Commune de Paris. Séance du 19 mai 1871 (I).

Raoul Urbain. «Les gouvernements qui nous ont précédés avaient fait du théâtre l’enseignement de tous les vices; nous en ferons l’enseignement de toutes les vertus civiques; et d’une nation de corrompus nous ferons une nation de citoyens!»

Commune de Paris, Raoul Urbain © Eloi Valat. Commune de Paris, Raoul Urbain © Eloi Valat.
 Président: RÉGÈRE.
Assesseur: POTTIER.

La séance est ouverte à 4 heures.

Conformément à l’avis inséré dans le Journal Officiel du 18 mai, il est procédé à l’appel nominal des membres présents, par le citoyen […], l’un des membres-secrétaires de la Commune.

LE PRÉSIDENT. Demande-t-on la parole pour faire des communications, avant la lecture du procès-verbal?

MIOT. Je demande si la Commission de Justice est prête à faire son rapport sur la réforme du régime des prisons.

LANGEVIN. Je suis membre de la Commission de Justice, mais je serai obligé de donner ma démission. Le citoyen Gambon n’en fait plus partie, par suite de sa nomination au Comité de salut public. Nous restons quatre membres seulement et, sur les quatre, deux n’ont pas siégé.
Je demande donc qu’on complète le nombre des 3 membres nécessaires, pour que cette commission puisse fonctionner utilement.

CLÉMENCE, membre de la Commission de Justice. J’appuie les observations du citoyen Langevin. Je suis disposé à donner tous mes soins à la Commission de Justice, mais je ne veux pas que ce soit une sinécure. Autrement, si les choses continuaient à marcher de cette façon, je serais, moi aussi, obligé de donner ma démission.

DURAND, membre de la Commission de Justice. Nous sommes occupés dans nos arrondissements jusqu’à une heure de l’après-midi. D’autres occupations et les séances de la Commune nous réclament ensuite, si bien que nous ne pouvons trouver que difficilement un instant pour nous occuper de la Commission de Justice. J’avoue que mes aptitudes me porteraient plutôt à donner mon temps à la Commission du Travail et de l’Échange, et, si le citoyen Longuet, qui fait partie de cette commission pour laquelle il ne se sent peut-être pas le goût nécessaire, voulait permuter, je crois que les choses n’en iraient que mieux.

LE PRÉSIDENT. Que l’assemblée adjoigne à la Commission de Justice des hommes de bonne volonté!

MIOT. Les membres de cette commission viennent de me donner raison. On n’a rien fait; je les engage à faire quelque chose. Je visite les prisons tous les jours et je suis sûr qu’il y a des douleurs imméritées, auxquelles il importe de mettre un terme. (Très bien!) Sur ces questions de justice et d’humanité, je ne resterai jamais indifférent. (Très bien!)

LE PRÉSIDENT. Je demande à la Commission de Justice une action en rapport avec les besoins de la situation et je propose de lui adjoindre le citoyen Vésinier.

La nomination du citoyen VÉSINIER à la Commission de Justice est mise aux voix et adoptée.

LANGEVIN, membre de la Commission de Justice. Il y a encore deux membres à nommer.

LE PRÉSIDENT. Attendez que nos collègues de la minorité reviennent dans cette assemblée; nous trouverons parmi eux d’autres membres à vous adjoindre.

DURAND, membre de la Commission de Justice. Je propose le citoyen Longuet.

URBAIN. Citoyens, je regarde comme un devoir rigoureux de la part de la majorité d’adresser une interpellation à la minorité; je crois qu’on ne peut déléguer un membre de la minorité, avant que cette interpellation n’ait lieu. Je ne sais pas si tous les membres de la majorité ont la même intention au sujet de cette interpellation; mais je sais que je l’adresserai moi-même, si d’autres ne le font pas.

LE PRÉSIDENT. Alors, devant cette observation; la commission reste composée de trois membres. Elle est priée de se réunir demain à 9 heures.

