Migrants : j'étais là et je n'ai rien fait

 

 

 

Adolescente, j'écoutais l'oreille tendue et le regard effaré les enseignants d'Histoire nous conter une époque heureusement révolue, pensais-je : les camps de concentration, la collaboration et surtout, le génocide de centaine de milliers de personnes, femmes, enfants, vieillards, hommes jeunes et moins jeunes, dans "le silence des pantoufles" de ceux qui avaient été leurs voisins, amis, connaissances, compatriotes et surtout, comme eux, membres d'une humanité dont j'imaginais alors qu'elle aurait du mal à se regarder dans le miroir. Vissée dans mes convictions et dans la certitude apaisante d'être née dans l'époque de ceux qui n'ont pas eu à porter le sceau de ce silence infamant, je m'appliquais en bonne élève et en citoyenne du monde modèle, à honorer le devoir de mémoire, pour rétablir l'honneur des morts et laver les fautes de leurs contemporains. Enfant de la télé, nièce d'Internet et cousine des réseaux sociaux et de l'information en temps réelle, j'avais du mal à me figurer l'immobilisme complice de ceux qui savaient, forcément ils savaient me disais-je. J'oubliais la guerre, la France coupée en deux, les moyens de locomotion et de communication restreints, les hommes et femmes absorbés à assurer leur propre survie. Je me rassurais en me disant que si une chose pareille devait se reproduire aujourd'hui, toute l'humanité serait vent-debout contre une telle horreur. On n'est pas sérieux quand on a 17 ans...

Aujourd´hui, les chaînes déversent de "l'info-motion"en continu, en un clic, c'est tout internet dans ce qu'il a de meilleur et de pire qui fait irruption dans mon salon, aujourd'hui on ne sait pas, on voit.

Sous nos yeux les corps des enfants noyés,

sous nos yeux les hommes et femmes implorant que nos frontières s'ouvrent,

sous nos yeux les corps chétifs et les visages émaciés.

L'humanité compte ses morts en temps réel et nous ne faisons rien pour stopper cette hémorragie. Rien. Absolument rien. Ou si peu. 

 Et pourtant, quand devant le miroir, ma conscience et les générations futures m'interrogeront, je devrais reconnaître que j'étais là. 

 

https://m.youtube.com/watch?v=Da5iA0_MriQ

 

 

 

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