Commune de Paris. Séance du 19 mai 1871 (II).

Louis Chalain: «Je comprends qu’on fasse des barricades avec du fumier et du sable; mais avec des chiffons…»

Commune de Paris, Louis Chalain © Eloi Valat. Commune de Paris, Louis Chalain © Eloi Valat.

(Suite de la Séance du 19 mai 1871.)

SICARD. Lorsque j’ai donné ma démission de membre de la Guerre, je l’ai motivée par une lettre, que j’ai été très étonné de ne pas voir figurer à l’Officiel.

VÉSINIER. Ce n’est pas par oubli que la lettre du citoyen Sicard n’a pas été publiée. Avant de l’insérer, je voulais consulter l’assemblée. 

(Lecture.)

VÉSINIER. Vous savez que le Comité central avait été admis à remplir certaines fonctions au Ministère de la Guerre. Cette lettre était en désaccord avec ce qu’avait formulé le Comité. Maintenant, je vous demanderai si je dois publier dans le compte rendu tout ce qui se dit ici, ou si vous me donnez toute latitude pour insérer ou ne pas insérer. J’attends votre décision.

BABICK. Je ferai remarquer au citoyen Vésinier qu’il n’a pas répondu au citoyen Sicard sur les motifs de la non-insertion de sa lettre à l’Officiel.

URBAIN. Lors de la dernière séance, si j’avais bien entendu la lecture de la démission du citoyen Sicard, je lui aurais demandé d’en modifier les termes. Il doit savoir, en effet, qu’il y a entre nous, à la Guerre, une solidarité complète et que nous ne saurions admettre que l’un de nous n’accepte pas la responsabilité d’actes collectifs qui nous engageraient tous.

SICARD. Le motif de ma démission est surtout l’ingérence du Comité central dans mes fonctions.

GROUSSET. Le Comité de salut public et son délégué à l’Officiel sont juges de l’opportunité qu’il y a à publier, ou non, telle ou telle démission. C’est à eux de suspendre ces publications, lorsqu’ils jugent qu’elles pourraient avoir une action dissolvante.

LEDROIT. Je dois faire remarquer au citoyen Sicard qu’il s’est mépris sur la situation du Comité central à la Guerre. Ce Comité, en effet, est soumis au contrôle immédiat de notre commission et, par suite, il ne peut en résulter aucune perturbation dans l’administration. 

(La clôture! la clôture!)

La clôture, mise aux voix, est prononcée.

LE PRÉSIDENT. Je mets maintenant aux voix la question de savoir si la démission du citoyen Sicard sera publiée en entier. L’assemblée décide que cette publication n’aura pas lieu.

URBAIN. Dans Je compte rendu de l’Officiel publié en deux fois, le rapport de la 7e légion, dont j’ai donné lecture dans la dernière séance, a été transposé de façon qu’on peut croire que c’est le citoyen Billioray qui a fait cette communication. C’est là une erreur. De plus, l’Officiel, à la suite de cette lecture, prête au citoyen J.-B. Clément des paroles qui ne peuvent avoir aucun rapport avec ce que je venais de lire. Je suis chargé par la 7e légion de demander que ce rapport soit publié tout spécialement à l’Officiel et qu’une affiche particulière soit apposée dans l’arrondissement, pour constater cette rectification.

VÉSINIER, membre-secrétaire de la Commune. Je n’avais pas attendu la réclamation du citoyen Urbain, pour m’occuper de la rectification qu’il demande. J’avais, à quatre heures du matin, envoyé plusieurs dépêches au secrétariat, pour avoir copie du rapport en question. Je ne l’ai pas eu à temps, c’est pourquoi je n’ai pas pu le publier à l’Officiel d’avant-hier. La publication, qui en a été faite dans le numéro du lendemain, n’a donc pu être mise à sa place. J’avais aussi donné les ordres nécessaires pour qu’une affiche fût faite à l’Imprimerie Nationale, afin de donner une grande publicité aux faits relatés dans ce rapport. Mais, malheureusement, mes ordres n’ont pas encore été exécutés. Quant à la phrase du citoyen J.-B. Clément, c’est une erreur de pagination, que je prie l’assemblée de vouloir bien excuser. 

(Très bien! Très bien!)

PLUSIEURS MEMBRES. L’ordre du jour. L’ordre du jour!

