Commune de Paris. Séance du 17 mai 1871 (V).

Jules Vallès répond aux accusations de Paschal Grousset.

(Suite de la séance du 17 mai 1871.)

Commune de Paris, Jules Vallès © Eloi Valat Commune de Paris, Jules Vallès © Eloi Valat
JULES VALLÈS. Hier, nous nous étions présentés ici, pour déclarer à l’assemblée que nous étions prêts à entrer en discussion sur le différend politique qui a semblé nous diviser. Car nous sommes d’un sentiment contraire à celui que le citoyen Grousset paraît supposer chez nous. Je déclare, et pour mes amis aussi, que ce que nous voulons dans la Commune, c’est la plus parfaite harmonie. Le citoyen P. Grousset, en nous rappelant que nous avions voté l’institution du Comité de salut public, nous oblige à dire que nous avions fait ce sacrifice de nos sentiments, en face de Paris bombardé. Dans l’article 3 du décret sur le Comité, nous avions vu un danger; nous demandons à rechercher ensemble aujourd’hui si, au lieu de créer une arme, vous n’avez pas créé un péril; nous demandons à discuter avec calme. Nous voulons, en un mot, que toutes les forces se réunissent pour assurer le salut. Quant à moi, j’ai déclaré qu’il fallait s’entendre avec le Comité central et avec la majorité, mais il faut aussi respecter la minorité, qui est aussi une force. Nous vous déclarons, en toute sincérité, que nous voulons l’harmonie dans la Commune et que notre retraite dans les arrondissements n’est pas une menace. Nous vous demandons de mettre à l’ordre du jour de demain la discussion, dans laquelle nous pourrons entrer dans l’examen des faits et assurer l’union de toutes nos forces pour marcher contre l’ennemi.

CLÉMENCE. Je m’associe complètement aux paroles du citoyen J. Vallès, mais je proteste contre celles du citoyen Paschal Grousset. J’ai voté contre le Comité de salut public, mais, la majorité l’ayant institué, je l’ai accepté; cependant je crois avoir le droit de dire qu’il y a, dans l’article 3 du décret, qui met entre ses mains la nomination et la destitution des délégués, un danger sérieux.

(Bruit.)

MIOT. La minorité a fait hier un acte évidemment hostile à la majorité. Pourquoi, avant de prendre une détermination, n’est-elle pas venue nous donner, nous demander quelques explications? Une accusation grave a été lancée contre nous: l’on ose dire que nous avons renoncé à exercer le mandat qui nous a été confié. Cela n’est pas; est-ce qu’un contrôle absolu n’est point réservé à la Commune dans le décret qui institue le Comité de salut public? J’ai tout fait, moi l’auteur du projet, pour que l’autorité de la Commune ne soit pas absorbée. Ne pourrez-vous point révoquer ce Comité, quand bon vous semblera, quand vous penserez que son autorité peut être dangereuse? La minorité a fait hier, je le répète, un acte regrettable, que la population juge très sévèrement, et dont elle aura à rendre compte à ses électeurs.

(Bruit.)

RASTOUL. Il y a un moyen de trancher la question: que l’on fasse procéder à de nouvelles élections.

(Mouvements divers.)

ARNOLD. Je demande à faire une rectification au procès-verbal de la dernière séance publié dans l’Officiel; elle a trait à la question qui nous agite. L’Officiel me fait dire: «Si l’un des ordres du jour qui vous sont proposés est adopté, la Commune ne servira plus qu’à incriminer les membres du Comité de salut public, lorsqu’elle le jugera convenable, et elle pourra fort bien ne plus tenir de séance.» C’est aussi loin de ma pensée que de mes expressions. J’ai dit et voulu dire: «Je ne combattrai pas les deux amendements Billioray et Ferré; je voterai pour, parce qu’ils sont la déduction inévitable de l’article 3, instituant le Comité de salut public. Et je demanderai que la Commune, comprenant la logique de ses actes, cessât ses réunions périodiques. À mon avis, la Commune ne doit plus se réunir que pour interpeller le Comité de salut public sur ses actes, ou pour juger l’un des membres de la Commune.» Voilà ce que j’ai dit. C’était une affirmation formelle et non une incrimination des conséquences de l’article 3. Je désire que cette rectification fondamentale soit faite à l’Officiel.

LE PRÉSIDENT. Rectification sera faite à l’Officiel.

ARNOLD. Je faisais une affirmation formelle et non une incrimination de l’article 3. La Commune doit aider le Comité de salut public, au besoin le révoquer s’il n’accomplit pas son mandat, mais elle doit cesser de discuter; nous devons nous réunir dans nos arrondissements, suivre nos bataillons lorsqu’ils marchent à l’ennemi et éviter les discussions stériles. Je ne vois là-dedans ni séparation, ni hostilité.

GROUSSET. Il fallait dire cela, au lieu de nous accuser publiquement.

ARNOLD. Nous sommes venus lundi dernier pour nous expliquer et il n’y a pas eu de séance.

(Interruptions.)

RÉGÈRE. La publication de la déclaration, signée de la minorité, a été un fait regrettable, mais, enfin, si cette déclaration a dépassé la pensée de nos collègues, qu’ils la retirent. Leur but est le même que le nôtre; nous différons peu sur les moyens, et, dès l’instant qu’ils nous reviennent, nous devons les recevoir fraternellement, pour concourir tous ensemble au but que nous poursuivons. D’ailleurs, c’est la minorité qui a appuyé le plus le citoyen Lefrançais, quand il a demandé que les pouvoirs les plus étendus sur les délégations fussent donnés au Comité de salut public. (Bruit.) C’est elle qui a voulu que ce dernier pût frapper les délégations.

(Interruptions. Bruit.)

UN GRAND NOMBRE DE VOIX. C’est une erreur.

RÉGÈRE. Enfin, citoyens, vous nous êtes revenus; vous resterez parmi nous.

(Bruit.)

COURBET. Mais nous sommes tous ici pour le salut public.

(À suivre.)


 

Le site de Michèle Audin
Commune de Paris
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Association des Amies et Amis de la Commune de Paris 1871
http://www.commune1871.org


 

 

 

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