Commune de Paris. Deuxième séance du 4 mai 1871.

«Pour donner immédiatement aux citoyens pauvres un travail abondant, je propose qu’outre l’habillement, vareuses et pantalons, on s’occupe immédiatement d’ateliers de lingerie militaire pour la Garde nationale. «Les gardes nationaux manquent de linge, chemises et caleçons et la matière première ne nous manquerait pas. POTTIER.»

Eugène Pottier, Commune de Paris. © Eloi Valat Eugène Pottier, Commune de Paris. © Eloi Valat



Président: THEISZ.

La séance est ouverte à 10 heures du soir.

FRANKEL demande que l’arrêté suivant:
«Au nom de la Commission du travail et de l’ échange, la Commune arrête:
«Art. 1er. La Commission du travail et de l’échange se fera représenter par des délégués aux différents services de l’intendance militaire;
«Art. 2. Les délégués prendront connaissance des marchés conclus par les chefs de service et dresseront des rapports de toutes les opérations.»

J.-B. CLÉMENT et RÉGÈRE appuient la proposition du citoyen Frankel qui insiste pour que le travail soit organisé par arrondissement.

ARNOLD demande qu’on installe des ateliers nationaux. On requerra les coupeurs, auxquels on donnera un salaire de 8 et même de 10 francs par jour. Toutes les ouvrières, munies d’attestations délivrées par les délégués d’arrondissement, viendront chercher de l’ouvrage et l’on évitera ainsi l’intermédiaire des exploiteurs.

OSTYN est opposé à cette proposition; il demande qu’on fasse appel aux chambres syndicales. L’important est de décentraliser le travail.

ARNOLD demande qu’une commission de trois membres soit instituée pour étudier la question.

LE PRÉSIDENT donne lecture de la proposition suivante:
«La Commune décrète:
«1° La réquisition, après inventaire et indemnité ultérieure fixés par des experts, de tous les grands ateliers, les monopoles de leurs outils…, matières premières, agencements, locaux;
«2° Cession provisoire de ces ateliers aux associations ouvrières qui en feront la demande;
«3° Adjudication des fournitures de la Commune à ces associations ouvrières;
«4° Ouverture d’un crédit nécessaire à ces associations;
«5° La Commission du travail et d’échange est chargée de l’exécution du présent. VÉSINIER.»

Une troisième proposition sur le même sujet est déposée par le citoyen POTTIER, le Président en donne aussi lecture:
«Pour donner immédiatement aux citoyens pauvres un travail abondant, je propose qu’outre l’habillement, vareuses et pantalons, on s’occupe immédiatement d’ateliers de lingerie militaire pour la Garde nationale.
«Les gardes nationaux manquent de linge, chemises et caleçons et la matière première ne nous manquerait pas. POTTIER.»

La Commune décide que l’insertion demandée par le citoyen Frankel aura lieu; qu’il n’y a pas lieu de former la commission demandée par le citoyen Arnold. Quant aux propositions des citoyens Vésinier et Pottier, elles seront examinées ultérieurement.

AVRIAL demande que la Commune approuve un marché de 20.000 chassepots, qu’il est sur le point de conclure. Le prix s’élève à 1.400.000 francs. La livraison des chassepots se fera au fur et à mesure des besoins; le p aiement suivra chaque livraison. Le citoyen AVRIAL doit donner immédiatement réponse au vendeur.

BILLIORAY et COURBET croient que cette dépense est inutile. En faisant des recherches dans chaque arrondissement, on aura autant d’armes à tir rapide qu’il en faut.

AVRIAL fait observer que, depuis un mois, le citoyen Cluseret a ordonné que toutes les armes ainsi trouvées soient déposées à Saint-Thomas-d’Aquin. On n’a fait rentrer que des vieux fusils.

GROUSSET dit que ces questions ne doivent pas se débattre en séance.

La Commune passe à l’ordre du jour.

L’ordre du jour appelle la discussion sur les faits produits par le citoyen Rossel.

TRIDON déclare que ces faits sont graves et prouvent l’incurie du Comité de salut public. D’un autre côté, il a appris par le citoyen Combas que le Comité de salut public avait cédé à toutes les exigences du Comité central. Pour faire cesser cet état de choses, le citoyen Tridon demande que la Commune prenne des mesures radicales et instantes.

RANVIER, membre du Comité de salut public, dit qu’il n’y a pas à répondre à des accusations sans fondements.

