Depuis la baie vitrée qui éclairait le plateau Atrium d’une lumière blafarde, Elise regardait le ciel se charger en nuages lourds et blancs et les premiers flocons tomber. Malgré la moiteur du studio elle frissonna machinalement. Et sourit. Les services météo ne s’étaient donc pas trompés. Jusqu’à présent, la France savourait mars en janvier et les terrasses ensoleillées du sud de la France ou les maraîchers de Bretagne dont les clients boudaient les légumes qui réchauffaient habituellement les corps engourdis faisaient les beaux jours du treize heures. Mais trop c’était trop. Le retour des morsures de l’hiver promettait de nouveaux titres à la une qu’elle faisait déjà défiler dans sa tête : bouchons interminables et services des équipements sur le pont dès l’aube pour saler les routes, enfants rieurs pas vexés d’être privés d’école, gérants des stations ravis de ce manteau de neige fraîche sur leurs pistes et peut-être, oui peut-être, un SDF emblématique d’un quartier dont les habitants pleureraient la bataille perdue contre les températures négatives.
De la gravité mais pas trop. C’était ça l’esprit du 13h.
Après les aléas de la météo, un peu de politique puis un ou deux sujets sur l’international mais rien de trop violent et encore moins de sanglant. Elle avait dû laisser un interstice pour la Syrie à la disparition de Gilles Jacquier et elle l’ignorait encore mais devrait bientôt ouvrir encore plus grand la fenêtre pour Marie Colvin et Remy Ochlik. En revanche, les bébés éventrés et les enfants abandonnés près du corps agonisant de leurs parents, elle ne pouvait pas. L’horreur oui, mais au cas par cas. Dans quelques années probablement, un journaliste montrerait les images qu’elle n’aura pas su dévoiler et formerait les mots qu’elle n’aura pas pu dire, paralysée qu’elle était par l’effroi et sa ligne éditoriale.
Elise, entends-tu les bruits du monde filtrer à travers le double vitrage de tes fenêtres ?