce qui ne se réduit pas simplement à : ne pas être atteint de Covid... Comment dire à ces patients en chimiothérapie, sans poils et cheveux que le maquillage n’est pas essentiel ? Comment dire aux personnes qui souffrent des articulations que l’activité physique qui les soulage habituellement n’est pas essentielle ? Comment dire à cet enfant ou ado qui grandit à vue d’œil que ses vêtements étriqués, trop petits ne sont pas essentiels ? ...

Il est difficile de croire qu’une librairie soit un lieu plus contaminant qu’une grande surface. Il est difficile de croire qu’un salon de coiffure soit un lieu plus contaminant qu’une grande surface. Il est difficile de croire qu’une magasin de vêtements soit un lieu plus contaminant qu’une grande surface... Je rêve un peu… Serait-il possible de ne pas se passer de nos commerçants habituels, avec prise de rendez-vous ...

Avec de l’imagination pour éviter trop de monde, trop de proximité...Avec nos mains lavées et des produits pour les maintenir propres, avec des masques, avec des rendez-vous… Avec, pourquoi pas, des compteurs-péages à l’entrée des zones de commerces pour éviter un certain degré d’affluence… Avec beaucoup de gens formés, pour aérer, nettoyer, assainir, soigner, programmer, enseigner, surveiller … Avec plus de personnes qui travailleraient, moins, mais … mieux ! Pour éviter que les citoyens essentiels qui sont aussi souvent les premiers de… corvée (!?!) s’épuisent ou s'arrêtent…

Si cette pandémie impose des vies semi-confinées peut-être va t-il falloir réfléchir pour essayer des moyens durables et supportables avec la culture qui avait sauvé le premier confinement de beaucoup... Peut-être doit-on pouvoir rêver un peu...

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