Liberté d'expression : nous sommes tous responsables

Ce soir, nous sommes tous Charlie. Mais jusqu'à présent, nous étions loin d'être tous lecteurs de Charlie et de toute une presse d'idées qui se débat chaque jour pour ne pas mourir, non pas sous les balles de terroristes, mais sous l'asphyxie pernicieuse et lente du tiroir-caisse qui agonise. Sinon, comment expliquer les appels à la générosité récurrents aux lecteurs de Siné Mensuel, Terra eco ou Charlie Hebdo lui-même?

Cette mort à petit-feu est moins spectaculaire et beaucoup plus silencieuse qu'un attentat mais, si elle épargne heureusement des vies humaines, elle contribue chaque jour un peu plus à enterrer la liberté d'expression et l'esprit critique sous un monceau d'inepties, d'informations sans saveur et de conformisme liberticide. 


La tragédie qui s'est jouée a cruellement mis en lumière l'engagement et la liberté de paroles d'hommes et de femmes qui se tiennent vent-debout contre la montée de l'indifférence et de la bêtise humaine. L'émotion suscitée par ce drame rassemble et la puissance des réseaux sociaux fait s'ériger de formidables boucliers d'humanité mais pour combien de temps?


Cette presse a un principe : ne rien s'interdire et deux ennemis : le premier, la censure, qui, au lieu d'éteindre la flamme qui l'anime, l'attise et lui donne la force de mordre plus fort encore. Le second, sournois, insidieux rongera ses vieux os jusqu'à la moelle : le manque d'argent. 


Faisons lui confiance pour se tenir toujours debout contre le premier de ses ennemis mais considérons qu'il est aussi le nôtre et soyons les mécènes de ce combat en franchissant chaque jour, chaque semaine, chaque mois le pas de la porte de notre buraliste pour qu'il ne nous reste pas que nos yeux pour pleurer.

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