JOHANNARD. Je demande la parole pour une communication. Je me suis rendu hier au poste, qu’on m’a fait l’honneur de me confier. On s’est battu toute la nuit. La présence de membres de la Commune a produit la meilleure influence parmi les combattants. Je ne serais peut-être pas venu, sans un fait très important, dont je crois de mon devoir de vous rendre compte. On avait mis la main sur un garçon qui passait pour un espion. Toutes les preuves étaient contre lui et il a fini par avouer lui-même qu’il avait reçu de l’argent et qu’il avait fait passer des lettres aux Versaillais. J’ai déclaré qu’il fallait le fusiller sur-le-champ. Le général La Cécilia et les officiers d’état-major étant du même avis, il a été fusillé à midi. Cet acte m’ayant paru grave; j’ai cru de mon devoir d’en donner communication à la Commune et je dirai qu’en pareil cas j’agirai toujours de même.

DEREURE. Je demanderai au citoyen Johannard si le procès-verbal de l’exécution a été dressé.

JOHANNARD. Le procès-verbal a été fait et envoyé à la Guerre. Je demande à l’assemblée de constater ma présence, car je suis forcé de repartir de suite.

VAILLANT, délégué à l’Enseignement. Je demande à l’assemblée de se prononcer sur une délimitation de fonctions. Les théâtres, dans une certaine mesure, sont du ressort de la Sûreté, qui a à s’occuper de la police des salles de spectacles et qui doit veiller à ce que la morale publique y soit respectée. Mais les théâtres doivent être considérés surtout comme un grand établissement d’instruction; et, dans une république, ils ne doivent être que cela. Nos ancêtres l’avaient ainsi compris, et la Convention, dans un décret de germinal an II, avait décidé qu’une commission; celle de l’Instruction publique, aurait la surveillance des théâtres. La Sûreté générale doit conserver la police des théâtres seulement; mais il ne faut pas oublier que, de même que la Révolution de 89 a donné la terre au paysan; notre révolution du 18 mars doit assurer l’instrument de travail et de production à l’ouvrier. Les théâtres doivent appartenir à des fédérations d’artistes et c’est pour cela que la délégation de l’Enseignement avait donc cru bon de convoquer à cet effet tous les artistes. Je demande à l’assemblée de consacrer par un vote que les théâtres relèvent de la délégation de l’Enseignement. Que la délégation de la Sûreté exerce une grande surveillance, surtout en l’état de guerre où nous sommes; mais la Sûreté vient de nommer un directeur à l’Opéra1; ce fait semble. engager la politique de l’assemblée. Ce que je demande donc à l’assemblée, c’est un vote favorable, qui, je l’espère, me sera accordé.

URBAIN. Le citoyen Vaillant nous a déjà démontré sa compétence en fait d’enseignement, mais je dois ajouter que la police ne peut avoir d’autorité sur les théâtres qu’au point de vue du bon ordre pendant les représentations, et à ce point de vue spécial seulement. Quant à ce qui touche à la représentation des pièces, on ne pourra jamais mieux faire que de rattacher les théâtres à l’Enseignement. C’est le plus grand et le meilleur enseignement pour le peuple. Les gouvernements qui nous ont précédés avaient fait du théâtre l’enseignement de tous les vices; nous en ferons l’enseignement de toutes les vertus civiques; et d’une nation de corrompus nous ferons une nation de citoyens!

(Très bien.)

CHALAIN. Je demanderai la parole sur le procès-verbal, après sa lecture.

LE PRÉSIDENT. La proposition du citoyen Vaillant, quoiqu’adoptée par l’assentiment général de l’assemblée, prendra place à l’ordre du jour de demain. On ne peut pas ouvrir de discussion sur le procès-verbal; d’ailleurs, l’ordre du jour est assez chargé.

(À suivre.)

1. Eugène Garnier, artiste des Bouffes parisiennes, en remplacement d’Émile Perrin.


La Commune de Paris
Site de Michèle Audin
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Centenaire de la mort d’Octave Mirbeau
Librairie le Livre en Fête
Figeac
À l’occasion de la réédition du roman d’Octave Mirbeau
Sébastien Roch
Dessins Eloi Valat
Éditions Bleu auour
Rencontre à la médiathèque l’Astrolabe avec Eloi Valat
L’image contre le texte
Lectures de Margot D. Marguerite
Vendredi 2 juin 2017, 20h30
http://lelivreenfete.fr/

 © Eloi Valat. © Eloi Valat.

 

 

 

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