Commune de Paris. Séance du 17 mai 1871 (VII).

Léo Fränkel défend la minorité.

(Suite de la séance du 17 mai 1871.)

BILLIORAY, membre du Comité de salut public. Je répondrai au citoyen Vaillant que nous avons changé la Commission militaire, parce que cette commission, chargée d’arrêter Rossel, l’a laissé échapper. Nous ne pouvions maintenir des hommes qui n’obéissaient pas aux ordres de la Commune. Maintenant, si les membres qui ont signé le manifeste retirent leurs signatures et déchirent leur déclaration, je crois que la discussion sur cette question doit être close. Je donne lecture d’un rapport militaire [rapport sur l’ambulancière du fort de Vanves, communiqué au début de la séance par Urbain…].

J.-B. CLÉMENT. Le rapport n’est pas exact. Il importe qu’on envoie des hommes du métier.

AMOUROUX. Je ne relèverai pas ce que disait le citoyen Arnold. Je rappellerai que le citoyen Delescluze a été nommé à une immense majorité par toute la Commune; par conséquent, si on lui avait retiré sa délégation, on aurait porté une atteinte très grave à la Commune. En ce qui touche le manifeste, je dirai que les membres qui l’ont signé ont également porté une grave atteinte à la majorité, en cherchant à les faire passer pour des parlementaires. (Bruit.) Je déclare que c’est la majorité qui a été la première à demander qu’il n’y eût que deux séances par semaine. La preuve, c’est que les citoyens Delescluze, Vésinier et Amouroux avaient fait cette proposition: «Considérant que tous les efforts doivent se porter sur la guerre et l’organisation de la défense, la Commune arrête:

«Art. 1er. Tous les membres de la Commune seront à la tête de leurs arrondissements et de leurs légions.
«Art. 2. La Commission de la Guerre centralisera tous les rapports et en donnera connaissance aux séances de la Commune.
«Art. 3. Les séances de la Commune auront lieu les dimanches et lundis à 1 heure précise.
«Art. 4. La Commune pourra être convoquée d’urgence sur la demande de cinq membres.»

Cette proposition est datée du 5 mai. Vous ne pouvez pas vous attribuer le monopole de tout faire dans vos arrondissements, dans vos légions, puisque nous, révolutionnaires, l’avions demandé. Vous avez tout fait, tout essayé pour être la majorité. Quand vous avez vu qu’elle vous échappait, vous avez abdiqué par un manifeste dans vos journaux. Nous aussi, nous demandons à être dans nos arrondissements et aux remparts. C’est à cause de cela que nous avons nommé un Comité de salut public, pour éviter vos discussions puériles. Mais, loin d’abdiquer, nous demandions deux séances par semaine pour examiner la conduite du Comité et le casser à la première faute.

Commune de Paris, Léo Fränkel. © Eloi Valat. Commune de Paris, Léo Fränkel. © Eloi Valat.
FRÄNKEL. Je crois être dans la même situation que mon ami Vaillant. Je n’appartiens à aucune fraction de la Chambre; pourtant, j’ai signé les conclusions du manifeste, je le défendrai, devant vous et devant mes électeurs. Je n’ai qu’à relever les mots dont s’est servi le citoyen Grousset, qui nous appelle des Girondins. Je lui réponds: «C’est vous qui vous couchez et vous levez avec le Moniteur de 93. Sans cela, vous sauriez la différence qui existe entre Socialistes et Girondins.»
Le Comité de salut public a brisé la Commission de la Guerre, parce qu’elle renfermait des hommes qui avaient voté contre lui. Il s’entoure d’hommes plus ou moins capables, pourvu qu’ils soient avec lui. Si le manifeste a été publié, c’est votre faute. Nous sommes venus ici et vous n’y étiez pas. Vous vous entendez pour qu’il y ait, ou pour qu’il n’y ait pas séance. (Réclamations.) Vous pouvez me relever de ma délégation. Tant que vous ne m’aurez pas relevé, je resterai dans ma délégation et je continuerai à m’occuper des intérêts des travailleurs, ce que j’ai fait jusqu’ici. J’enverrai les décisions, prises d’accord avec la Commission du Travail, au Comité de salut public; mais, je vous le déclare, je ne viendrai plus ici que dans les cas indiqués dans le manifeste. 

URBAIN, président. La minorité devait accepter l’action du Comité de salut public et non lui créer des entraves. En agissant ainsi, elle a failli à son devoir. Que va faire la minorité dans ses arrondissements? Voici, pour moi, ce que j’ai vu: un commissaire de police a été chargé d’arrêter, comme réfractaires, un propriétaire et ses trois valets; le propriétaire ayant répondu: «Je suis prêt à me battre pour Versailles, mais pour la Commune jamais, le maintien de son arrestation fut ordonné. Mais le commissaire de police ne jugea pas à propos d’obéir et, quand on lui a fait des reproches à ce sujet, il a répondu qu’il ne connaissait point le Comité de salut public, qu’il n’avait point à le reconnaître, quand ses chefs, les délégués de sa municipalité, ,ne le reconnaissaient point. Vous n’avez qu’un devoir à remplir, c’est de retirer votre manifeste, et de rester ici pour veiller au salut de la Révolution.

VIARD. Pour résumer la question et pour la terminer, je demande que la minorité, non seulement désavoue son manifeste, mais encore qu’elle ne mette plus en question le Comité de salut public. C’est sans doute parce qu’elle a peur qu’elle agit de la sorte; mais, pour moi, je déclare que le Comité de salut public ne peut m’atteindre et qu’il ne le voudra pas. (Protestations.) D’ailleurs, n’avons-nous pas sur lui le droit de contrôle et ne pouvons-nous pas au besoin le destituer? Ce qu’il nous faut avant tout autre chose, c’est non seulement notre dévouement, notre abnégation à la chose publique, mais encore notre unité politique. C’est ce que je disais hier au Théâtre-Lyrique, dans un club où j’ai pris deux fois la parole; j’ai affirmé qu’aucun malentendu n’existait entre nous. Cessons donc nos divisions; l’action est plus proche que vous le supposez et il nous faut éviter tout ce qui pourrait nous affaiblir, sans cela nous marcherions à l’abîme.

BILLIORAY (entrant dans la salle des séances). Voyez si notre surveillance est nécessaire. À l’instant, une poudrière vient de sauter.

(À SUIVRE.)

 

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