Commune de Paris. Séance du 17 mai 1871 (VI).

Vaillant en appelle à l'union de la Commune pour le salut commun.

(Suite de la séance du 17 mai 1871.)

ANDRIEU. On a dit que la minorité s’était séparée de la majorité, parce qu’elle ne voulait pas accepter une défaite dans l’élection du Comité de salut public. Si cela était exact, la minorité aurait eu tort. Mais ce reproche n’est pas fondé. La minorité a pris la résolution qu’elle vous a fait connaître, parce qu’un ordre du jour a été déposé sur le bureau par le Comité de salut public, alors que tout le monde était d’accord sur ce point: que le Comité de salut public n’avait pas à nous consulter, mais à agir. Il nous a semblé que nous n’avions plus qu’une chose à faire: c’était de nous retirer dans nos arrondissements et nos délégations, tant que nous n’en serions pas relevés. Je n’ai jamais donné un concours plus actif que depuis ces événements. J’ai compris l’économie du projet présenté par le citoyen Miot. On a dit que vous abdiquiez votre autorité, tant que le Comité de salut public siégerait…

(Interruptions et bruit prolongés.)

PYAT. Je demande la lecture du manifeste de la minorité.

ANDRIEU. Veuillez me laisser finir. Nous n’étions pas venus pour engager la discussion. Nous étions venus vous dire: le jour où vous voudrez une discussion, nous donnerons, non pas à des juges, mais à la Commune, toutes explications, sans passion, sans scission.

GROUSSET. L’acte de la minorité est un acte de jésuitisme. Je demande aussi la lecture du manifeste.

ANDRIEU. C’est votre procédé d’étouffer la discussion qui est jésuitique.

BERGERET et PYAT prononcent au milieu d’un bruit prolongé quelques paroles qui ne nous parviennent pas.

PLUSIEURS MEMBRES. L’ordre du jour.

RIGAULT. J’ai demandé la parole pour une motion d’ordre. Les signataires du manifeste ont déclaré qu’ils ne se présenteraient dans cette assemblée que quand la Commune se constituerait en Cour de Justice. Je ne comprends donc, ni la présence de quelques-uns d’entre eux, ni la discussion qui a lieu en ce moment. 

(Approbation.)

Commune de Paris, Édouard Vaillant. © Eloi Valat. Commune de Paris, Édouard Vaillant. © Eloi Valat.
VAILLANT. Je crois que, sur la question qui nous occupe, je me trouve dans des conditions d’impartialité telles que beaucoup d’entre nous ne pourraient pas faire les observations que j’ai à présenter. Je ne suis ni de la majorité, ni de la minorité, parce que je n’ai pu trouver un groupe d’hommes avec lequel je puisse marcher. Il y a de petites passions, de petites ambitions qui se font jour dans les divers groupes de cette assemblée. Et pour bien peu l’intérêt de la Commune domine tout. En présence de ce qui s’est passé, je demande à l’assemblée d’agir comme une assemblée chargée du salut de Paris. Il ne faut plus de querelles intérieures. Ce manifeste a porté un coup grave à la Commune, en portant devant le public des questions qui ne devaient être agitées qu’en Comité secret. Mais, quand ces membres, désavouant leur manifeste, reviennent ici, il ne faut pas le leur remettre devant les yeux, en les engageant à persévérer dans leur faute. J’ai parlé de la minorité, mais, remarquez-le bien, citoyens, il y avait un fait qui pouvait donner, sinon l’excuse du moins l’explication de cette faute commise par plusieurs membres de cette assemblée. C’est le changement de la Commission militaire. Il y a eu une grande faute politique du Comité de salut public. Il n’y a qu’une chose à faire maintenant: que la minorité déchire son programme et que la majorité lui dise: «Réunissons nos efforts pour le salut commun; soyez avec nous; car, si vous êtes contre nous, nous vous briserons.»

(À suivre.)

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