VERMOREL rappelle les faits portés par le citoyen Rossel à la connaissance de la Commune, la surprise de la redoute du Moulin-Saquet, due aux ordres intempestifs que les membres du Comité ont donnés aux généraux de se porter à Issy. Il faut cependant, continue le citoyen Vermorel, que nous utilisions les facultés militaires que nous avons à notre disposition. Il faut une responsabilité militaire. Aujourd’hui, il y a désordre absolu dans l’organisation de la défense. Le Comité de salut public que nous avons formé, cédant à un entraînement sentimental, est, comme quelques-uns l’avaient prévu, un Comité d ’empêchement. Il faut absolument délimiter ses attributions; s’il est créé pour surveiller les militaires que nous employons, il doit laisser la liberté d’action à ceux que nous avons choisis. Il faut aussi qu’il déclare quelles attributions il a laissées au Comité central.

PYAT déclare, au sujet de l’interpellation faite sur le Comité central, que le Comité central, le délégué à la Guerre et le comité de salut public sont tous les trois tombés d’accord sur les attributions nouvelles du Comité central et du citoyen Rossel. Aux allégations du citoyen Rossel, affirmant que le Comité a donné directement des ordres aux généraux, il oppose un démenti formel. Le seul acte militaire accompli par le Comité est la suppression de la Place qu’on a remise à la Guerre. Le citoyen Pyat donne lecture des différentes dépêches parvenues au Comité ou envoyées par lui, pour établir que le Comité s’est toujours adressé au délégué à la Guerre lui-même et non aux gèneraux Dombrowski et Wroblewski. Une de ces dépêches, du citoyen Eudes, se plaint de la délégation à la Guerre et de la confusion des pouvoirs. C’est à la suite de cette dépêche, termine le citoyen Pyat, que les citoyens membres du Comité ont décidé la suppression de la Place.

ARTHUR ARNOULD trouve que les explications du citoyen F. Pyat ne répondent pas à un fait d ’une importance capitale. Comment Dombrowski et Wroblewski ont-ils pu quitter le poste qu’ils occupaient avant la formation du Comité de salut public? Si le Salut public n’a donné aucun ordre, Rossel niant de son côté en avoir donné, ces deux généraux ne sont-ils pas arrêtés?

PYAT affirme de nouveau que le Comité n’a donné aucun ordre. Quant aux mesures à prendre contre les généraux, il fait observer que les faits ne sont connus que de ce soir, l’enquête n’a pu encore être établie.

ARNOULD fait en second lieu observer qu’à la dépêche Eudes, le citoyen Rossel a répondu par un exposé explicatif de la situation à Issy, par une aut.re dépêche dans laquelle il faisait mention des renforts et du matériel expédiés immédiatement par la Guerre. Pourquoi le citoyen Pyat n’a-t-il pas lu cette réponse?

PYAT donne lecture de la dépêche du citoyen Rossel.

LANGEVIN rappelle que le citoyen Dombrowski a eu avec les membres du Comité un entretien particulier. N’est-ce pas durant cet entretien que les ordres ont été donnés?

RANVIER affirme que non. Si le général Dombrowski a quitté son poste et s’est rendu à Issy, c’est sans ordre. Du reste, autour du citoyen Rossel se trouve un état-major des plus véreux, dont on peut à bon droit se méfier. Ainsi le colonel Fleury, arrêté par ordre du Comité de salut public, a été relâché par le chef d’état-major du citoyen Rossel.

LONGUET et OUDET font quelques observations au sujet de cette arrestation du colonel Fleury.

GAMBON établit que l’arrestation a eu lieu après une note explicative de lui et du citoyen Lefrançais et dans laquelle étaient relatés des faits graves contre le citoyen Fleury.

VAILLANT croit pouvoir conclure de tous les faits qui ont été établis dans la discussion que le Comité de salut public est sorti de son mandat.

PYAT proteste.

AMOUROUX croit que, s’il y a eu des fautes commises, il faut s’en prendre à la Commune tout entière qui ne fait pas exécuter les décrets qu’elle rend, qui n’a pris aucune mesure pour terrifier les Versaillais et répondre aux atrocités qu’ils commettent journellement par de justes représailles.

ANDRIEU insiste de nouveau pour savoir si les membres du Comité n’ont, en effet, donné aucun ordre soit verbal, soit écrit.

Nouvelles protestations des membres du Comité de salut public; la discussion devient très vive.

La séance est levée à minuit et demi.


ANNIVERSAIRE DE LA COMMUNE

Jules Vallès lu par Jean-Louis Cousseau

«Le 26 mars», Le Cri du Peuple, 28 mars 1871

 

Jules Vallès, «26 mars», Le Cri du Peuple.

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