LE PRÉSIDENT. Voici une rectification du citoyen Mortier : «Je viens protester contre une erreur des sténographes qui ont écrit Mortier pour Pottier; je demande à ce que la rectification du fait soit insérée à l’Officiel. Si la Sûreté générale faisait évacuer ou fermer toutes les églises de Paris, elle ne ferait que prévenir mes désirs. Ce que je pourrais lui contester, ce serait la fermeture complète de ces maisons, car je désire les voir ouvertes, pour y laisser traiter de l’athéisme et anéantir par la science les vieux préjugés et les germes que la séquelle jésuitique a su infiltrer dans la cervelle des pauvres d’esprit. H. MORTIER.»

CLÉMENCE. Le compte rendu analytique prête au citoyen Langevin. des paroles que j’ai prononcées. J’ai dit que les membres de la minorité s’étaient rangés à l’avis de Vallès. J’ai voté contre le Comité de salut public, mais, la majorité l’ayant institué, je l’ai accepté. J’ai ajouté que je protestais contre les paroles du citoyen Grousset. 

(Interruptions.)

MIOT. On n’a pas reproduit une partie de mon allocution dans la discussion sur le manifeste de la minorité. J’ai terminé cette dernière par ces quelques mots: «Les membres de la minorité ont commis un acte grave et des plus répréhensibles, suivant mon appréciation, en publiant le manifeste par lequel ils font scission avec la majorité. Sans notre prudence et notre modération, ils pouvaient ainsi amener la guerre civile que mes collègues de la majorité et moi voulons éviter.»

LANGEVIN. Je demande qu’elle, n’y soit pas.

(Bruits.)

MIOT. Je demande alors que l’assemblée vote sur l’insertion de ma rectification à l’Officiel.

CLÉMENCE. Si le citoyen Miot tient à ce que ses paroles soient insérées à l’Officiel, je demande qu’il soit constaté en même temps que sa proposition a été votée par 22 voix.

(Interruptions en sens divers.)

LE PRÉSIDENT. Je vais mettre aux voix la demande d’insertion à l’Officiel de la partie du discours du citoyen Miot qui a été retranchée.

L’assemblée consultée décide que les paroles du citoyen Miot seront insérées dans l’Officiel.

MIOT et CLÉMENCE échangent quelques paroles assez vives.

(Bruits et interruptions diverses.)

VÉSINIER. Citoyens, voulez-vous me permettre de dire deux mots sur cet incident, dont je regrette d’être l’auteur involontaire. Si j’ai supprimé ce passage, c’est que je croyais qu’il était dangereux de publier à l’Officiel que les membres de la Commune faisaient ainsi appel à la guerre civile. 

(Interruption.)

PLUSIEURS VOIX. C’est voté! Il n’y a plus à y revenir.

VIARD. Je demande la parole pour une motion d’ordre. Je regrette infiniment les paroles provocatrices qui ont été prononcées par le citoyen Miot. Si nous avons des reproches très sérieux à nous adresser au sujet de l’acte de la minorité, ce n’est pas en récriminant ainsi tous les jours que nous arriverons à un bon résultat. Il me semble que nous devrions nommer une commission de trois membres qui s’entendrait avec chacun des membres de la minorité.

LE PRÉSIDENT. Citoyen Viard, vous n’avez plus la parole: ce n’est pas là une motion d’ordre. La parole est à l’un des secrétaires pour la lecture du procès-verbal de la dernière séance. 

Il est donné lecture du procès-verbal qui est mis aux voix et adopté.

CHALAIN. J’ai à faire une communication très importante, pour laquelle je demande la publicité. Il a été dépensé deux millions en achats de chiffons, pour faire des barricades, par le citoyen Gaillard. Je comprends qu’on fasse des barricades avec du fumier et du sable; mais avec des chiffons… La barricade de la place de la Concorde a coûté a elle seule quatre-vingt mille francs. Je suis sur la trace de bien d’autres choses. La quantité de chiffons achetés n’a pas été employée entièrement, parce qu’on en a reconnu le mauvais résultat. L’ancienne Commission de la Guerre est un peu responsable de ce fait, car elle avait a veiller a ces dépenses.

Pour entendre une autre communication du citoyen Chalain, l’assemblée se déclare en Comité secret, sur la demande de cinq membres.

(À suivre.)

 

 

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