Si Baudelaire savait ça...

Des albatros qui agonisent, du plastique plein les entrailles.

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Des albatros qui agonisent, du plastique plein les entrailles. Un albatros donne la becquée à son petit ; ce qu'il tient dans son bec, c'est joli, c'est coloré et, croit-il, redonnera un peu de vigueur à son petit affamé. Ce qu'il ignore pourtant, c'est que cette nourriture est issue de la pollution humaine : objets triviaux de notre quotidien (bouchon, sacs d'hypermarché,...) transformés en subsistance providentielle pour une espèce menacée mais qui se révélera être un véritable poison : lent, sournois et mortel. Mais le coupable ce n'est pas le plastique lui-même, objet inanimé sans dessein meurtrier, c'est encore moins l'albatros nourricier qui pense permettre à la vie de croître et qui en réalité porte la mort dans son bec, le coupable, ou plutôt les coupables, c'est nous, les hommes et nos activités quotidiennes que nous menons avec la candeur de l'imbécile meurtrier sans le savoir (?).

Ce désastre environnemental se joue chaque jour sur les îles Midway, un petit atoll situé dans l'océan Pacifique nord et celui qui nous permet de le regarder en face c'est le photographe Chris Jordan à travers son travail pour le "Midway media project". 

Alors regardons et cessons de vivre et d'agir comme si nous étions déconnectés de l'écosystème planétaire, qu'il y avait nous, le monde des hommes et en-dehors de nous, celui des animaux et que ni l'un ni l'autre n'interagissait autrement que lorsque le premier puisait dans le second pour se nourrir ou pour se divertir. 

Nous oublions que nous faisons partie d'un tout et que ce qui est néfaste pour les animaux finira, à plus ou moins court terme, par être néfaste pour nous. L'albatros agonisant, c'est nous et ce n'est pas Baudelaire qui me contredira...

 

Albatros mort par ingestion de plastique © Copyright Chris Jordan Albatros mort par ingestion de plastique © Copyright Chris Jordan

 

L'Albatros

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

— Charles Baudelaire

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