Municipales Montpellier 2020. Rémi Gaillard : un candidat tout sauf anti-système.

Je m’appelle Elodie, j’ai 29 ans, je suis psychologue en psychiatrie dans un hôpital public. Et j'ai passé une heure au QG de Rémi Gaillard.

 

psypol

Pour résumer mon « parcours politique », j’ai été membre fondateur du NPA en 2009, avec lequel j’ai milité jusqu’en 2012. J’ai ensuite vaguement fréquenté le groupe montpelliérain de la France insoumise durant les présidentielles de 2017. Traumatisée par les résultats, j'ai définitivement débranché ma télé depuis l’investiture d’Emmanuel macron. Enfin il y a un an, j’ai rejoint le mouvement des gilets jaunes avec lequel j’ai manifesté de nombreuses fois.

Il y a quelques semaines, un ami m’écrit : « ça te dirait de faire partie de la liste de Rémi gaillard aux municipales de Montpellier ? Il cherche des gens de confiance. Et tu as compris, son but c’est de faire chier les politiciens. » Je n’ai jamais trop apprécié le personnage, ni ses gags, malgré son engagement pour la cause animale. Je lui préfère cent fois Didier Super, qui par l’ironie et sans prétention aucune, soulève admirablement les travers de notre société. Mais après une semaine de réflexion, je réponds à mon ami « ok, je suis partante ».

Quelques papiers envoyés par mail. Samedi dernier mon ami m’écrit « Ca te dit de rencontrer Remi Gaillard dans une heure ? C’est aussi pour signer tes documents officiels. » J’avais prévu de me reposer mais ni une, ni deux, je fonce au quartier des beaux arts, traversant la manif des gilets jaunes. J’arrive dans le petit appartement loué par Rémi Gaillard devenu un QG de campagne.

L’ambiance est à l’hilarité générale. Je croirais voir des enfants préparer un canular téléphonique. Immédiatement surnommée « la psy », Rémi Gaillard me manifeste à plusieurs reprises son enthousiasme. « Je suis ravi, trop content, super content que tu sois là, que tu fasses cette aventure avec nous ». Je lui réponds que ça me fait marrer de me retrouver à nouveau dans des élections, car j’ai déjà été candidate pour le NPA il y a 8 ans.« Candidate pour quoi ? L’UMP ? », « Non, le NPA », « C’est quoi ça, le NPA ? Ca fait chier, t’as déjà été dans un parti, ça craint, tu seras pas sur la liste. Mais en même temps avoir une psychologue avec nous ça le fait. Je sais pas quoi faire ».

Après cet échange, la personne qui s’occupe des papiers hésite à me laisser signer. J’essaye d’argumenter : « Mais en fait c’était il y a 8 ans, et le NPA, c’est un parti antisystème », « Ben non parce qu’en fait c’est nous qui sommes antisystème » rétorque Rémi, « Pas que, rappelle toi de Philippe Poutou au débat des présidentielles. Si le NPA se présente aux élections c’est pour avoir une visibilité médiatique et dénoncer le fonctionnement politique. C’est un parti révolutionnaire. »  La décision tombe. Il s’adresse à son amie : « La psy, tu fais une croix dessus, elle est politisée ». D’abord amical et radieux avec moi, il est devenu indifférent. Alors que j’attendais de pouvoir partir il m’a dit d’un air taquin « Ah ma pauvre t’as l’air dégoutée ». Il est néanmoins resté plutôt sympathique et je n’ai rien à lui reprocher personnellement.

L’appel qu’il a fait aux électeurs semble une actualisation de celui de Coluche avec des accents jaunes. Il s'adresse à tous les "sans-dents, les saltimbanques, ceux qui traversent la rue, les infirmières, ceux qui ont un chien, les Gaulois réfractaires, ceux qui n'y croient plus, ceux qui ne lâchent rien". Son programme est plutôt social, écologiste, même si beaucoup de propositions sont clairement gadget. Elles recourent à de hautes technologies pour faire de Montpellier une "fresh city", clin d'œil à l'ancien maire, le sulfureux Georges Frèche. On connaît aussi son amitié avec certains business man douteux comme le patron des casinos partouches. À l'image de ces copinages, il souhaite recouvrir les tramway de publicités et pousser les marques à créer des loteries.

Mais également, dans son discours, on trouve la notion d’apolitisme..

Peut-on se targuer d’être apolitique pour promouvoir le social et l'écologique ? Est-ce compatible avec l'adjectif "anti-système ?" Nous savons que l’activité humaine a marqué la planète de façon casi-indélébile et les conséquences du réchauffement climatique, déjà palpables prévoient d’être désastreuses. Cela a été provoqué par l’essor d’un système ultra-libéral et ultra-productif. Le politicien Macron en est le chantre, placé en position présidentielle par les plus grandes fortunes.

Ce sont ces systèmes qui font que l’humain court à sa perte, entraînant avec lui la biodiversité. La production effrénée d'objets technologiques jetables s’accélère. Tout comme s’accentuent les écarts de richesses, entre précarité extrême d’un côté et accroissement du patrimoine de Bernard Arnaud de l’autre. Ces fortunes viennent de travailleurs exploités sur toute une planète qui se fait piller. Pendant ce temps là on apprend que le nombre d’animaux sauvages a chuté de 60% en 40 ans.

Au contraire de ce que pense Rémi, la politique est l’affaire de tous. Le déni du clivage droite/gauche est une pensée insufflée par le système pour lui permettre de perdurer. C’est en prenant conscience de son fonctionnement que nous pourrons espérer inverser la tendance qui conduit le Vivant à sa perte. Se dire apolitique c'est être complice de la destruction générale en cours.

Cette aventure m’invite à me poser une question au sujet de la candidature de Rémi Gaillard : ne serait-elle pas le fruit d’un sensationnalisme couplé au rassurant greenwashing, cousin de la « start up nation » ?

Depuis cette aventure mon opinion s'est consolidé. Le culte du buzz diverti le public, privilégiant la sensation, l'émotion il nous éloigne des questions de fond et de la raison. Imaginant la ville clignotante et remplie de publicités, je vois maintenant Rémi Gaillard et son nez rouge comme une sorte d'idiot utile au système. Malgré moi, quelques images du film idiocracy me reviennent.

Pendant que les dégâts provoqués par l'économie marchande deviennent de plus en plus irréversibles et que les cris des gilets jaunes résonnent tous les samedis dans les rues de Montpellier...

Je persiste et signe : Rémi Gaillard n'est pas anti-système mais bien l'un de ses maillons.

Etre anti-système c’est forcément être politisé.

 

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